Bientôt le chaos en Belgique ?
Les petits jeux politiciens de certains partis compliqueront la formation du prochain gouvernement fédéral.

- Publié le 23-01-2024 à 15h54

Une humeur de campagne de Francis Van de Woestyne
Non il ne s'agit pas d'un bulletin météorologique sur la prochaine tempête de neige qui s'abattra sur le pays, même si, au passage, il est quand même curieux que l'on s'étonne de voir la neige tomber en hiver. Mais cela n'est pas le propos du jour. Il s'agit du chaos qui pourrait naître du résultat des prochaines élections fédérales et régionales (et européennes) du 9 juin prochain. Les météorologues, même armés de leurs modèles mathématiques de plus en plus perfectionnés, se trompent parfois. Les sondeurs d'opinion (leur science est encore moins précise) promettent des résultats qui pourraient engendrer le chaos. La sagesse devrait nous interdire d'analyser ce qui sera peut-être. Nous devrions nous concentrer sur ce qui est. Mais le passé a montré que le chaos pouvait aussi venir d'un manque d'anticipation. Pour plusieurs raisons.
Des votes inutiles ?
La première. Si l'on croit les instituts de sondages, c'est la probable, l'inévitable montée des extrêmes qui marquera le méga scrutin de juin. La chambre nationale compte 150 députés. Les intentions de vote en faveur du PTB et du Belang pourraient leur accorder 40 à 45 sièges. Chaque citoyen a évidemment le droit de choisir en toute indépendance les parlementaires qu'il souhaite voir siéger à la Chambre mais aucune de ces deux formations ne fera partie de la prochaine majorité. C'est moins clair dans les Régions. Mais au fédéral, c'est exclu. Les votes en faveur de ces deux partis seront si pas perdus, (on peut déjà donner les explications à ce vote sanction : "rejet des partis traditionnels", "problèmes migratoires", "injustice fiscale", "perte de contact des élus avec leur base", "promesses non tenues" etc.) mais en tout cas non utilisables pour former une majorité. Restera donc une bonne centaine de sièges "utiles" pour dégager une majorité qui soutiendra l'action d'un gouvernement. Celui-ci pourrait être minoritaire : c'est déjà arrivé, mais dans des circonstances particulières (le Covid). Mais vu l'ampleur des réformes à entreprendre et restées sur le carreau (pensions, travail, fiscalité…) il serait préférable que le prochain gouvernement soit soutenu par une majorité.
Si chères exclusives…
Mais, deuxième difficulté, plusieurs partis agitent déjà fièrement des "exclusives" et déclarent urbi et orbi qu'ils ne gouverneront pas avec tel ou tel parti. Le PS veut un gouvernement "progressiste", entendez sans les conservateurs de la N-VA. La N-VA veut un cabinet restreint pour gérer les questions socio-économiques (on imagine sans le PS), mais entend négocier le confédéralisme avec le PS. Point commun : les deux partis revendiquent le poste de Premier ministre… En 2019, PS et N-VA avaient été à deux doigts d'un accord et l'auraient conclu sans coup férir si les verts, avec l'appui des libéraux, n'avaient mis le pied dans la porte. En réalité, PS et N-VA en se disant ennemis dans chacune de leur communauté, se font la courte échelle.
Autre positionnement politicien : PS et Ecolo refont, sans trop le dire, les fameuses "convergences à gauche" : unis à la vie à la mort. Normal : les socialistes ont besoin des écolos pour rendre crédible leur programme éco-socialiste. Et les verts, en perdition, cherchent une assurance pour se maintenir. L'histoire montre qu'ils arrivent au pouvoir dans les années "9" (99, 2009, 2019) et s'en font éjecter dans les années "4" (2004, 2014, 2024… ?) Les débats et déclarations ont bien montré que ces "nuances de gauche", comme les appelle GLBouchez, ne souhaitent pas gouverner avec le MR. Ok. Mais ils acceptent Vooruit, l'ancien parti socialiste flamand. Pourtant, à bien des égards, Vooruit, en matière de migration et de limitation du chômage dans le temps, a des positions presque semblables à celles des libéraux francophones…
Papier tournesol
Tout cela fait le bonheur des Engagés qui pourraient être courtisés, comme au bon vieux temps du PSC, tant par une coalition de gauche (PS + Ecolo + partis de la "gauche flamande") que par un gouvernement qui pencherait à droite (MR + des partis flamands de "droite"). Comme le disait avec humour Jean Gol, l'ancien président des libéraux francophones, le PSC, ancêtre des Engagés, c'est comme le papier de tournesol : "il devient rouge au contact du bleu et bleu au contact du rouge"…
Donc, si l'on veut assurer le chaos politique après le 9 juin, il suffit de créer les conditions qui y conduisent, sans détour. Parce que le passé a souvent montré que des partis pouvaient être les meilleurs ennemis en campagne et les meilleurs amis après. Ou l'inverse.
Unir plutôt que séparer…
Concluons par une notre plus positive. Kristof Calvo, député Groen (écologiste flamand) se présentera en Hainaut sur la liste Ecolo. Ce sera son dernier geste de politique nationale, avant de se replier sur ses terres malinoises. Il poussera la liste de Jean-Marc Nollet pour marquer son soutien à la création d'une circonscription fédérale unique qui permettrait aux francophones de voter pour des élus flamands et vice et versa. On pourrait juger ce geste inutile. Mais c'est précisément de ce genre de personnalités dont le pays aurait besoin pour former un gouvernement national. Des élus qui, sur le plan institutionnel, se sentent comptables devant tout le pays et pas uniquement devant leur petite province ou leur Région. Des gens qui considèrent leur action non comme un but en soi mais comme un moyen de faire bouger les choses. Des gens qui cherchent à construire plutôt qu'à détruire, à unir plutôt qu'à séparer.
On finira bien par en trouver d'autres…