Liège, cœur de la médecine nucléaire européenne
À l'heure où l'UE travaille à sa souveraineté sanitaire et industrielle, Liège s'impose comme un pôle d'excellence en médecine nucléaire et en radiopharmacie, forte d'une concentration unique d'acteurs académiques, hospitaliers et industriels.
- Publié le 09-09-2025 à 08h32

Une chronique d'Eric Brandt, Investment manager chez Noshaq, et d'Amel Tounsi, CEO de Bridge2Health.
C'est assez rare pour être souligné : malgré sa petite taille, la Belgique fait office de géant européen de la radiopharmacie, avec des parts de marché supérieures à celles de l'Allemagne, du Royaume-Uni ou encore de la France.
Au croisement de la recherche fondamentale, des sciences de l'ingénieur, des sciences du vivant et de la logistique, le secteur incarne la quintessence de ce que le pays à offrir et ouvre la voie à des perspectives de croissance exponentielle.
En témoignent les Liégeois de Trasis, qui entendent passer de 350 à 700 employés d'ici 2030 ou la récente levée de 93 millions d'euors par la société PanTera, la plus importante opération du secteur Life Sciences en Belgique au cours de l'année écoulée.
En témoignent les Liégeois de Trasis, qui entendent passer de 350 à 700 employés d'ici 2030 ou la récente levée de 93 millions d'euros par la société PanTera, la plus importante opération du secteur Life Sciences en Belgique au cours de l'année écoulée. De quoi permettre à la société anversoise de traiter annuellement 100 000 patients d'ici à 2030 via la mise en production d'un traitement rare à base d'actinium-225.
On pense aussi aux dizaines de millions d'euros investis par Telix Pharmaceuticals pour construire à Floreffe une usine de Gallium-68 gozetoide, un radio-isotope médical utilisé dans le traitement du cancer de la prostate. Une des plus grandes installations d'Europe de ce type.
Réaction en chaîne
Une réussite made in Belgium dans laquelle l'écosystème liégeois occupe une place centrale grâce à un secteur intégré où recherche de pointe, infrastructures de stature internationale et partenariats industriels solides convergent pour faire émerger des innovations qui sauvent des vies.
Avec plus de 30 ans d'expertise en radiochimie, le Giga Cyclotron joue un rôle structurant dans le développement de nouveaux radiotraceurs et dans l'accompagnement des PME innovantes.
Il suffit pour s'en convaincre de voir la place centrale qu'occupe le service de médecine nucléaire du CHU de Liège, pionnier en imagerie TEP depuis 1996. Un noyau hospitalo-universitaire de référence alimenté par des choix stratégiques forts, comme l'investissement dans des équipements de pointe. Avec plus de 30 ans d'expertise en radiochimie, le Giga Cyclotron joue un rôle structurant dans le développement de nouveaux radiotraceurs et dans l'accompagnement des PME innovantes.
Des infrastructures de niche autour desquelles gravite une constellation d'acteurs industriels de premier plan tels que Trasis, leader mondial dans les équipements radiopharmaceutiques.
En pleine croissance, la société a annoncé un investissement de 70 millions d'euros en vue de doubler de taille, un an à peine après l'inauguration d'un nouveau bâtiment de 5 000 m2. Des annonces qu'autorisent des résultats impressionnants (72 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2024), loin d'être un cas isolé et que viennent compléter des entreprises de pointe telles qu'Elysia-Raytest, Nucleis ou encore Abscint, qui séduisent et attirent des géants comme IBA, Telix et consorts, qui suivent de près ce qui se passe chez nous et participent activement à cette dynamique.
Tandis que les Liégeois d'ANMI, devenus Illucix après leur rachat par les Australiens de Telix, produisent localement des centaines de milliers de doses commercialisées partout dans le monde, on peut encore citer le rachat récent de Nucélis par Curium, qui illustre ici l'intérêt des groupes internationaux pour les compétences et les infrastructures de notre écosystème.
Atomes crochus
Une bonne santé qui s'inscrit dans une tendance plus globale : la médecine nucléaire connaît actuellement une croissance rapide, portée par l'essor des traitements personnalisés et des produits innovants.
L'écosystème liégeois, et plus largement belge, est devenu un enjeu stratégique pour les investissements internationaux.
À l'échelle du Royaume, la médecine nucléaire occupe déjà près de 5 000 travailleurs. Un chiffre appelé à croître rapidement dans les années à venir.
Grâce à un tissu dense d'entreprises, de centres de recherche et d'investisseurs publics comme Noshaq, Wallonie Entreprendre ou la SFPI, la région liégeoise attire des projets d'envergure qui lui permettent de renforcer sa position dans une économie de la connaissance mondialisée.
Il faut désormais changer d'échelle. Cela passe par une reconnaissance politique affirmée, un soutien renforcé à l'industrialisation des innovations et une stratégie de visibilité internationale.
C'est peu de le dire, l'écosystème liégeois, et plus largement belge, est devenu un enjeu stratégique pour les investissements internationaux. Pour relever ce défi, il faut désormais changer d'échelle. Cela passe par une reconnaissance politique affirmée, un soutien renforcé à l'industrialisation des innovations et une stratégie de visibilité internationale.
Parce que sur la carte internationale de la médecine nucléaire, Liège n'est plus un simple acteur régional. Elle est devenue une véritable plateforme européenne. Avec une majorité d'entreprises du secteur à Liège qui sont à la recherche de nouveaux collaborateurs, une expertise dans le domaine des cyclotrons de pointe, un aéroport de fret parmi les plus performants d'Europe et un vivier de talents formés localement (université, hautes écoles et centres de formation), tous les ingrédients sont désormais réunis pour faire de Liège la Radiopharma Valley de demain. Une exploitation de l'ensemble de la chaîne de valeur qui vient par ailleurs renforcer d'autres pôles d'excellence dans la région, comme c'est le cas en oncologie.
À ce niveau, l'écosystème liégeois n'est plus une promesse, c'est une évidence.
Tout le monde s'accorde à dire aujourd'hui que l'Europe a besoin de pôles d'excellence pour assurer sa souveraineté dans les sciences du vivant et singulièrement dans le secteur de la radiopharma. À ce niveau, l'écosystème liégeois n'est plus une promesse, c'est une évidence.

