Donald Trump rouvre deux fronts commerciaux et signe un accord nucléaire
Le président américain relance ses guerres commerciales et annonce un accord nucléaire très sensible avec l'Arabie saoudite.

- Publié le 22-07-2026 à 15h16
- Mis à jour le 27-07-2026 à 11h28

À peine les projecteurs de la Coupe du monde éteints, Donald Trump remet la confrontation au centre du jeu. Le président américain a donc relancé la guerre commerciale avec le Canada, menacé l'industrie mondiale des médicaments génériques et approuvé un rapprochement nucléaire controversé avec l'Arabie saoudite. Trois dossiers distincts mais interpellants.
Nouvelle escalade avec son voisin du Nord
Le répit aura été bref entre les États-Unis et le Canada, pourtant coorganisateurs, avec le Mexique, de la Coupe du monde 2026. Donald Trump a donc signé, lundi, un décret imposant une surtaxe de 50 % à une série de produits canadiens, à compter du 19 août. Le vin, les alcools, les crosses de hockey, certains produits laitiers ou encore le ciment figurent parmi les marchandises visées. L'énergie, les minerais critiques, les produits de la pêche et plusieurs secteurs jugés essentiels sont, eux, épargnés.
Cela permettrait "d'imposer des droits de douane sur les importations en provenance d'un pays étranger afin de compenser la charge ou le préjudice résultant d'une discrimination", affirment les USA.
La Maison-Blanche affirme répondre au "traitement discriminatoire" réservé aux entreprises américaines. Elle reproche notamment au Canada ses barrières dans plusieurs secteurs, comme les produits laitiers, l'automobile et l'alcool, ainsi que le boycott des spiritueux américains organisé par plusieurs provinces canadiennes, relaie l'AFP. Même les produits qui bénéficiaient jusqu'ici de l'accord de libre-échange nord-américain sont concernés, ce que le Canada considère comme une "violation directe" de l'ACEUM.
Pour imposer ces tarifs, Trump s'appuie sur une disposition rarement utilisée du Tariff Act datant de 1930, la "section 338", comme on peut le découvrir dans une proclamation publiée sur le site de la Maison-Blanche. Cela permettrait "d'imposer des droits de douane sur les importations en provenance d'un pays étranger afin de compenser la charge ou le préjudice résultant d'une discrimination ou d'une imposition inégale de la part de ce pays à l'égard du commerce des États-Unis", affirme celle-ci.

Rappelons qu'en février dernier, la Cour Suprême américaine avait jugé illégaux une grande partie des droits de douane imposés par Donald Trump au monde entier. C'est ce qui a probablement poussé l'administration Trump à trouver un autre justificatif juridique.
"Toutes les options sont sur la table"
Le Premier ministre canadien, Mark Carney, temporise, sans exclure des représailles. Après un échange avec Trump, il a déclaré que les deux dirigeants étaient convenus "d'intensifier les négociations dans les prochaines semaines", tout en prévenant que "toutes les options" resteraient sur la table si les surtaxes entraient effectivement en vigueur, peut-on lire sur le site de Radio Canada.
La guerre pharmaceutique
Le président américain ouvre, parallèlement, un front sensible : celui des médicaments génériques. Ceux-ci resteront exemptés de droits de douane pendant deux ans à partir du 1er août 2026 mais ils seront ensuite taxés à 100 % durant un an, puis à 200 %.
"Cela vise à relocaliser la production de médicaments génériques aux États-Unis."
"Cette mesure vise à relocaliser la production de médicaments génériques aux États-Unis", a expliqué Trump sur son réseau Truth Social, en menaçant de pénaliser les groupes pharma qui n'auront pas construit d'usines américaines dans le délai imparti. Quitte à passer par la case "inflation" temporaire très forte des prix des médicaments pour les patients américains.
La période de transition atténue le choc immédiat mais la menace est considérable. Les médicaments génériques représentent environ neuf prescriptions sur dix aux États-Unis.
Leur modèle économique repose sur de faibles marges et sur des chaînes de production largement implantées en Inde, en Chine ou en Europe. L'Inde et la Chine produisent d'ailleurs l'essentiel des molécules de base, comme pour le paracétamol, par exemple.
En Europe, le suisse Sandoz (hors-UE donc) figure parmi les entreprises les plus exposées. Numéro un mondial des génériques, le groupe ne possède pas de site industriel aux États-Unis et produit notamment en Slovénie et en Autriche. L'entreprise perdait plus de 2,75% en Bourse à la suite de cette annonce.
Un pari saoudien nucléaire sous haute tension
Dans ce climat, Washington resserre aussi ses liens avec Riyad. Donald Trump a ainsi approuvé un accord nucléaire civil d'une durée de trente ans et évalué à plusieurs dizaines de milliards de dollars. Accord qui permettrait à des entreprises américaines de participer au développement d'un programme nucléaire civil saoudien. Le texte pourrait même ouvrir la voie à la construction d'une installation d'enrichissement d'uranium.
Le projet inquiète néanmoins le Congrès américain, jusque dans les rangs républicains. Car contrairement à l'accord conclu avec les Émirats arabes unis par le passé, qui a mené à la construction de la première centrale nucléaire du monde arabe (centrale de Barakah, aux Émirats arabes unis, dont la mise en activité a démarré en 2021 et qui a failli être touchée par une frappe de drone en mai dernier), celui avec l'Arabie saoudite ne reprendrait ni l'interdiction stricte d'enrichir de l'uranium, ni le protocole additionnel autorisant les inspections les plus intrusives de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). Les critiques rappellent aussi que Mohammed ben Salmane avait affirmé que son royaume chercherait à acquérir l'arme nucléaire si l'Iran s'en dotait.
Mais selon l'administration Trump, qui a été questionnée par le Wall Street Journal, l'accord donnerait aux États-Unis une influence telle sur le programme nucléaire saoudien que cela constituerait un moyen d'empêcher qu'il ne soit détourné à des fins militaires.

Le calendrier reste néanmoins explosif. Les Houthis yéménites, soutenus par Téhéran, viennent d'annoncer un "embargo maritime" contre l'Arabie saoudite, avec effet immédiat, menaçant les flux pétroliers en mer Rouge. Cette même Arabie saoudite qui cherche d'ailleurs à se diversifier à long terme et réduire sa dépendance au pétrole, qui représente encore plus de 20 % de son PIB et plus de 50 % de ses recettes publiques, via Saudi Aramco.
Et cet accord intervient au moment même où les États-Unis combattent les ambitions nucléaires iraniennes. Autoriser Riyad à s'approcher de l'enrichissement expose l'Oncle Sam à une accusation de double standard ainsi que d'un risque d'une nouvelle course nucléaire dans la région, où les tensions sont intenses actuellement.