Intelligence artificielle : une arme contre l'inflation ?
Le recours à l'IA à grande échelle devrait avoir à plus long terme un réel impact sur l'économie et réduire l'inflation belge de 0,7 point de pourcentage. Une chronique d'Arne Maes, senior economist chez BNP Paribas Fortis.
- Publié le 14-11-2023 à 08h42

Ces derniers mois, l'inflation a fortement ralenti dans notre pays. L'inflation harmonisée, la mesure préférée de la BCE, s'élevait à 0,7 % en septembre. Soit nettement inférieure à la moyenne de l'Union européenne (4,9 %). Seuls le Danemark et les Pays-Bas (en déflation) font mieux que notre pays. Et Eurostat a publié une estimation "flash" de l'inflation belge en octobre, à - 1,7 %.
Aujourd'hui, le niveau global des prix se situe encore à environ 2 % en dessous de celui de l'an dernier, juste avant la plus grande indexation automatique des salaires ayant jamais eu lieu. Qu'est-ce qui a changé depuis ? La composante "énergie" de l'inflation a fondu. Depuis le début de l'année, les prix des carburants pèsent lourdement sur l'inflation.
Les prix des denrées alimentaires semblent progressivement se normaliser alors qu'ils ont augmenté de plus de 1 % par mois depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Pour ces deux derniers mois, l'indice des prix des produits alimentaires affiche une tendance à la baisse, quoique limitée.
Inflation moyenne de 3,9 % en 2024
Enfin, l'inflation sous-jacente (elle s'élève à 6,2 %) reste nettement supérieure à ce que la BCE considère comme "normal". L'impact du resserrement monétaire devrait se faire attendre encore un peu. Nous prévoyons un ralentissement progressif pouvant aller jusqu'à 3 % d'ici la fin de l'année prochaine.
Globalement, nous nous attendons à une inflation moyenne de 3,1 % pour cette année et de 3,9 % pour 2024. La hausse attendue de l'inflation belge l'année prochaine distingue notre pays des autres nations européennes.
Recours à l'IA
Nos collègues de Londres ont calculé que le recours à l'intelligence artificielle (IA) à grande échelle était susceptible d'augmenter sensiblement la productivité au cours des dix prochaines années. Cet impact sur la main-d'œuvre pourrait aussi être déflationniste. L'IA devrait surtout permettre d'engranger des gains d'efficacité dans le secteur des services, ce qui se traduirait par une baisse des prix à la consommation.
Dans notre pays, l'impact de l'IA sur l'inflation pourrait aller jusqu'à - 0,7 point de pourcentage, ce qui est comparable à la France mais très inférieur, par exemple, aux États-Unis (- 1,15 %) et, surtout, au Royaume-Uni (- 1,7 %). Cette différence s'explique par la plus grande flexibilité du marché de l'emploi dans ces pays, qui permet de réaliser davantage d'économies salariales.
Les banquiers centraux attendent
Malgré ces perspectives, le rôle des banquiers centraux reste pour l'instant peu enviable. En effet, à court terme, le spectre de l'inflation doit à nouveau être maîtrisé. Son coût - une (légère) récession - doit être mis en balance avec une nouvelle hausse des prix en cas de baisse prématurée des taux d'intérêt.
Nous ne nous attendons pas à ce que la BCE baisse à nouveau son taux directeur avant l'été prochain.
