La création des virus : des blagues qui se chiffrent en millions de dollars
#Eco$tory | Un simple clic pour le mettre en quarantaine sans passer par un confinement, mais quel est ce genre de virus ? Il peut prendre plusieurs formes, on parle bien sûr des virus informatiques.

- Publié le 15-03-2021 à 14h09
- Mis à jour le 15-03-2021 à 14h57

Plutôt que de "virus", mieux vaut parler de malware, à savoir un logiciel "malveillant", un terme englobant tous types de programmes susceptibles de nuire à votre ordinateur, téléphone ou tablette. Il en existe sous toutes les formes. Du ver au cheval de Troie, en passant par la fenêtre pop-up intempestive, un virus est un petit programme informatique situé dans le corps d'un autre qui, lorsqu'on l'exécute, se charge en mémoire et exécute les instructions que son auteur a programmé.
Aujourd'hui, lorsque l'on parle de virus, on pense à des cyberattaques ou des "rançongiciels", des pirates qui réclament de l'argent contre la restitution de vos données volées ou bloquées. Pourtant, à l'origine, les virus n'ont pas été créés avec cet objectif. Retour sur la création de ces logiciels.
Les virus et les vers informatiques, essentiellement des programmes auto-réplicatifs, ont été prédits dès 1949 par le mathématicien John von Neumann. Mais il est généralement admis que le premier virus, appelé Creeper, a été créé en 1971.
De l'expérience à la blague
Creeper a été mis au point par l'ingénieur Robert Bob Thomas lorsqu'il travaillait pour BBN Technologies. Creeper se déplaçait sur le réseau Arpanet, l'ancêtre d'Internet. D'ailleurs, il s'agissait là de son but principal, simplement se déplacer sur le réseau afin de montrer que c'était possible. Creeper passait ainsi d'un ordinateur à un autre et, une fois qu'il s'implantait sur un nouvel ordinateur, il affichait le message "I'm the Creeper, catch me if you can!". Il lançait ensuite une impression, l'arrêtait et se propageait finalement sur un autre ordinateur sans endommager la machine.

D'un virus confiné aux ordinateurs d'un laboratoire, on est ensuite passé aux virus qui se transmettaient par l'intermédiaire de disquettes (un support de stockage de données informatiques amovible, pour ceux qui seraient directement nés à l'époque des clés USB).
C'est une blague qui est à l'origine de Elk Cloner, un virus créé en 1982 par un jeune geek d'à peine 15 ans. Fou de programmation, Richard Skrenta décide de modifier un ses jeux, qu'il échangeait avec ses camarades, pour qu'il affiche un message personnel. A peine allumé et connecté aux logiciels, l'ordinateur inscrivait un agaçant poème à la gloire du programme. "Elk Cloner s'infiltrera dans tous vos disques, dans vos puces, s'accrochera à vous comme de la glue."

Bien qu'énervant, le virus était tout à fait inoffensif pour la machine.
Quelques années plus tard, en 1986, deux frères pakistanais, Basit et Amjad Farooq Alvi, développèrent Brain. Les deux hommes tenaient un magasin d'informatique et, fatigués des clients qui faisaient des copies illégales de leurs logiciels, ils décident de développer un virus afin d'évaluer le nombre de copies illégales. Ils l'installent dans les disquettes de chaque programme vendu à l'étranger. Ce programme se copie ensuite sur le secteur de démarrage de toute disquette insérée dans le lecteur et change le nom de la disquette par l'intitulé "(C) Brain", sans corrompre aucune donnée.
Toujours dans le secteur des virus inoffensifs créés par des étudiants qui veulent faire passer des messages, on peut citer Stoned. Un virus de secteur d'amorçage mis au point en 1987 et largement répandu en Nouvelle-Zélande et en Australie. Une fois dans un ordinateur, le virus affichait le message "Your PC is now Stoned! Legalise Marijuana." (Votre PC est maintenant défoncé! Légalisez la marijuana).
Quand le FBI s'en mêle
Cependant, les expériences tournent parfois au fiasco. C'est le cas de Morris Worm, le "ver Morris" conçu par Robert Tappan Morris en 1988. Il est connu pour être l'un des premiers, sinon le premier, vers informatiques distribués sur Internet.
Robert Tappan Morris aurait conçu le ver pour mesurer à quelle vitesse il pouvait se propager. Mais un bug dans son code a infecté les systèmes d'Internet à un rythme plus rapide que prévu. En 24 heures, environ 6 000 des quelque 60 000 ordinateurs qui étaient alors connectés à Internet avaient été touchés, a rapporté le FBI. Le ver n'endommageait pas les fichiers mais a ralenti de nombreux systèmes, notamment les systèmes informatiques universitaires et militaires. Les dommages exacts étaient difficiles à quantifier mais les estimations ont commencé à 100 000 dollars et ont grimpé en millions.
De plus, il s'avère que son inventeur a enfreint une loi fédérale avec ce ver. En 1986, le Congrès américain avait adopté la Computer Fraud and Abuse Act, interdisant l'accès non autorisé aux ordinateurs protégés. Robert Tappan Morris a été déclaré coupable, faisant de lui la première personne condamnée en vertu de la loi de 1986. Il a cependant été épargné de la peine d'emprisonnement mais a reçu une amende, une probation et une ordonnance pour accomplir 400 heures de travaux communautaires.
Disquette, ver et email
Dans les années 2000, les virus se répandaient par email. Le virus I love you en est le meilleur des exemples du genre. Le courrier électronique contenait un fichier censé être une lettre d'amour mais qui, en cas d'exécution, modifiait la base de registre de Windows pour s'exécuter au démarrage. Le virus a détruit les fichiers de plus de 50 millions d'internautes dans le monde, a copié des mots de passe d'utilisateurs pour les renvoyer à ses programmeurs et a causé jusqu'à neuf milliards de dollars de dommages.
En 2019, une cyberattaque coûtait en moyenne 13 millions de dollars à sa victime, soit une augmentation de 27,4 % sur un an, selon une étude internationale d'Accenture Security et du Ponemon Institute.
Aujourd'hui, avec l'explosion de l'utilisation d"internet, les virus ont de nombreux moyens de se propager, que ce soit par messagerie instantanée, partage de fichier ou téléchargement de logiciel. Impossible cependant de chiffrer exactement le nombre de virus en circulation et les dégâts qui y sont liés.