Pourquoi la Belgique n'arrive pas à faire face à la menace des drones : "Les intercepter est une course perdue, il faut s'autoriser à les détruire"
Les récents survols de drones au-dessus d'aéroports civils et de bases militaires ont montré toute l'impuissance de notre pays en la matière.

- Publié le 05-11-2025 à 18h16
- Mis à jour le 07-11-2025 à 12h46

"On a essayé de faire du jamming (du brouillage, NdlR) par un moyen électronique, on a essayé d'abattre le drone. Cela a été ineffectif". Dimanche, le ministre de la Défense Theo Francken (N-VA) semblait désespéré après le survol par des drones non identifiés de la base aérienne de Kleine-Brogel. Selon, lui la police a suivi l'un des drones avec un hélicoptère et deux combis. Sans succès." Après 20 kilomètres, ils ont perdu le signal".
Cet épisode l'illustre : la Belgique paraît bien désarmée face à cette nouvelle menace venue du ciel. "On a quelques moyens, mais pas assez", expliquait récemment le général Frédérik Vansina, chef de l'Armée belge, à La Libre. D'où l'urgence de se doter d'un plan anti-drone. Dans un premier temps, 50 millions d'euros vont être libérés pour "des systèmes de détection, de brouillage, et des moyens pour abattre les drones à courte portée". L'idée serait aussi de bien définir la chaîne de commandement en cas d'intrusion de drones hostiles. Pour l'instant, à la fois Skeyes, le contrôleur aérien du ciel belge, la police et la Défense peuvent intervenir, en fonction de la gravité de la menace.
"Cela ne fonctionne plus. Même des drones à 1 000 euros peuvent être modifiés et passer facilement les brouillages classiques"
Reste aussi à adapter les "armes" pour neutraliser ces drones. À ce niveau, le braconnier a tendance à aller plus vite que le garde-chasse, comme l'illustre l'exemple ukrainien. "Cela fait longtemps que les Ukrainiens n'utilisent plus le brouillage simple par canon pour neutraliser des drones, explique Xavier Tytelman, expert en défense. Cela ne fonctionne plus. Même des drones à 1 000 euros peuvent être modifiés et passer facilement les brouillages classiques". D'autres drones n'ont pas besoin de pilotes : leur trajet est prédéfini à l'avance, ce qui rend là aussi toute tentative de "jamming" inutile. "La communication des grands drones est, quant à elle, très souvent cryptée et quasiment impossible à brouiller".
Depuis quelques années, il existe d'autres manières d'intercepter les drones. "D'autres drones peuvent les attraper avec un filet de pêche. Le gros avantage est qu'il n'y a pas de risques de retombées de débris", poursuit M. Tytelman depuis le Donbass ukrainien où il se trouve pour le moment. Les solutions européennes, comme le "Rapid Eagle" du groupe français Thales déployé lors des Jeux olympiques de Paris, existent. "Mais on n'en a clairement pas des masses. Pour être vraiment efficaces, il faudrait des dizaines de drones intercepteurs sur chaque aéroport en Europe. C'est impossible actuellement". Bref, selon Xavier Tytelman, "vouloir intercepter tous les drones hostiles est une course perdue".
"Si on est obligés d'envoyer des missiles à 800 000 euros pour intercepter un drone russe qui coûte 3 000 euros, on doit se poser des questions."
L'ancien aviateur privilégie une autre option. "Il faut pouvoir s'autoriser à détruire ces drones, comme en Ukraine. Mais les doctrines d'aujourd'hui des pays occidentaux ne sont pas claires sur le sujet, car il y a des craintes quant à la retombée de débris sur des civils". L'avantage, selon lui, est que les possibilités de destruction de drones sont nombreuses, allant de techniques rudimentaires ("cela se fait assez facilement avec un fusil à pompe ou des tirs de canon à l'ancienne"), aux plus sophistiquées (roquette spécifique, système de laser, drone "anti-drone" guidé par l'IA) "Un hélicoptère peut aussi être très efficace, poursuit l'expert. L'année dernière, un tireur d'élite placé dans un hélicoptère de la Marine nationale française a détruit un drone houthi en mer Rouge. C'est une solution qui coûte peu cher".
Elle serait à privilégier par rapport au lancement d'avions de chasse. "Si on est obligés d'envoyer des missiles à 800 000 euros pour intercepter un drone russe qui coûte 3 000 euros, on doit se poser des questions", conclut Xavier Tytelman.