Le "maître du deal" dans de beaux draps : la Chine dégaine une nouvelle arme contre Donald Trump en suspendant les exportations de terres rares
La Chine a décidé de suspendre en grande partie ses exportations de terres rares dans le monde. Une stratégie de l'étouffement qui touchera l'Europe mais aussi et surtout les États-Unis.

- Publié le 14-04-2025 à 17h10
- Mis à jour le 22-04-2025 à 10h21

"You don't have the cards !" ("Vous n'avez pas les cartes en main"). La Chine pourrait réutiliser cette phrase lancée par Donald Trump au président ukrainien Volodymyr Zelensky dans le Bureau ovale en février dernier, mais dans un autre dossier.
Pourquoi ? Car le "maître" autoproclamé du "deal" pourrait – à nouveau ? – payer les pots cassés de ses décisions hâtives.
Une partie de poker difficile
Rappelons que Donald Trump a décrété des "taxes réciproques" sur le monde entier, avant de largement les suspendre, à l'exception de celles concernant la Chine de Xi Jinping. Une escalade a même eu lieu et l'Américain a décidé d'imposer des droits de douane de 145 % sur les importations chinoises aux États-Unis. En retour, la Chine a fait de même, à hauteur de 125 %. Une escalade qui rappelle la précédente guerre commerciale menée par les deux pays lors du premier mandat de Donald Trump.
Néanmoins, les nombreux géants de la tech américains étant très dépendants de la Chine pour leur production de matériel high tech – dont Apple et Nvidia – , il a décidé de les réduire à 20 % pour tout ce qui concerne les smartphones et les ordinateurs.
Mais dans cette partie, Donald Trump n'est pas le seul à jouer.
Insuffisant pour calmer Pékin
Pékin, dont l'unité de voix est plus simple à obtenir qu'en Europe, n'a pas cédé sous la pression de Trump et a décidé de lui faire payer son agressivité en ayant recours à une arme simple, mais redoutable : l'étranglement via les matières premières. Et ici, les "terres rares".
Ces matières premières, au nombre de 17, sont incontournables dans l'industrie technologique. Elles ne sont pas "rares" en soi mais la Chine en détient près de 75 % de la production mondiale (en légère baisse, ces dernières années) et raffine la majeure partie de celles qui circulent dans le monde, les autres pays ayant préféré lui laisser la mainmise sur ce processus polluant.
Parmi elles, on retrouve par exemple le néodyme, utilisé pour les aimants puissants présents dans les smartphones, les véhicules électriques, les éoliennes offshore ou même dans l'industrie de l'armement.
Ce blocage d'exportations de la part de la Chine a déjà été réalisé par le passé et a plusieurs fois été pointé du doigt.
Et, ce week-end, la Chine a donc décidé de bloquer l'exportation de certains métaux (dont le néodyme et d'autres "terres rares") à l'international. Une mesure qui touche donc le monde entier (dont le Japon et l'Allemagne, qui en sont très dépendants), mais surtout les États-Unis. Car ses industries des services (Google etc.) et de technologie (Apple, Nvidia…) posent justement en partie leurs fondements sur ces matières premières.
Ce blocage d'exportations de la part de la Chine a déjà été réalisé par le passé et a plusieurs fois été pointé du doigt par l'Organisation mondiale du commerce (OMC), sans qu'il n'y ait de réelles répercussions sur Pékin. Un cas emblématique s'était d'ailleurs déroulé en 2011 : un différend diplomatique opposait Chine et Japon, dans le cadre du conflit territorial des îles Senkaku. Le Japon avait haussé le ton. La Chine avait rétorqué en bloquant les exportations de terres rares vers le Japon. La Bourse de Tokyo, constituée de nombreuses entreprises technologiques, avait alors chuté. Résultat ? Tokyo avait fait profil bas pour calmer le géant chinois. Game over.
Quant à Donald Trump, le président américain a voulu maintenir sa position et démentir tout "adoucissement" sous la panique. "Personne n'est tiré d'affaires en ce qui concerne le déséquilibre commercial et les barrières non tarifaires que les autres pays utilisent contre nous, surtout pas la Chine, qui nous traite le plus mal !" a-t-il affirmé, dimanche, sur son réseau Truth Social. Reste à voir quelles cartes il a encore en main dans cette partie et s'il ne tente pas un énième coup de bluff.