Les CPAS, ces ambulances qui n'ont plus ni roues, ni volants
La réforme des allocations de chômage met les CPAS dans une situation intenable : nous sommes priés d'être à la fois l'instrument docile d'une politique de contrôle social et la variable d'ajustement budgétaire des pouvoirs locaux.
- Publié le 15-07-2025 à 14h15
- Mis à jour le 15-07-2025 à 14h16

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Une opinion de Ricardo Cherenti, directeur général du CPAS d'Ecaussinnes, et Etienne Van Honacker, président du CPAS d'Ecaussinnes
La réforme des allocations de chômage, telle qu'elle se dessine sous nos yeux, ne peut évidemment pas se résumer à un simple ajustement technique. Elle jette ses filets sur les personnes les plus précaires de notre société en premier. En effet, ceux qui cumulent déjà des vulnérabilités se verront demander des efforts supplémentaires. Ce n'est pas une politique de l'émancipation, c'est la préparation d'une gestion comptable de la misère. Quant aux CPAS, ils sont invités, sans grands moyens, à "activer" les personnes que l'Onem n'a jamais su remettre à l'emploi. L'échec des uns devrait faire la réussite des autres !
Ajoutons que cette réforme a des relents fortement communautaires que l'on aurait tort d'ignorer. Les chiffres ne mentent pas : la Wallonie comptera bien plus de personnes concernées par les exclusions du chômage que la Flandre. Présenter cela comme un mécanisme neutre revient à feindre l'ignorance des disparités économiques et sociales entre régions. La solidarité nationale ne peut être réduite à une ligne de crédit sous condition. Or, c'est cette solidarité qui, peu à peu, se perd. C'est le repli communautaire que l'on rencontre.
Gagner en "efficacité"
Dans le même mouvement, on nous explique, par la réforme, que les CPAS devront jouer un rôle central pour "accompagner" ces nouveaux publics. On veut en faire les partenaires indispensables de la politique fédérale tout en leur expliquant, par ailleurs, qu'ils ne servent quasiment plus à rien et qu'il faudrait les fusionner avec les communes pour gagner en "efficacité". Nous sommes priés d'être à la fois l'instrument docile d'une politique de contrôle social et la variable d'ajustement budgétaire des pouvoirs locaux.
Soyons lucides, les CPAS sont désormais les ambulances sociales de la politique fédérale. Mais il faut le dire franchement, aujourd'hui, cette ambulance n'a plus de roues, plus de volant, et le chauffeur est prié de pédaler avec le sourire. On s'étonnera après coup qu'elle n'arrive plus jusqu'aux accidentés de la vie. Elle n'aura plus d'autre moyen que de constater les dégâts.
Ce n'est pas ainsi qu'on construit un État social. Ce n'est pas ainsi que l'on fait société. Il serait peut-être temps de rappeler qu'en démocratie, la pauvreté n'est pas une faute individuelle à punir ni une dépense à rationner, mais une responsabilité collective à assumer.
Solidarité
Cette réforme met en péril le grand fondement de notre sécurité sociale, tant vantée depuis de très nombreuses années, notamment par nos pays voisins : le principe de la solidarité où les plus favorisés viennent en aide aux personnes malades, handicapées, précarisées et aux personnes retraitées.
L'objectif de toute société civilisée est de ne laisser personne au bord du chemin. Il est inacceptable de remettre en cause ce principe fondamental.
La solidarité, la justice, le respect de l'égalité et de la dignité humaine sont des valeurs essentielles pour un mieux vivre ensemble. Tirer sur l'ambulance ne guérira personne.

