Ces très discutables conditions de reconnaissance de la Palestine

Dans le processus de reconnaissance de l'État palestinien, c'est à nouveau la logique du "deux poids, deux mesures" qui prévaut.

This handout picture released by the Israeli Government Press Office (GPO) shows Prime Minister Benjamin Netanyahu (6-L), heading a security cabinet meeting to vote on a Gaza ceasefire and hostage release deal that should take effect ton January 19, in Jerusalem on January 17, 2025. If approved, the agreement would halt fighting and bombardment in Gaza's deadliest-ever war and initiate on Sunday the release of dozens of hostages held in the territory since Hamas's October 7, 2023 attack on Israel. (Photo by GPO / AFP) / Israel OUT / XGTY / === RESTRICTED TO EDITORIAL USE - MANDATORY CREDIT "AFP PHOTO / Handout /GPO' - NO MARKETING NO ADVERTISING CAMPAIGNS - DISTRIBUTED AS A SERVICE TO CLIENTS ==
Le problème, c’est qu’Israël n’est nullement prêt à accepter les contreparties logiques aux conditions exigées pour les Palestiniens. Le gouvernement israélien n'est pas prêt à reconnaître la Palestine, à écarter les partis d'extrême-droite, à s'engager sur les normes limitant le recours à sa puissance militaire, pas plus qu'à libérer tous les prisonniers politiques.

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Une tribune de Bernard Delvaux, chercheur UCLouvain

Cela fait déjà 22 mois que le gouvernement israélien a tiré parti des cruels attentats du 7 octobre pour écraser le peuple palestinien à Gaza et en Cisjordanie. Il a fallu 22 mois pour que la plupart des gouvernements européens s'indignent enfin de cette stratégie jusqu'au-boutiste, sans pour autant prendre des sanctions, alors même qu'ils pourraient être un jour condamnés d'avoir été complices de génocide et de crimes contre l'humanité. Et quand l'Europe reconnaît officiellement qu'Israël enfreint les droits humains, la timide menace de révision de l'accord d'association UE-Israël n'a qu'un impact très limité sur l'aide humanitaire, toujours rationnée et distribuée dans des conditions dangereuses et indignes.

C'est dans ce contexte que la France a annoncé vouloir reconnaître l'État palestinien, entraînant d'autres États à sa suite (mais pas encore la Belgique). D'emblée, cependant, des conditions ont été imposées. "Nous exigeons, a encore rappelé Emmanuel Macron le dimanche 3 août, la démilitarisation totale du Hamas, son exclusion complète de toute forme de gouvernance, et la reconnaissance d'Israël par l'État de Palestine".

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Mais qu'est-il demandé en contrepartie aux Israéliens, au-delà de l'arrêt de la guerre d'éradication et du blocus humanitaire ? Rien. Et c'est donc toujours la logique du "deux poids, deux mesures" qui prévaut.

Reconnaître Israël sans reconnaissance réciproque ?

Au premier rang des conditions à la reconnaissance, il est attendu que la Palestine reconnaisse Israël. Pourquoi exiger cela d'une partie alors que l'autre refuse la réciproque ? Les deux reconnaissances devraient aller de pair. Certes, il serait logique de refuser la reconnaissance de la Palestine si Israël la reconnaissait et que la Palestine refusait de faire de même à son égard. Mais Israël n'est nullement prêt à franchir le pas de la reconnaissance.

Renoncer à forcer la Palestine de reconnaître maintenant Israël, ce serait garder un atout pour pousser dans un second temps les deux États à se reconnaître simultanément, quand les conditions d'une paix durable seraient enfin établies. N'est-il pas d'ailleurs étonnant que des États arabes se disent prêts à reconnaître l'État israélien dès avant que celui-ci reconnaisse la Palestine, privant ainsi d'un moyen de pression les Palestiniens qu'ils soutiennent frileusement ?

Exclure le Hamas de toute gouvernance ?

Il est aussi exigé d'exclure le Hamas de tout pouvoir et de toute forme de gouvernance. On dit ainsi vouloir éviter un État dominé par les terroristes. Or, par définition, le terrorisme est "l'emploi systématique par un pouvoir ou par un gouvernement de mesures d'exception et/ou de la violence pour atteindre un but politique" (1). Si cette définition s'applique au Hamas, elle s'applique aussi parfaitement à la politique du gouvernement israélien actuel, et à de nombreuses actions qu'Israël a menées, tout au long de son histoire, pour s'imposer en Palestine.

Si l'on n'appliquait pas la logique du "deux poids, deux mesures", on pourrait alors exiger d'Israël qu'il exclue du gouvernement les partis d'extrême droite qui n'hésitent pas à recourir à la terreur pour multiplier les colonies, étendre Israël de la mer au Jourdain, et forcer les Palestiniens à migrer vers d'autres pays.

Démilitariser le Hamas ?

La démilitarisation du Hamas est davantage acceptable. Mais il conviendrait en parallèle de discuter de la surpuissance militaire israélienne, qui détient l'arme nucléaire sans l'admettre, se donne le droit d'intervenir dans des pays avec lesquels elle a pourtant signé une trêve, et à faire régner une police sans justice dans les territoires occupés. Comment garantir au futur État palestinien que cette asymétrie de forces ne conduira pas aux mêmes exactions qu'aujourd'hui ?

N'oublions pas non plus que, dans l'histoire, nombre de groupes terroristes se sont transformés en partis renonçant à la violence et même en partis de gouvernement, comme en Irlande. Forcer des groupements utilisant le terrorisme à se transformer en forces politiques non armées est dès lors possible, pour autant qu'il y ait reconnaissance partielle de leurs revendications.

Libérer inconditionnellement les otages ?

On exige aussi la libération inconditionnelle des otages en oubliant trop vite que le Hamas en aurait probablement libéré davantage si le gouvernement israélien n'avait pas rompu unilatéralement la trêve et avait accepté de passer à la seconde phase de négociation. Mais il ne voulait pas négocier de cessez-le-feu permanent, allant à l'encontre d'une part importante de sa population.

N'oublions pas non plus que quantité de prisonniers palestiniens sont incarcérés sans jugement dans des conditions certes moins épouvantables que les otages israéliens mais trop souvent non respectueuses des règles internationales de détention. Certains d'entre eux n'ont commis que des actes de résistance non violents et peuvent dès lors être assimilés à des otages. Lier la libération des otages israéliens et la libération de tous les prisonniers politiques palestiniens ne semble donc pas illogique.

Tordre le bras à Israël ?

Le problème, c'est qu'Israël n'est nullement prêt à accepter de telles demandes, qui paraissent pourtant des contreparties logiques aux conditions exigées du Hamas et des autorités palestiniennes : le gouvernement israélien actuel n'est nullement prêt à reconnaître la Palestine, à écarter les partis d'extrême-droite, à s'engager sur les normes limitant le recours à sa puissance militaire, pas plus qu'à libérer tous les prisonniers politiques.

Et quand bien même les Palestiniens respecteraient toutes les conditions qui leur sont demandées en contrepartie de la reconnaissance de leur État, il est peu probable que ceux qui gouvernent Israël aujourd'hui accepteront de s'engager dans un processus de paix équilibré. Là est le nœud du problème. Il n'y a donc probablement pas d'autre manière d'imposer la paix que de tordre le bras à Israël. On en est loin.

(1) Trésor de la langue française informatisé.

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