L'enveloppe "bien-être" de près d'un milliard d'euros sera distribuée à 100%: "On favorise encore les allocataires sociaux aux travailleurs"
Quelque 980 millions d'euros seront distribués aux allocataires sociaux en 2023-2024. La demande de gel de 40% du patronat ne sera pas entendue.

- Publié le 14-09-2022 à 16h50
- Mis à jour le 15-09-2022 à 17h00

"Fake news", lançait lundi Pieter Timmermans, patron de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB), au fait que les principales organisations patronales du pays voulaient cornaquer l'enveloppe bien-être, de 981 millions d'euros. Pour rappel, l'enveloppe bien-être est un budget mis à disposition par le gouvernement pour augmenter les allocations sociales, à charge pour les partenaires sociaux de s'entendre pour la répartir.
Augmentation de plus de 25 %
Dans une nouvelle lettre adressée le 11 septembre à Alexander De Croo et aux principaux ministres de la Vivaldi, le patronat déplorait des estimations de l'enveloppe "qui ne correspondent plus à la réalité" de la part du Bureau fédéral du Plan, notamment au niveau de la productivité. Pour la période 2021-2022, ce budget s'élevait à 700 millions d'euros. "Il sera de 981 millions pour les années 2023-2024 : 755 millions pour les salariés (pour relever les pensions, les allocations de maladie-invalidité et de chômage), 111 millions pour les indépendants et 115 millions pour des compléments aux allocations de base", détaille Thierry Bodson, patron de la FGTB. Près de 30% en plus.
Les partenaires sociaux restent divisés sur l'allocation de cette enveloppe. Devant la crise qui frappe les ménages et les entreprises, la FEB & cie, convaincus que le pire de la crise est à venir, souhaitent dans le courrier adressé au gouvernement qu'une partie de cette manne soit mise de côté : "Nous plaidons pour la limitation des enveloppes bien-être à 60 %, comme cela a été le cas lors du gouvernement Di Rupo pour les enveloppes bien-être 2013-2014. La proportion restante des enveloppes (40 %) pourrait ensuite être remplie plus tard, par exemple fin 2023. Cela nous semble une application correcte du principe de prudence." Pas defake news, donc, "mais plutôt une gestion de bon père de famille, quitte à remplir les trous un peu plus tard, le temps de voir comme la situation évolue sur le front de l'inflation et de la hausse des prix de l'énergie", explique Pierre-Frédéric Nyst, patron de l'Union des Classes Moyennes (UCM).
Bronca de l'aile gauche de la Vivaldi
Le monde politique de gauche a tout de même avalé son café de travers en recevant cette lettre. "La solution des patrons face à la crise ? Appauvrir les pensionnés, les malades et les chômeurs en réduisant l'enveloppe bien-être. (...) Ce sera sans moi, sans le PS", avait alors tweeté le vice-Premier PS Pierre-Yves Dermagne.
Rejoignant ainsi le Vice-Premier Georges Gilkinet (Ecolo) qui, lui aussi, tweetait : "Pas question de toucher à l'enveloppe bien-être. Revaloriser les allocations les plus basses, c'est une réponse à la crise, pas un problème."Les syndicats, eux, veulent effectivement distribuer, comme de tradition, "ce montant aux petits pensionnés et aux allocataires sociaux, plus durement touchés par la crise énergétique et la hausse des prix. Le patronat vit sur une autre planète", estime Thierry Bodson.
Date du 15 septembre
Le 15 septembre est la date limite pour forcer un accord entre partenaires sociaux. Il n'y en aura pas, sauf énorme surprise. Et c'est plutôt de mauvais augure pour les discussions relatives à la norme salariale pour 2023-2024 qui, elles, vont commencer dans la foulée de celles sur l'enveloppe bien-être. "On espère que les partenaires sociaux arrivent à quelque chose avant la date fixée dans la procédure du 15 septembre. Si aucun accord n'est trouvé, les ministres de tutelle feront une proposition comme prévu dans la procédure. Le budget de l'enveloppe sociale n'est pas remis en question. Après tout, cela est coulé dans le marbre de l'accord de gouvernement", explique-t-on du côté du cabinet de Pierre-Yves Dermagne. De fait, l'accord de gouvernement prévoit explicitement qu'"en ce qui concerne la taille et la répartition des enveloppes sociales, la loi sur le pacte de solidarité entre les générations du 23 décembre 2005 sera respectée, comme elle l'a été ces dernières années".
Distribution à 100%
"En coulisses, après le courrier diffusé par les patrons, le Premier ministre a fait savoir que l'enveloppe sociale sera allouée en totalité, dans le cadre de la discussion sur le pouvoir d'achat", nous explique une source gouvernementale. Qui ajoute que "les employeurs font référence à l'approche sous le gouvernement Di Rupo en 2013-2014. Cependant, là, la situation était différente. Elle était d'ailleurs déjà inscrite dans l'accord de gouvernement de l'époque". Le 16 confirme.
De toute façon, "contrairement à la norme salariale qui se discutera ces prochains mois, le gouvernement est le seul décisionnaire sur la destination de l'enveloppe bien-être", explique une source patronale.
Bref, le patronat, pour le coup, n'a pas été entendu… "Mais ce faisant, on favorise encore un peu plus les allocataires sociaux, au détriment des travailleurs. Or, surtout par les temps qui courent, il faudrait éviter les pièges à l'emploi", regrette Pierre-Frédéric Nyst, président de l'UCM.