Après les intimidations et le recul de Trump, Macron prévient : "N'y croyez pas, ce n'est pas fini"
Le président français Emmanuel Macron met en garde contre les dépendances de l'Union européenne et appelle à un renforcement de sa souveraineté économique.

- Publié le 10-02-2026 à 14h40
- Mis à jour le 10-02-2026 à 17h02

Alors que les 27 États membres se réuniront ce jeudi 12 février pour un sommet informel consacré à la compétitivité européenne, le président français Emmanuel Macron a accordé une interview au journal français Le Monde, ainsi qu'à plusieurs autres médias européens. L'occasion pour le chef d'État de revenir sur les grands enjeux qui seront abordés lors de ce sommet mais aussi de commenter les crises multiples, particulièrement au niveau économique, qui ont récemment bouleversé l'ordre mondial.
Une Europe moins dépendante
Si le président français "plaide pour une Europe plus souveraine", Emmanuel Macron estime tout de même que l'Europe n'est pas au bon rythme et pas à la bonne échelle. Selon lui, le continent fait face à une double crise : les droits de douane américains et l'excédent commercial chinois record de plus de 1 200 milliards de dollars en 2025, qui a amené à une inondation de produits chinois en Europe. Face à cela, "nous les Européens, on est tout seuls. Mais on est nous", résume le chef d'État.
Le président dénonce également une forme de naïveté stratégique européenne, qui crie au soulagement très rapidement. "À l'été 2025, après la signature de l'accord entre l'UE et les États-Unis sur les droits de douane. Il y a les menaces et les intimidations. Et puis, d'un seul coup, Washington recule. Et on pense que c'est fini. Mais n'y croyez pas une seule seconde. Chaque jour, il y a de nouvelles menaces sur la pharmacie, le numérique…" avertit Emmanuel Macron au Monde. Une situation qui alimente davantage de nouvelles dépendances.
"On a remplacé notre dépendance à la Russie par une dépendance aux États-Unis, qui fournissent 60 % de notre gaz naturel liquéfié."
"Elle conduit stratégiquement l'Europe à accroître sa dépendance. Prenez l'énergie, on a remplacé notre dépendance à la Russie par une dépendance aux États-Unis, qui fournissent 60 % de notre gaz naturel liquéfié", continue-t-il.
Renforcer un marché européen
Pour ce faire, le président plaide pour une uniformité accrue des marchés européens. "Il faut continuer avec le 28e régime (qui vise à créer un code européen du droit des affaires, NdlR), l'union des marchés de capitaux, l'intégration de nos réseaux électriques… Le marché natif de nos entreprises, ça ne peut pas être vingt-sept marchés différents, mais 450 millions d'habitants".
Cette stratégie passe également par une diversification des accords commerciaux, le président a mis en avant l'accord commercial récemment conclu avec l'Inde, signé le mardi 20 janvier. "On dit dans le monde que c'est l'accord de tous les accords", s'était félicité M. Modi, le Premier ministre indien, lors d'un discours prononcé à New Delhi. "Cette stratégie nous offre un relais de croissance et nous permet aussi de réduire nos dépendances, elle est bonne", affirme le président français.
Le Mercosur, un accord "mauvais, vieux et mal négocié"
Si le président français n'hésite pas à qualifier l'accord du Mercosur comme un accord "mauvais, vieux et mal négocié", celui n'hésite tout de même pas à affirmer que "le Mercosur n'aura ni l'impact dramatique sur notre agriculture que certains redoutent, ni l'impact positif sur notre croissance que d'autres imaginent".
Pour rappel, le président français avait annoncé début janvier que la France voterait contre la signature de l'accord commercial entre l'Union européenne et les pays du Mercosur, invoquant "un rejet politique unanime". "Je continuerai de me battre pour la pleine mise en œuvre concrète des engagements obtenus de la Commission européenne et pour protéger nos agriculteurs", avait-il assuré. Le président français avait notamment été confronté à une pression des agriculteurs qui organisaient de grandes manifestations en France lors des dernières négociations.