Travaux, coûts, assurances…, la grande aventure de l'autoconstruction : notre dossier du week-end
Caroline et Nicolas Csik ont complètement transformé leur maison eux-mêmes (à 80%). Ajout d'un étage, changements de volumes, électricité, sanitaires… Des milliers d'euros gagnés.
- Publié le 17-02-2024 à 12h02

Pas accessible à tous, mais pas non plus inabordable, l'autoconstruction a depuis toujours ses adeptes. Certains construisent leur bien immobilier de "A à Z", du gros œuvre (fondations comprises) jusqu'à la finition. Pour les autres, on parlera plus de transformation ou de rénovation importante. Caroline et Nicolas Csik font partie de la deuxième catégorie. Entendez par là qu'ils ont retroussé leurs manches pour augmenter de 50 % la surface habitable d'un bien qu'ils venaient d'acquérir. Leur maison, située sur les hauteurs de Liège, mitoyenne des deux côtés, est passée de trois à quatre niveaux. Ils ont revu tous les volumes, intérieurs comme extérieurs. Et ils ont pratiqué tous les corps de métier pour donner vie à leur projet…
"Dans ma famille, on est tous bricoleurs"
"Nous étions propriétaires dans le centre-ville depuis 2002, commence par expliquer Nicolas pour planter le décor. Peu à peu, cela n'a plus correspondu à nos attentes, notamment au niveau des rapports humains. Nous étions propriétaires, mais autour de nous il y avait beaucoup de turn-over. Pas mal de gens déménageaient, cela devenait assez anonyme. Parallèlement, nous avions toujours l'ambition d'avoir une maison qui corresponde à nos envies d'architectes. Caroline et moi avons cette formation et exerçons professionnellement. La maison provisoire ne savait pas accueillir nos rêves, il fallait changer. Il y a eu le Covid qui a un peu joué l'élément déclencheur. Nous voulions du moins stressant, avec plus de prise sur l'extérieur…"
Fin 2020, lors de la visite d'une maison qui allait être mise en vente, Caroline Csik tombe sous le charme de celle-ci et organise dans la foulée une visite avec son époux.
"Je tombe directement sous le charme et, surtout, je vois le potentiel de cette demeure, reprend Nicolas. C'était doublement excitant. D'abord la perspective d'acquérir un bien nous convenant comme base et de travailler sur la conception d'une grosse transformation. Et puis il y avait le côté rénovation, avec notre implication à 100%, qui m'intéressait très fort. Dans ma famille, il faut savoir qu'on est tous bricoleurs. Tous ont mis la main à la pâte dans leur maison. C'est une tradition. J'ai également suivi une formation en ossature bois. C'était donc l'occasion de faire valoir nos compétences dans l'aménagement et l'élaboration de nouveaux volumes, mais aussi de faire valoir mes connaissances en bricolage…"
Pour la conception générale du nouveau projet, cela a pris seulement deux jours à notre couple de mettre tout à plat et de dresser les plans dans les grandes lignes. Les deux gros postes ont été l'ajout d'un étage sur le toit existant et l'aménagement de l'arrière de la maison, avec allongement de la surface et conception de grandes baies vitrées, permettant aux occupants d'être comme dans un espace ouvert.
Au moins un jour par week-end
"Nous nous sommes fortement impliqués dans beaucoup de choses, intervient Caroline. La démolition, forcément, puisque nous voulions d'autres volumes à l'intérieur. Électricité, menuiserie, revêtements de sol, plomberie, tout l'équipement sanitaire, isolation, cloisons, plafonnage. Bon, Nicolas était souvent seul, c'est vrai. Le rythme, c'était au moins un des deux jours du week-end et quelques soirées en semaine. Plus une bonne partie des vacances. Mais on faisait attention à la vie familiale. Consacrer toute notre énergie au projet, puis se retrouver dans une nouvelle maison avec des gens qui n'étaient plus liés entre eux, c'était évidemment inconcevable. Comme architecte, j'ai vu dans le passé des couples qui s'étaient perdus dans ce projet d'autoconstruction."
Heureusement pour eux, ils n'étaient pas vraiment tenus par une échéance fixe. "Comme nous avions toujours notre première maison, nous y sommes restés durant les travaux, explique Nicolas. C'était intéressant. Nous n'avions pas la pression que l'on aurait pu avoir par une deadline fixée pour quitter les lieux. On n'a donc pas sacrifié la famille en adoptant un rythme de stakhanovistes. D'un autre côté, peut-être qu'une date fixe nous aurait obligés à aller un peu plus vite et que nous aurions emménagé plus tôt…"
"J'ai eu personnellement quelques doutes"
L'aventure est belle, d'autant plus que le couple formalise parfaitement "l'objet fini". Mais comme on dit, elle n'est pas un fleuve tranquille.
"De fait, j'ai eu personnellement quelques fois des doutes, explique Caroline. Est-ce que l'on va y arriver ? Est-ce que notre santé ne va pas en prendre un coup ? Est-ce que cela vaut la peine que l'on inflige cela aux filles ? Mais on a trouvé chaque fois des réponses qui nous permettaient de continuer…"
Même écho chez Nicolas. "Le fait d'être tous les deux du métier nous a beaucoup aidés, fait-il. Les retards, le temps pris par certains travaux… Caroline comprenait parfaitement cela. J'ai un couple de connaissances où la femme, qui n'exerçait pas un métier ayant une connexion avec la construction, a commencé à perdre patience. Tout devenait sujet à énervement. Là, l'aventure de l'autoconstruction est plus difficile à vivre pour le couple… Pour notre part, on a évité d'être frontal dès qu'il y a un souci. On a donc vécu un chantier avec énormément de résilience."
"Je suis toujours passé outre les coups de mou"
Des soucis rencontrés ? Oui, évidemment. Les premiers liés aux coûts. "Notre aventure a démarré avec le contexte Covid, explique ainsi Nicolas. Nous avons donc été confrontés d'une part à une pénurie pour certains matériaux, d'autre part à la hausse des prix. La charpente par exemple nous a coûté 2,5 fois plus que ce qui avait été initialement budgété ! Rappelez-vous comment le bois a été impacté par cette crise… Mais bon, on n'allait pas attendre que son prix baisse pour continuer les travaux… En tout cas, au final, les travaux de rénovation nous ont coûté la même chose que la maison au départ…"
Les autres problèmes étaient eux plus liés à des aspects techniques. "En fait, si on réfléchissait, on trouvait quasi toujours une solution, indique le couple. Par contre, nous avons parfois posé des choix stratégiques. L'installation de la ventilation, par exemple. Ou alors une histoire d'habillage en plaques de plâtre autour d'un escalier. Il m'aurait fallu un mois pour le faire. Nous avons donc fait appel à une société qui a fait le travail en 4 jours. Pour le moral, c'est important. L'avancement rapide du chantier nous a boostés à ce moment-là. Cela nous a coûté cher, mais c'est un choix stratégique important…"
Et maintenant, quel est le regard posé sur ces travaux (pas encore totalement terminés, même si la famille est en place) ? "Je m'organisais de façon à pouvoir affronter chaque problème, termine Nicolas. Il était inenvisageable d'embarquer ma femme et mes filles dans un projet, puis dire j'abandonne. Stressant ? Sans doute. Par contre, ce qui est clair, c'est que s'il y a eu parfois des doutes, il n'y a jamais eu de regret… J'ai eu des coups de mou, mais je suis toujours passé outre… Et si on regarde les effets sur notre couple, je pense pouvoir dire que cette aventure nous a rapprochés encore plus."
6 Postes, 117 970 € gagnés
Étage: 48 500 €
Ce coût intègre la charpenterie, l'étanchéité, les fenêtres, le parachèvement intérieur (revêtement de sol, mur et plafond) ainsi que les techniques électros, les sanitaires (conduites, fourniture et pose) et chauffage et la peinture. Cela aurait dû coûter 108 550 € TVAC. "Ça nous est revenu à +/– 60 000€, soit une économie de l'ordre de 45%", nous indiquent les Csik.
Avant :

