Quels scandales se cachent derrière l'invention du téléphone ?
Une invention, trois inventeurs potentiels et une véritable saga judiciaire. L'histoire du téléphone devrait plaire à ceux qui dévorent les séries à suspense.
- Publié le 09-01-2023 à 14h17

"Monsieur Watson, venez ici. J'ai besoin de vous voir !" Loin des polars de Conan Doyle, Thomas Watson n'est pas médecin et n'a rien à voir avec Sherlock Holmes. Ce comptable américain est surtout connu pour avoir été l'assistant d'Alexander Graham Bell et… le destinataire du tout premier appel téléphonique, le 10 mars 1876, lors d'une démonstration publique.
À cette date, le professeur Bell présentait fièrement au monde son invention fraîchement brevetée : le téléphone. Dans l'ombre, Elisha Gray et Antonio Meucci s'étranglent : qui est ce Bell qui revendique la paternité de leur invention ? La filiation de ce symbole du XXe siècle est digne d'un feuilleton à rebondissements.
Bell, Gray ou Meucci ?
Dans le scénario, trois personnages. Alexander Graham Bell, le protagoniste, se tient sur le devant de la scène. Né d'une mère malentendante et d'un père professeur de phonétique à l'université, Bell se passionne pour la diction et l'élocution. Il sera professeur de ces matières à l'université de Boston pour laquelle il mènera ses recherches. D'après son texte Une observation en entraîne une autre, c'est en 1874, sur la berge de la rivière Grand en Ontario, que lui vient l'idée du téléphone. Cette nouvelle technologie lui permettrait de traduire les ondes sonores en impulsions électriques afin de les envoyer jusqu'au récepteur, qui opérerait à l'inverse et répéterait le message sonore. Le 14 février 1876, il présente son dossier au bureau d'enregistrement des brevets… et il n'est pas le seul !
Le jour même, à quelques heures d'intervalle, Elisha Gray s'y rend lui aussi afin de déposer son dossier pour une invention similaire. Le 7 mars 1876, le brevet est accordé à Bell, dont les avocats auraient insisté pour un traitement rapide de la demande. Ni une, ni deux, Elisha Gray traîne le professeur en justice mais perd le procès.
Malgré sa victoire contre Gray, Alexander Graham Bell n'est pas près d'en avoir fini avec les tribunaux. L'inventeur Antonio Meucci l'assigne en justice. En effet, le mécanicien italien aurait mis au point un premier prototype, étrangement similaire, dès 1850, peu après son arrivée aux États-Unis. En 1871, cinq ans avant ses deux concurrents, il déposait une intention de brevet devant l'autorité compétente pour son Telettrofono. Faute de moyens, il n'obtient jamais le brevet et laisse expirer l'intention. En 1876, lorsqu'il apprend que Bell se targue d'avoir inventé le téléphone, Meucci s'insurge. Pour lui, pas l'ombre d'un doute : cet Ecossais lui a volé son invention. Le procès se poursuit jusqu'à la mort de Meucci en 1889, sans qu'il n'ait pu obtenir gain de cause.
Bell, père du téléphone… de 1876 à 2002
Une fois Antonio Meucci décédé, la paternité de Bell est incontestable : l'histoire le retient comme l'inventeur du téléphone. Après tout, comment le professeur Bell, naviguant essentiellement entre le Royaume-Uni et le Canada, aurait-il pu voler l'invention d'un inventeur florentin de renommée modeste ?

Cette logique incontestable a prévalu… jusqu'en 1989. En effet, un siècle plus tard, Basilio Catania, ancien directeur de l'agence de recherche et de développement des télécoms italiennes, tombe sur d'anciens travaux de Meucci. Il découvre que Bell a travaillé pendant deux ans dans les laboratoires où l'inventeur avait entreposé son Telettrofono. Simple coïncidence ? Il n'en est pas convaincu et se démène pour racheter l'honneur d'Antonio Meucci. Ses efforts paient puisque le 11 juin 2002, la Chambre des représentants des États-Unis reconnaît l'antériorité et la contribution de Meucci dans l'invention du téléphone. Une décision majeure qui ne suffira pas à changer les livres d'Histoire. Dans l'imaginaire collectif, Alexander Graham Bell demeure le seul et unique père du téléphone.
Une invention en constante évolution
Le téléphone a traversé le temps, non sans certaines évolutions. Très vite, la Bell Company doit s'associer à d'autres pour améliorer son invention. Thomas Edison contribue, par exemple, à l'amélioration du microphone de l'appareil. Quelques années plus tard, Clément Ader fixe le microphone directement sur le socle et ajoute deux écouteurs, de part et d'autre de l'appareil.
En 1879 déjà, le parlement belge se dotait de la première ligne téléphonique du pays. Il faut cependant attendre 1913 pour que le téléphone soit commercialisé et utilisé dans les ménages. La création de la Régie des Télégraphes et des Téléphones (RTT) popularise l'invention en 1930. À la sortie de la Deuxième Guerre mondiale, la Belgique compte 350 000 détenteurs d'une ligne fixe.
L'ère du portable
La révolution a lieu en 1973. Martin Cooper invente le téléphone "portable" : 25 cm de long sans compter l'antenne et pas moins d'1 kg, de quoi se muscler l'avant-bras. Celui-ci ne sera vendu en magasin que dix ans plus tard pour la modique somme de 3 995 dollars.

Il faut attendre la fin des années 1980 et l'arrivée de Nokia sur le marché pour que le portable se démocratise. L'entreprise finlandaise s'impose rapidement en tant que leader mondial. Plus légers, plus esthétiques, mais toujours aussi solides, les appareils Nokia rencontrent un franc succès. Qui ne se souvient pas de l'iconique et incassable 3310 ? Son successeur le 1100 est aujourd'hui encore le téléphone le plus vendu de l'histoire : 250 millions d'exemplaires. Mais l'entreprise périclite avec l'arrivée du smartphone.
Apple métamorphose le paysage commercial avec la sortie de son premier iPhone, en 2007. Un téléphone portable, léger, intelligent mais surtout tactile ! Ce nouvel appareil place l'entreprise de Steve Jobs en pole position. Devenu quasi indispensable à notre quotidien, le smartphone se vendait en Belgique à plus de 2,6 millions d'exemplaires en 2019. En 2020, on comptait 2,87 milliards d'utilisateurs dans le monde.
Aujourd'hui, Apple s'impose en incontestable maître du marché, avec une capitalisation boursière de plus de 2 000 milliards de dollars. Nokia manque le coche et stagne, avec une capitalisation boursière de 24 milliards de dollars. Une différence plus que remarquable.