Quentin Debois s'attaque à deux records du monde dans l'Atlantique: "Ce n'était plus tenable, le travail à plein temps"
Libre Eco week-end | Face & Profil. L'entrepreneur devenu marin fera des tentatives de record du monde des traversées de l'Atlantique d'est en ouest (Cadix-San Salvador soit 7 200 km) et d'ouest en est (New York-Cap Lizard soit 5 300 km).
- Publié le 01-11-2025 à 07h20
- Mis à jour le 01-11-2025 à 07h21
Quentin Debois (38 ans) n'est pas né avec une barre franche greffée à la main. Jamais ses parents n'ont caressé l'envie d'emmener leur progéniture faire le tour du monde sur un voilier. Pour ce natif de Huy ("le camp de base est à Marchin"), la voile est une vocation tardive. Mais ne brûlons pas les étapes.
Si la vie de Quentin est désormais rythmée par les embruns, son parcours jusque-là avait été des plus terrestres. Un master en ingénieur de gestion délivré par Solvay en poche, il crée à la fin de ses études une société active dans le marketing événementiel. "Nous étions six dans l'équipe, c'était très chouette." Lors de soirées d'entreprise où le parapentiste Tom de Dorlodot établissait en conférencier le parallèle entre sport extrême et entrepreneuriat, la fibre aventurière de Quentin fut titillée : "J'ai dû assister cinq ou six fois à cette conférence. À chaque fois, j'avais des étoiles plein des yeux."
Un coup de foudre
Jusqu'au déclic, un jour d'août 2018, quand un ami lui propose une sortie en mer du Nord à bord d'un Hobie Cat, un petit catamaran : "Ce jour-là, nous en avons bavé mais un truc s'est passé. Après huit années à bosser sans relâche, j'avais besoin d'une reconnexion avec le monde physique, avec la nature."
Quentin a aussitôt pris ses premiers cours de voile. Mais désireux d'avancer vite et bien, en 2021, il s'inscrit au Pôle de préparation à la course au large de La Turballe en Loire-Atlantique. "Au début, j'ai vraiment galéré, je ramassais les bouées. Hervé Aubry, le coach, raccourcissait les parcours pour moi." Un formateur à qui il doit une fière chandelle : "Il y avait juste trois ans que j'avais découvert la voile, j'étais en retard et, malgré cela, il ne m'a jamais mis de côté par rapport aux bons éléments. Ce fut une belle rencontre dans ma vie."
En 2022, le Marchinois achète un Mini 6.50, bateau de 6,50 mètres qui est à la course au large ce qu'est le karting à la course automobile. Entre sa formation intensive et ses premières régates, Quentin a "adapté" sa vie professionnelle : "Ce n'était plus tenable d'être présent à plein temps. J'ai dès lors créé une société (Genoa) de consultance en vente et marketing, domaine que j'avais effleuré dans le cadre de mes activités précédentes. C'est une activité full-time composée de free-lances. Il y a une liberté de temps et de localisation, compatible avec la poursuite de ma formation."
"Nous nous sommes davantage trouvés sur les valeurs de la course au large que sur un retour sur investissement, même s'il y en aura."
Depuis un an, en vue de ses deux tentatives de records du monde, Quentin a réduit la voilure, du moins en ce qui concerne son activité professionnelle. "J'avais envie d'avancer dans la course au large. À partir de là, qu'est-ce qu'on fait ? L'idée de ces deux records me collait à la peau. En dehors des sentiers battus, c'est un projet que je qualifierais d'ambitieux et réaliste à la fois."
Autour de Quentin, il y a une équipe à mobiliser : "Ce sont des amis mais des spécialistes, chacun dans son domaine : préparateur technique, coach, routeur, logisticien…" ; un bateau à optimiser : "C'est un Ofcet de 2015, ce n'est pas le plus performant mais il est robuste et fiable, idéal pour ce que je veux faire" ; et des partenaires à satisfaire : "Nous nous sommes davantage trouvés sur les valeurs de la course au large que sur un retour sur investissement, même s'il y en aura."
Décideur, curieux, résilient…
Entre course au large et entrepreneuriat, les traits communs ne manquent pas : "Par exemple et, dans le désordre, la prise de décision dans une situation d'incertitude. L'information que l'on reçoit est partielle mais il faut prendre une décision et s'y engager à fond. Il faut être résilient car être marin ou entrepreneur, ce n'est pas confortable. Il faut accueillir les obstacles qui se présentent. Quand ils se présentent, c'est signe que l'on avance. Dans le cas contraire, on stagne. L'envie d'apprendre, être curieux, se remettre en question. Même les grands marins, et je suis loin du compte, apprennent lors de chaque sortie. Il y a aussi l'absence de contrôle sur l'environnement. En mer, cela paraît évident face aux éléments qui peuvent se déchaîner mais dans le monde de l'entreprise, c'est la même chose vis-à-vis du marché, des concurrents, de la conjoncture, des décisions politiques… C'est là que l'on s'appuie sur un produit auquel on croit, sur ses propres compétences et sur celles d'une équipe que l'on a choisie. À partir de là, on s'adapte."
En mer, l'expérience de la Mini Transat de 2023 a permis à Quentin d'apprécier ses aptitudes à l'effort en solitaire : "Je suis calme dans les situations tendues, tolérant face à l'inconfort, je gère bien le sommeil (des tranches de quinze minutes près des côtes et de 40 minutes en haute mer, NdlR), et je n'ai pas le mal de mer, en tout cas pas jusqu'à présent…" Quentin a, par ailleurs, bon appétit. Celui d'un avaleur de records ?
