L'Union européenne suspend ses mesures de rétorsion commerciales contre les États-Unis, en continuant d'espérer l'ouverture de négociations
La présidente de la Commission européenne a annoncé la suspension pour 90 jours des représailles tarifaires approuvées moins de vingt-quatre heures plus tôt. Même si, pour l'heure, les tarifs américains "réciproques" restent partiellement en vigueur et que l'acier et l'aluminium, ainsi que les voitures, sont toujours frappés de droits de douane de 25 %.
- Publié le 10-04-2025 à 17h47
- Mis à jour le 11-04-2025 à 11h47

La vérité d'un jour n'est pas celle du lendemain, et c'est un lieu commun qui ne risque pas de tomber en désuétude aussi longtemps que Donald Trump sera président des États-Unis. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé ce jeudi vers 12h30 la suspension pour 90 jours des mesures de rétorsion de l'Union européenne adoptées… moins de vingt-quatre heures plus tôt par les États membres, pour répondre aux tarifs américains de 25 % contre l'acier et l'aluminium européens. "Nous prenons note des annonces du président Trump. Nous voulons donner une chance aux négociations", a précisé l'Allemande dans un communiqué publié à la mi-journée. Mercredi (soir, pour les Européens), Donald Trump avait fait savoir que les États-Unis suspendent, pour 90 jours, les tarifs douaniers prohibitifs visant des dizaines de pays, ainsi que l'Union européenne. Triomphalement annoncés par le même président Trump une semaine plus tôt, ces tarifs devaient entrer en vigueur le matin même.
Approuvées par tous les États membres, à l'exception de la Hongrie, les contre-mesures européennes ciblent divers produits américains, frappés de tarifs douaniers de 25 % : outre l'acier et l'aluminium, la longue liste européenne comprend aussi la viande de bœuf, la volaille, le jus d'orange, le soja, les amandes, le tabac, les pièces automobiles, les motos Harley Davidson, des vêtements et des produits de beauté, des bijoux… Portant sur une valeur totale annuelle de quelque 22 milliards d'euros, la riposte européenne devait s'exercer par paliers, avec une première salve le 15 avril, une seconde, plus importante, le 16 mai et une dernière le 1er décembre. "Si les négociations ne sont pas satisfaisantes, les contre-mesures entreront en vigueur", avertit Ursula von der Leyen.
Des tarifs américains toujours en vigueur
L'Europe a donc décidé de retenir ses coups, en attendant une ouverture américaine. Même si, dans les faits, l'Union, qui souhaite la levée des tarifs américains, n'a pas obtenu grand-chose. Donald Trump a certes annoncé que les États-Unis ramèneraient à 10 % les tarifs qualifiés de "réciproques" – ils étaient initialement de 20 % pour les produits européens, pour une valeur totale de 290 milliards d'euros. Mais les droits de douane de 25 % sur l'acier et l'aluminium sont maintenus (dont coût : 26 milliards d'euros pour le secteur), de même que ceux, de même ampleur, sur les voitures et pièces automobiles européennes (coût : 66 milliards d'euros). D'ailleurs, l'UE poursuit le travail de préparation d'autres contre-mesures, a précisé Mme von der Leyen, qui prévient que toutes les options restent sur la table. Sous-entendu : y compris celle de faire usage de l'instrument anti-coercition de l'UE. Rien, cependant, ne sera annoncé au cours des 90 jours qui viennent.
"Nous sommes assez convaincus que notre stratégie est la bonne", a affirmé Olof Gill, le porte-parole de la Commission pour le commerce, lors du point presse quotidien de l'institution. Un avis que semble partager le Premier ministre belge Bart De Wever qui, interrogé sur ce sujet à la Chambre, a salué "la sagesse" de la décision européenne. Lundi, les ministres du Commerce des Vingt-sept avaient souligné que l'UE doit privilégier la négociation à la confrontation, tout en se préparant à la seconde. Avec le choc qui se profile entre les États-Unis et la Chine, et l'extrême nervosité des places boursières, l'Union a décidé de ne pas en rajouter et de se présenter en îlot de stabilité.
"Après des journées assez stressantes, nous avons un espace de respiration", souffle un diplomate européen, qui invite les Européens à "regarder et rester calmes, comme Bouddha" et de réfléchir aux moyens de tirer le meilleur profit de ces 90 jours. Le sujet figure à l'agenda de la réunion informelle des ministres des Finances organisée par la présidence polonaise du Conseil, ce vendredi, à Varsovie.
"Nous allons prendre le temps d'analyser les situations, de parler avec les États membres et les entreprises pour peaufiner notre stratégie, L'objectif c'est d'amener les Américains à s'asseoir avec nous à la table pour trouver un accord", a poursuivi M. Gill. "Nous sommes prêts à tout négocier", a-t-il complété. L'UE a proposé aux États-Unis un accord de "tarifs zéro" sur les produits industriels et s'est dit prête à discuter d'une augmentation des achats de gaz de naturel liquéfié (GNL) américain. Le commissaire au Commerce, Maros Sefcovic, est en contact régulier avec ses homologues américains, mais aucune rencontre n'est programmée, pour l'heure, a fait savoir la Commission.
Boudée par Donald Trump, la présidente von der Leyen, elle, multiplie les contacts avec d'autres partenaires de l'Union. Elle a conversé jeudi au téléphone avec les Premiers ministres néo-zélandais Christopher Luxon puis canadien Mark Carney. Elle a évoqué avec les deux hommes la possibilité d'un rapprochement entre l'UE et les Etats parties du CPTPP, un vaste partenariat de libre-échange transpacifique qui réunit des pays américains, océaniens et asiatiques. Par ailleurs, l'Union a annoncé le lancement de négociations en vue de conclure un accord de libre-échange avec les Émirats arabes unis.

