Amazon est accusée de monopole aux États-Unis
Le groupe de vente en ligne est accusé d'abus de position dominante au détriment des commerçants et des consommateurs.
- Publié le 27-09-2023 à 18h35

La Federal Trade Commission (FTC) américaine et 17 Etats américains ont entamé hier les poursuites à l'encontre de la plateforme de vente en ligne Amazon, pour abus de position dominante dans un marché qui a explosé durant les années Covid. La plainte a été déposée devant le tribunal fédéral de Seattle, ville où se trouve le quartier général d'Amazon. La FTC décrit en substance la position d'Amazon comme celle d'un groupe qui exerce de manière illégale un pouvoir de monopole, enferme les vendeurs dans sa plateforme numérique, nuit à la concurrence, à ses rivaux commerciaux, et maintient au final des prix élevés. Ceci s'expliquant notamment par le niveau élevé des commissions exigées sur les ventes de ses utilisateurs. Est-ce là une surprise ? Pour les observateurs du secteur, ce n'est pas le cas.
Le système Amazon
Les auteurs sont nombreux à avoir disséqué la mécanique sous-jacente à la plateforme, comme Alec MacGuillis qui en 2021 publiait une enquête approfondie sur le groupe américain et ses pratiques. Ce dernier explique notamment comment l'entreprise est devenue un lobby à part entière à Washington où par ailleurs, Jeff Bezos dispose d'un véritable manoir où, selon l'auteur, on croise les lobbyistes chevronnés d'Amazon, des députés, sénateurs et membres du gouvernement.

La présidente de la FTC, Lina Khan est elle aussi auteure de critiques virulentes à l'encontre du système Amazon. Dans le Wall Street Journal de mercredi, on rappelle qu'elle écrivait déjà en 2017, dans le Yale Law Journal que "les générations précédentes d'hommes de loi et de tribunaux ont cessé de poursuivre les groupes tels qu'Amazon". C'est que la FTC s'est déjà cassé les dents sur d'autres plateformes numériques comme Microsoft ou Meta Platforms (Facebook) dans des cas semblables. Le combat judiciaire contre Meta n'est toutefois pas terminé, et les pratiques de Google sont également sous la loupe de la justice. Mais ici, le côté matériel des opérations – publicité, mise en vente, livraisons et service après-vente – semble avoir permis aux autorités de récolter plus de preuves que dans d'autres dossiers.
Un long combat
L'annonce de mercredi n'a pas surpris grand monde, et l'on s'attend à un très long échange d'arguments dans les prétoires. Chez Amazon, la première réplique a fusé sous la forme d'un long communiqué reprenant des explications déjà évoquées dans la littérature. Alors que la présidente de la FTC assure qu'Amazon "prend maintenant un dollar sur tous les 2 dollars que gagne un vendeur", le groupe rétorque sous la plume de son responsable juridique David Zapolsky, que "la plainte de la FTC allègue que nos pratiques tarifaires, notre offre Fulfillment by Amazon (NdlR : préparation et envoi des marchandises) et Amazon Prime sont anticoncurrentiels. Ce faisant, le procès révèle l'incompréhension fondamentale de la Commission en matière de commerce de détail". Voilà pour les débuts d'un affrontement qui pourrait durer des années.