"Il faut rendre les contrats fixes d'énergie plus attractifs"
Alors que 2024 sera une année électorale, la Febeg, la fédération des entreprises électriques et gazières, formule plusieurs recommandations à l'adresse des futurs gouvernements.
- Publié le 20-11-2023 à 08h13

La Febeg, la Fédération belge des entreprises électriques et gazières, est la fédération qui représente les producteurs d'électricité, mais aussi les fournisseurs de gaz et d'électricité. Parmi ses membres, on compte des grands noms tels qu'Engie Electrabel, Luminus, TotalEnergies, mais aussi des plus petits acteurs comme le fournisseur Méga ou le producteur éolien offshore Otary.
Alors que 2024 sera une année électorale, la Febeg a publié un mémorandum visant à exposer ses priorités aux futurs gouvernements. Nous avons pu consulter ce document, qui sera publié officiellement ce lundi. Voici les propositions phares de la Febeg.
1. Une taxation plus "écologique"
Afin de diminuer leurs émissions de CO2, les Belges devraient être incités financièrement à investir dans une pompe à chaleur, fonctionnant à l'électricité. Il s'agit en effet d'un système de chauffage plus écologique que le mazout ou le gaz naturel. Or, selon la Febeg, les taxes sur l'électricité sont plus élevées que celles sur le gaz naturel et le mazout. Pour une maison consommant 17.500 KWh de mazout, 17.500 KWh de gaz naturel ou 6.000 KWh d'électricité, les taxes s'élèveront respectivement à 391 euros, 317 euros et 647 euros. Bref, la pompe à chaleur, le système le plus écologique, est aussi le plus taxé, dénonce la Febeg.
2. Augmenter l'expertise des pouvoirs publics
Selon la Febeg, les pouvoirs publics, au sens large, manquent d'expertise en matière de planification et de modélisation de notre avenir énergétique. Ainsi, l'administration fédérale manque de ressources dans ce domaine, estime la Febeg. Celle-ci recommande au prochain gouvernement fédéral de mettre sur pied un groupe permanent d'experts afin de piloter la transition énergétique. L'un de ses objectifs serait de mieux cordonner l'action du fédéral avec celle des régions. "Ce renforcement de l'expertise pourrait se faire via l'administration fédérale, le Bureau du Plan ou la Banque nationale de Belgique", nous explique Marc Van den Bosch, directeur général de la Febeg. Selon lui, ce n'est pas la Creg, le régulateur fédéral du secteur, qui doit jouer ce rôle.
3. Accélérer les permis éoliens
C'est une plainte récurrente du secteur éolien : il faut énormément de temps pour traiter les recours contre les permis, surtout en Wallonie. En Flandre, les recours sont traités par le "Raad voor Vergunningsbetwistingen", tandis qu'en Wallonie c'est le Conseil d'État. Or, selon la Febeg, le Conseil d'État met 26 mois pour traiter un recours, contre 12 mois pour le "Raad voor Vergunningsbetwistingen". Ce dernier refuse néanmoins 60 % des permis "flamands" qui arrivent sur son bureau.
Selon la Febeg, cette problématique est loin d'être anodine. Alors que la Belgique a installé 3 GW de capacités éoliennes terrestres, 1 GW de projets éoliens fait l'objet de recours.
4. Rendre le contrat fixe plus attractif
Il y a une différence de prix d'environ 200 euros entre le meilleur contrat d'électricité fixe et le meilleur contrat d'électricité variable (en défaveur du fixe). En gaz, la différence est supérieure à 200 euros. Selon la Febeg, cet écart s'explique par le fait que le client peut résilier son contrat fixe à n'importe quel moment sans frais. Selon la Febeg, les fournisseurs pourraient baisser le prix du fixe si on empêchait le client de partir aussi facilement.
5. Assurer la sécurité d'approvisionnement du pays
Selon la Febeg, la sécurité d'approvisionnement en électricité n'est pas assurée, à l'horizon 2030. Les deux futures nouvelles centrales au gaz (Flémalle et Seraing), la prolongation de Doel 4 et Tihange 3, ainsi que les différents projets de batteries ne sont donc pas suffisants, selon la Febeg. "Il faudrait une ou deux nouvelles centrales au gaz supplémentaires", estime Marc Van den Bosch. Il en veut pour preuve une étude d'Elia qui a chiffré à 2500 MW le manque de capacités à l'horizon 2030. Notons que la ministre de l'Énergie, Tinne Van der Straeten (Groen), estime qu'on ne manquera pas de capacités.
6. Miser sur l'hydrogène bleu
Actuellement, la stratégie fédérale en faveur de l'hydrogène mise surtout sur l'hydrogène vert. Ce dernier est produit par électrolyse de l'eau, à partir d'électricité renouvelable. Or, selon la Febeg, il ne faudrait pas oublier l'hydrogène bleu, produit à partir de gaz naturel avec capture du CO2 émis. "L'hydrogène bleu est moins cher que l'hydrogène vert, avance Marc Van den Bosch. Dans un pays fort industrialisé comme la Belgique, nous aurons besoin de l'hydrogène bleu à moyen terme. À plus long terme, on pourrait switcher du bleu vers le vert". Voilà qui promet de beaux débats énergétiques.
