Comment la Turquie fait chuter la valeur de l'or en pleine guerre au Moyen-Orient
L'or, en pleine crise géopolitique, ne joue pas son rôle habituel de valeur refuge. Une anomalie qui s'explique par des ventes importantes dirigées par plusieurs banques centrales.

- Publié le 08-04-2026 à 16h14
- Mis à jour le 10-04-2026 à 16h18

C'est généralement pendant les périodes de crise que l'or devient le sésame que tout le monde s'arrache et donc que, logiquement, son prix augmente. Ce n'est pas pour rien que le métal précieux est considéré comme la "valeur refuge".
Sauf que dans ce cas-ci, en pleine guerre au Moyen-Orient, c'est l'inverse qui se produit. En mars, son prix a connu sa pire chute mensuelle depuis 2008, reculant de près de 12 %.
Un mouvement assez contre-intuitif du marché mais il y a une explication. Et pour comprendre le pourquoi du comment, c'est notamment vers la Turquie qu'il faut se tourner.
Vingt milliards de dollars d'or marchandés
En un mois, la banque centrale turque a libéré sur le marché environ 130 tonnes d'or, révèle le Financial Times. D'un côté, 52 tonnes ont été vendues, purement et simplement. De l'autre, près de 80 tonnes ont été échangées via des opérations financières appelées "swaps". Cela signifie qu'elle échange temporairement de l'or à des banques ou autres acteurs financiers. Ceux-ci peuvent le revendre sur le marché; ce qui augmente l'offre d'or disponible. Et, en échange, la Turquie reçoit immédiatement des dollars qu'elle pourra utiliser pour stabiliser sa monnaie. Plus tard, elle récupère son or en remboursant l'opération. En d'autres termes, la Turquie utilise aussi une partie de son or comme une sorte de garantie pour obtenir du cash rapidement, sans s'en séparer définitivement.
Au total, ces opérations représentent près de vingt milliards de dollars. Mais pourquoi en arriver là ? Parce que l'or, aussi précieux soit-il, ne paie pas directement les factures. La Turquie importe son énergie et, avec la guerre, la note grimpe. Le problème, c'est que ces achats se font en dollars. Et ces dollars, il faut les trouver quelque part.
Jusqu'ici, la banque centrale turque avait justement fait le choix de stocker de l'or plutôt que des dollars. Une grande partie de ses réserves, jusqu'à 70 %, est d'ailleurs composée de ce métal précieux. Mais dans la situation actuelle, ce choix devient un problème. Car le pays a besoin de dollars pour acheter son énergie, et il en a besoin pour acheter de la livre turque, afin d'alimenter la demande et de freiner sa chute. Car depuis plusieurs années, la devise turque est en chute libre. La solution du président Recep Tayyip Erdogan reste néanmoins "temporaire" et non "structurelle", car elle dépend totalement des stocks d'or disponibles.
Un marché tiré dans les deux sens
Ce qui se passe en Turquie raconte en réalité quelque chose de plus large, souligne le média anglais qui explique que, pendant des années, les banques centrales ont soutenu le marché de l'or en achetant massivement. Rien que l'an dernier, elles ont accumulé environ 860 tonnes d'or dans le monde. C'est énorme même si c'est déjà 20 % de moins que l'année précédente.
Sauf qu'aujourd'hui, certains pays passent de l'autre côté du comptoir. La Russie, par exemple, a vendu environ quinze tonnes d'or en janvier et février. En Pologne, qui détenait plus d'or que la Banque centrale européenne (BCE) en janvier dernier, le gouverneur de la banque centrale a proposé de vendre une partie des réserves pour financer l'effort de défense, même si le gouvernement freine l'idée pour l'instant. Et d'autres pays, notamment ceux très dépendants des importations d'énergie, pourraient être tentés de faire la même chose si la facture continue de grimper.
En face, par contre, certains flairent la bonne affaire. La Chine, elle, a acheté 160 000 onces d'or en mars, soit environ cinq tonnes. Son plus gros achat mensuel depuis plus d'un an.
Le résultat, c'est donc un marché complètement tiré dans les deux sens. D'un côté, des États qui vendent parce qu'ils en ont besoin. De l'autre, ceux qui achètent parce que c'est le bon moment. En attendant, à court terme, ce sont les ventes qui font le prix.