"C'est totalement impossible de travailler. Si ça persiste, ça deviendra problématique"
Sous des températures avoisinant les 35°C cette semaine, les ouvriers de chantier adaptent leurs méthodes de travail, tandis que certaines tâches deviennent presque impossibles à exécuter.

- Publié le 25-06-2026 à 09h06
- Mis à jour le 25-06-2026 à 11h07
Mettre en place des solutions alternatives. Tel est le mot d'ordre sur le chantier du futur hôtel du centre de Nivelles en cette période caniculaire. Ce mercredi, les températures, proches de 35 °C, écrasent les murs de l'ancien tribunal de commerce de la ville. "C'est un sauna", souffle un toiturier du chantier.
Et si certains corps de métier peuvent adapter leur travail en se déplaçant vers les zones les moins exposées du bâtiment, d'autres sont contraints de suspendre temporairement certaines tâches en raison de la chaleur accablante.
"Les ardoises du toit sont à 50 degrés"
"On met des choses en place : on fait davantage de pauses au frais, on boit beaucoup plus d'eau et on reste plus souvent en équipe pour s'assurer que tout le monde va bien", explique David, chef électricien sur le chantier. D'autres ajustements ont également été décidés : certains ouvriers sont désormais autorisés à travailler en short, généralement interdits pour raison de sécurité, et les horaires ont été aménagés afin d'éviter les heures les plus chaudes de la journée.
"Si la température au sol est à 30 degrés, les ardoises du toit sont à 50 degrés. Dans ce genre de cas, c'est totalement impossible de travailler", explique l'un des toituriers, pointant du doigt le toit en plein soleil qu'il est en train de rénover. "Donc on change nos horaires, on commence plus tôt vers 6 h 30 et on part vers midi", ajoute-t-il.

Pour Christian, ouvrier originaire d'Ukraine, qui utilise notamment des outils de soudure pouvant atteindre 400 °C, la difficulté vient aussi des infrastructures qui sont peu adaptées à ces fortes chaleurs. "La température est moins supportable que dans tous les autres pays où j'ai travaillé, et j'ai travaillé partout", lance-t-il en rigolant.
"Nous devons faire en quatre heures ce que nous faisons habituellement en huit"
Une baisse de rentabilité ?
Pour Bertrand, un des responsables du chantier, et Tanghy, directeur du chantier, cette vague de chaleur a toutefois un coût important en matière de productivité et donc de rentabilité. "Tout est plus lent, tout prend davantage de temps. Les équipes sont plus fatiguées car les ouvriers dorment moins bien qu'en temps normal, et cela impacte le déroulé du chantier. Pourtant, nous devons faire en quatre heures ce que nous faisons habituellement en huit", explique Bertrand, dans l'une des futures chambres de l'hôtel exposée plein sud.
Pour Tanghy, même constat : "C'est une perte considérable de temps de production. Le rythme est beaucoup moins soutenu, les déplacements sont beaucoup plus lents", explique le directeur du chantier.
Habitué à superviser des projets au Moyen-Orient, l'ingénieur estime toutefois que la situation reste sous contrôle. "Elle deviendrait beaucoup plus problématique si ces températures devaient persister tout l'été. Sur des chantiers au Qatar par exemple, la chaleur nous oblige à mobiliser davantage de main-d'œuvre pour avancer. Ici, cela reste encore gérable. Mais si cela se prolonge, il faudra renforcer les équipes afin de mettre en place des rotations plus fréquentes", continue-t-il. "Mais nous essayons d'être les plus empathiques possible et nous sommes évidemment très compréhensifs avec les ouvriers".
Malgré les difficultés, les ouvriers relativisent, conscients que cet épisode caniculaire devrait s'atténuer dès la semaine prochaine. Tous observent néanmoins une tendance de fond. "Année après année, c'est le même constat : les étés sont de plus en plus chauds. Et nous savons déjà que les conditions de travail risquent de devenir plus difficiles", termine un travailleur du chantier.