Tueries du Brabant: un non-lieu justifié

Ce non-lieu ne remet pas en question la détermination des magistrats et enquêteurs concernés, qui sont aussi à l'origine d'innovations.

Chronique J'assume.
©Photo News

Une chronique "J'assume" de Claude Bottamedi, sociologue, auteur, ancien chef de corps de zone de police

L'annonce d'un non-lieu dans le cadre de l'affaire dite des "tueurs du Brabant wallon" a suscité bien des réactions, même si ces faits sont devenus imprescriptibles. D'abord, les victimes ont exprimé leur compréhensible désarroi. Ensuite, des commentaires ont fusé sur ce qui est considéré comme un échec et sur les pistes qui auraient été négligées, notamment celle du "banditisme". Qu'en penser ?

Le rideau tombe sur l'enquête des Tueries du Brabant

Les faits se déroulent dans les années 80 qualifiées "d'années noires des services de police", tant elles furent marquées par de lourds échecs (drame du Heysel, CCC, etc.). Leurs (dys) fonctionnements ont alors été mis à l'agenda politique et des commissions parlementaires ont examiné "la manière dont la lutte contre le banditisme et le terrorisme est organisée" (cf. commissions Van Parys). Parmi les carences relevées, on peut notamment citer : la désorganisation des services de police, des tensions fortes entre services, le manque de moyens et un cadre législatif inadapté sur le plan procédural.

Dénonciations ou traces

Comment se mène une enquête relevant a priori du "banditisme" ? Des constatations sont réalisées par la police scientifique afin de relever des traces et indices ; les témoins et les victimes sont entendus ; le mode opératoire est étudié – comparaison avec d'autres faits, recherche d'une "signature" particulière – ; des informateurs sont questionnés ; des écoutes et des filatures sont réalisées ; etc.

Mais le plus souvent, tout enquêteur vous le dira, les suspects sont identifiés sur dénonciation ou parce qu'ils ont semé des traces (empreintes, ADN…) encodées dans une banque de données policière. L'enquête consiste avant tout à profiter des erreurs des auteurs et elle n'a rien de magique ! A défaut, on assiste à "une interminable errance de l'enquête" (Brodeur, 2003).

Or, à l'époque, les ressources manquent et la recherche ADN est à ses balbutiements. Dès lors, on ne peut protéger des traces dont on ignore l'existence même ! Quant aux dénonciations, venant de personnes – plus ou moins bien intentionnées – réagissant notamment aux portraits-robots, elles ont foisonné à tel point que l'on ne peut exclure que le nom d'un ou de plusieurs des auteurs soient connus. Mais les vérifications particulièrement chronophages sont restées sans résultats probants. Il ne suffit pas d'identifier un suspect ; il faut encore recueillir suffisamment de preuves pour démontrer son implication voire l'exclure, comme l'exige un État de droit.

Plus que des hypothèses

À cette fin, on utilise des méthodes particulières de recherche, on procède à des écoutes, etc. Mais le dernier fait attribué aux tueurs du Brabant wallon date de 1985 alors que la loi sur les écoutes a été publiée en 1994, relativisant ainsi son intérêt dans ce dossier.

À défaut d'éléments, on peut travailler sur des hypothèses. On a notamment observé que les auteurs ont fait preuve de sang-froid et d'une volonté claire de tuer indistinctement, qu'ils maniaient très bien leurs armes, qu'ils ont commis peu "d'erreurs", que leurs butins étaient dérisoires, etc. Alors, a-t-on eu affaire à des terroristes, des prédateurs, des braqueurs, des services étrangers, etc. ? Le problème est que le dossier recèle suffisamment d'éléments pour étayer chacune des hypothèses et, insistons, elles ont toutes été l'objet d'investigations durant 40 ans par un nombre très important de magistrats et d'enquêteurs. Déterminés, ils restent d'ailleurs affectés par la cruauté des faits et perturbés par des centaines de questions sans réponses.

Il n'y aura plus prescription pour l'affaire des Tueurs du Brabant

Résoudre une telle affaire, demande plus que des hypothèses, qu'un "profil", que l'avis d'experts, il faut des "billes", "du concret", comme on dit dans le milieu des enquêteurs. Et c'est bien ce qui a manqué, hier et aujourd'hui.

Symboliquement, prononcer un non-lieu dans ce dossier représente un aveu d'échec. Toutefois, cela ne remet pas en question la détermination des magistrats et enquêteurs concernés qui sont aussi à l'origine de pas mal d'innovations en Belgique (auditions sous hypnose, polygraphe, etc.).

Prononcer un non-lieu, c'est aussi avoir le courage de reconnaître cet échec. Et puis, osons, l'écrire, comment pourrait-on, quarante ans après les faits, organiser un procès juste et équilibré ?

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