La "mauvaise" démographie belge n'est pas si mal pour l'économie du pays
Une chronique de Ken Fisher, fondateur de Fisher Investments.
- Publié le 07-03-2024 à 10h32
- Mis à jour le 14-03-2024 à 16h38

L'économie belge serait-elle mise à mal par une "vague grise" ? Certains spécialistes de la démographie avancent, avec bêtise, que la chute du taux de natalité en Belgique et en Europe entraînera une pénurie de main-d'œuvre et la fermeture définitive de nombreuses entreprises, tandis que les retraités et nos aînés sans activité saignent la Belgique à blanc. C'est absurde. Le vieillissement de la population n'entrave pas le progrès, il en est même le témoin.
La Belgique vieillit, certes. Selon l'OCDE, 13,4 % des Belges étaient âgés de 65 ans ou plus en 1970, contre 19,7 % en 2022. Le taux de dépendance des personnes âgées (TDPA, soit le nombre de personnes d'au moins 65 ans pour 100 personnes d'âge actif) de la Belgique a bondi de 28,3 en 2000 à 34,0 aujourd'hui. D'ici 2075, ce nombre devrait atteindre 54,0 selon l'OCDE, soit moins de deux travailleurs pour "subvenir aux besoins" de chaque personne âgée ; le constat est le même dans le reste de l'Europe. Aïe !
Que faire ? S'en réjouir bien sûr ! Vieillissement et prospérité vont de pair dans les grandes économies. La hausse du niveau de vie et l'amélioration des soins de santé prolongent l'espérance de vie, ce qui permet d'augmenter le nombre d'années productives. Malheureusement, les pays dont la démographie est "bonne" (sur le continent africain principalement) sont frappés par la pauvreté et affichent une brève espérance de vie ainsi qu'un taux de mortalité infantile élevé. Quant à leurs économies et marchés de capitaux ? Épouvantables.
Pour les pessimistes, la démographie est la seule responsable des faiblesses économiques, comme le marasme prolongé en Italie. Ils ferment toutefois les yeux sur les véritables moteurs de l'économie, comme les investissements des entreprises et la composition sectorielle (citons les très rares entreprises à forte croissance en Italie). Ils ignorent également les pays qui ont enregistré de larges gains sur les marchés boursiers ces 20 dernières années (comme l'Allemagne et les Pays-Bas) alors même qu'ils affichent un TDPA vertigineux.
Les biais expliquent en partie ce phénomène. Les plus alarmistes nous cataloguent nous, les seniors, comme des profiteurs, sans aucune distinction. C'est faux ! Prenons le cas des États-Unis : les 25-34 ans dépensaient 41 % de plus que les 65-74 ans en 1984. En 2022 ? Cet écart n'était plus que de 12 %. Les seniors investissent, alimentant la croissance. Les seniors, des fardeaux "dépendants" ? Permettez-moi d'en rire ! Souvent, ils travaillent jusqu'à 70-80 ans. J'ai moi-même 73 ans et n'envisage pas de prendre ma retraite. L'expérience des seniors peut également accroître la productivité dans l'économie actuelle, orientée vers les services et les connaissances.
En outre, les pessimistes extrapolent les tendances récentes, comme la chute du taux de natalité dans la plupart des pays de la zone euro. Mais nul ne sait si ce taux va poursuivre sa chute en Belgique. Ou combien de travailleurs qualifiés seront issus de l'immigration et viendront relancer la croissance démographique, comme on l'a vu en Belgique en 2023. Dans le reste du monde, impossible de savoir si le taux de fertilité en Chine grimpera avec l'abandon de la politique de l'enfant unique, ou s'il chutera en Inde. Ou encore à quel point les inventions aboutiront à des gains d'efficacité, comme toujours. Voyez plutôt l'impact des semi-conducteurs ! Ou celui de l'Internet ! Et l'IA, parlons-en ?
Quant aux actions, elles intègrent les facteurs influençant la rentabilité dans les 3 à 30 prochains mois, pas plus. Les tendances démographiques évoluent très lentement, sur plusieurs décennies, laissant aux marchés tout le temps de s'adapter.
La démographie ne nous apprend rien sur l'orientation des économies ou des actions. Et pourtant, les craintes démographiques réduisent les attentes, ouvrant la voie aux bonnes surprises qui dopent les marchés. Soyez donc optimiste.

