Comment la Sabena est devenue la plus grande faillite de l'histoire de la Belgique
La Société anonyme belge d'exploitation de la navigation aérienne (Sabena) faisait faillite il y a 20 ans, le dimanche 7 novembre 2001.

- Publié le 08-11-2021 à 14h56
- Mis à jour le 08-11-2021 à 16h57

Eco$tory | Fondée en 1923, la compagnie aérienne Sabena avait succédé au SNETA (Syndicat National pour l'Etude des Transports Aériens), qui étudiait le développement de l'aviation commerciale en Belgique depuis 1919. En 1923, la SNETA termine sa mission de recherche et quelques mois plus tard, en mai, le premier vol régulier officiel de la Sabena est effectué et relie Bruxelles à Lympne, dans le comté anglais du Kent, avec uniquement du courrier et du fret à bord.
Deux ans plus tard, le 12 février 1925, un avion de la Sabena atterrit pour la première fois en Afrique, à Léopoldville (l'actuelle Kinshasa), après un vol de 75 heures qui a duré pas moins de 51 jours. C'est l'aviateur Edmond Thieffry qui était au commande de l'avion.
Une fois l'exploit réussi, la compagnie d'aviation belge fit tout pour exploiter cette ligne à des fins commerciales mais il a fallu attendre 10 ans, le 23 février 1935, pour que la première liaison commerciale soit enfin réalisée. Le premier avion relia Kinshasa en 5 jours et portait le nom du premier aviateur a avoir réalisé le voyage, Edmond Thieffry.

De l'Afrique à l'Amérique
Après le continent africain, c'est l'Amérique que l'entreprise belge exploite. En 1947, l'entreprise traverse pour la première fois l'océan Atlantique, en direction de New York.
Dans les années 1950, l'entreprise belge développe un réseau d'hélicoptères qui desservent les principales villes du pays : Anvers, Liège, Bruxelles, Ostende, etc. Ensuite, ils desserviront également les pays voisins comme la France, les Pays-Bas et l'Allemagne.
Après l'indépendance du Congo, la Sabena rapatrie 35 000 compatriotes en 18 jours à peine. Mais dans la foulée, le trafic en Afrique s'effondre. En 1961, la fondation d'Air Congo signe la fin du réseau congolais de la Sabena.
Même si l'entreprise emploie 10 000 personnes et dessert 104 destinations, la société ne se porte pas très bien financièrement. Des années 1960 jusqu'à la fin, à quelques rares exceptions près, elle n'aura pas été en mesure de présenter des chiffres financiers positifs.
Au début des années 1980, le déficit cumulé était de près de 10 milliards de francs belges (environ 250 millions d'euros). Pendant toutes ces années, l'Etat a dû intervenir régulièrement à coups de milliards de francs et diverses restructurations se sont succédé. Différents partenariats vont donc avoir lieu.
Jusqu'à 100 milliards de francs de dettes
En 1990, British Airways et KLM ont acquis chacune 20 % du capital de la Sabena pour un prix de 2 milliards de francs. Mais l'aventure est de courte durée, sous la pression politique, les deux entreprises se retirent à la fin de l'année et la Sabena doit leur rembourser à chacune les 2 milliards de francs.
En avril 1992, Air France prend alors une participation de 37,5 % dans la Sabena. En échange, les Belges reçoivent 6 milliards de francs d'argent frais. Ce mariage prend également rapidement fin, en 1994.
Un an plus tard, les Suisses prennent une participation de 49,5 % dans la compagnie nationale. En 2000, le gouvernement fédéral et SAirGroup (Swissair) concluent un accord en vertu duquel les Suisses détiendraient à terme 85 % du capital de la Sabena.
En 2001, la Sabena est confrontée à une montagne de dettes de près de 100 milliards de francs et les résultats sont désastreux. Il est question d'une nouvelle restructuration lourde, couplée à une injection de capital par Swissair. C'était sans compter, les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis qui infligèrent des dommages encore plus importants au secteur de l'aviation, déjà fragile. Au début du mois d'octobre, Swissair fait elle-même faillite suiviz par la Sabena le 7 novembre.
Vingt ans après, tous les détails n'ont pas encore été réglés. Le curateur Christian Van Buggenhout est toujours occupé par les suites de la faillite mais le nom Sabena n'a pas encore complètement disparu du secteur de l'aviation. Sabena Technics existe ainsi toujours. Dans la foulée de la faillite, l'ancienne division de maintenance des avions de la Sabena avait été reprise par le groupe français TAT. Les activités belges avaient ensuite été reprises par la direction locale en 2014 et transformées en Sabena Aerospace.