Après :

Extérieur: 20 000€
"Pour l'arrière de la maison, cela nous revient à +/– 60 000€ TVAC, avec près de 25 000€ de châssis… Si nous avions fait intervenir uniquement des entreprises pour cette partie, nous l'aurions payée 20 000€ de plus. L'économie est ici moins importante (+/– 25%) car le coût des fournitures est beaucoup plus important que la main-d'œuvre."
Avant :

Après :

Isolation: 3 600 €
"Partout où nous avons réalisé des cloisons, nous avons isolé les parois. Cela fait donc +/- 240 m² d'isolation placée à un coût moyen de 20 €/m², soit un montant total de 4 800 € d'isolation avec des matériaux plus sains. Coût estimé pour le travail fait par une entreprise avec des matériaux issus de process industriels et chargés en énergie grise: 8 400 €."
Avant :

Après :

Plafonnage: 35 769 €
"Nous avons posé 316 m² de contre-cloisons (plaques de plâtre + panneaux OSB) et 157 m² de faux plafonds (plaques de plâtre + structure Métalstud + isolation acoustique). Le prix de ces travaux par entreprise aurait été de 45 366 € TVAC. Cela nous revient à 9 597 € de fournitures. C'est un poste qui permet de réaliser beaucoup d'économies…"
Avant :

Après :

Électricité: 7 601 €
"Le montant de notre installation revient à 16 090 € TVAC. Ce prix comprend le matériel de toute l'installation de la maison, y compris tous les luminaires que nous avons installés. Toute notre installation est en domotique, dont les composants sont plus chers que pour une installation normale. L'équivalent par entreprise aurait coûté 23 691 € TVAC."
Avant :

Après :

WC: 2 500 €
"L'achat des fournitures nous revient à 1500€ TVAC, explique Nicolas Csik. Si j'avais dû faire réaliser ce travail, il n'aurait pas pu être comptabilisé au m², compte tenu de l'importance des chipoteries par rapport à la petite surface. L'entreprise m'aurait compté des forfaits, soit environ 4 000€. Ce travail m'a pris une quarantaine d'heures tout seul."
Avant :

Après :
