L'Iran frappe une base américaine au Qatar "en représailles": Donald Trump réagit, et les marchés surprennent
Les autorités qataries ont réagi aux attaques iraniennes. Laissant entendre une potentielle riposte mais également une volonté de négociations. Les prix du pétrole, dont une grande partie passe par le détroit d'Ormuz, ont néanmoins chuté.

- Publié le 23-06-2025 à 22h46
- Mis à jour le 24-06-2025 à 18h58

Lundi soir, des missiles iraniens se sont abattus sur la base d'Al-Udeid, au Qatar, la plus grande base américaine au Moyen-Orient. Le régime iranien avait annoncé les frappes, les qualifiant de "représailles" aux attaques américaines de samedi en Iran.
Si la base compte près de 10 000 soldats et autres travailleurs, issus de plusieurs pays, la plupart ont été relogés aux alentours. Certains d'entre eux ont même déjà atterri en Belgique, nous fait savoir une source indirectement concernée par un rapatriement en Belgique.
"L'État du Qatar condamne fermement l'attaque perpétrée par les Gardiens de la Révolution iraniens contre la base aérienne d'Al-Udeid. Nous considérons qu'il s'agit d'une violation flagrante de la souveraineté de l'État du Qatar, de son espace aérien, du droit international et de la Charte des Nations Unies. Nous affirmons que le Qatar se réserve le droit de riposter directement, d'une manière équivalente à la nature et à l'ampleur de cette agression effrontée, conformément au droit international", a déclaré Majed al-Ansari, porte-parole du ministère des Affaires étrangères qatari et conseiller du Premier ministre qatari, affirmant que les défenses aériennes ont intercepté les missiles.
"Nous soulignons également que la poursuite de telles actions militaires d'escalade portera atteinte à la sécurité et à la stabilité de la région, l'entraînant dans des situations qui pourraient avoir des conséquences catastrophiques pour la paix et la sécurité internationales. Nous appelons à la cessation immédiate de toutes les actions militaires et à un retour sérieux à la table des négociations et au dialogue. Par ailleurs, l'État du Qatar a été l'un des premiers pays à mettre en garde contre les dangers d'une escalade israélienne dans la région", a-t-il poursuivi.
Pétrole en chute : pourquoi ?
De prime abord étonnant, le prix du pétrole a chuté de près de 7 % (WTI et Brent) à la clôture de Wall Street lundi soir. La plupart des agences de presse, dont Associated Press, faisaient état d'un apaisement des craintes de la part des investisseurs. "Le pétrole chute, car les traders parient que les attaques au Qatar mèneront à la désescalade", résume le Financial Times, alors que le Pentagone a confirmé que l'attaque n'a fait aucun mort.
"C'est une mesure pour sauver la face"
"Il s'agit d'une cible militaire, apparemment située en dehors de tout centre de population et il semble que les infrastructures pétrolières ne soient pas concernées", a commenté l'analyste John Kilduff, d'Again Capital, à nos confrères de l'AFP. Selon l'analyste, le marché juge qu'il "s'agit d'une mesure prise par les Iraniens pour sauver la face". Même le président américain Donald Trump a posté sur son réseau Truth Social que la riposte iranienne avait été "très faible".
"La base avait été évacuée plus tôt, conformément aux mesures de sécurité et de précaution établies compte tenu des tensions dans la région. Toutes les mesures nécessaires ont été prises pour assurer la sécurité du personnel de la base, y compris des membres des forces armées qataries, des forces amies et d'autres personnes", a précisé le porte-parole qatari.

De plus, aucune infrastructure énergétique ou vitale n'a été visée, ni aucun élément lié à la logistique énergétique, laissant penser à une attaque "symbolique" en réponse aux bombardements américains. L'Iran n'a d'ailleurs pas fermé le détroit d'Ormuz, laissant passer près de 20 % du pétrole mondial, ainsi que le GNL (gaz naturel liquéfié) qatari, qui dépend de cette route maritime pour son acheminement. Une mesure peu probable, comme nous vous l'expliquions dans nos colonnes. Précisons que l'Iran, sous embargo, vend la majeure partie de son pétrole à la Chine, via une "flotte fantôme" clandestine.
Rappelons également que le Qatar et l'Iran sont des pays considérés comme proches, économiquement via le partage d'un champ gazier offshore, et diplomatiquement. Le président américain Donald Trump avait également fait le déplacement à Doha en mai dernier, alors que le petit État se positionne comme un acteur clé dans les discussions diplomatiques au Moyen-Orient, dont le conflit israélo-palestinien.
Et au niveau des routes commerciales ?
Le fret maritime risque quant à lui de voir ses tarifs augmenter, par le contournement de la zone, provoquant des rallongements, ainsi que par de potentielles hausses du prix des assurances.
Au niveau aérien également, des compagnies comme Qatar Airways, Emirates, Air France, British Airways, United Airlines ou encore Singapore Airlines ont déjà annoncé une adaptation de leurs plans de vol ces derniers jours, dont des annulations pour des destinations comme Dubaï (Émirats arabes unis) ou Doha (Qatar).
Quoi qu'il en soit, l'acheminement énergétique mondial, que ce soit en pétrole ou en gaz (la demande est particulièrement forte depuis la réduction des importations de gaz russe depuis l'invasion de l'Ukraine), dépendra en partie de la stabilité de la région.