La "Cyber Valley" wallonne prend son envol : "Le marché de la cybersécurité est estimé à plus de 130 milliards d'euros en Europe"
La Wallonie met les bouchées doubles dans le secteur de la cybersécurité. La stratégie de la Région passe également par la formation : une bonne manière de faire reconnaître les compétences belges à l'échelle internationale.
- Publié le 14-12-2022 à 16h31
- Mis à jour le 15-12-2022 à 11h50

L'ambiance est studieuse, mais conviviale. Dans une salle reculée de l'Euro Space Center (Redu, province du Luxembourg), près de 80 étudiants participent cette semaine à la première édition de l'école "Cyberwal in Galaxia Program".
Celle-ci est coorganisée par Idelux, Cyberwal et avec l'aide d" Axel Legay, professeur en cybersécurité de l'UCLouvain. Son objectif ? "Participer au développement de la 'Cyber Valley' belge et de consolider celle-ci par un segment de formation de haut niveau", résument ses organisateurs, rien que ça.
Une politique wallonne ambitieuse en la matière
Il est vrai que la Wallonie a décidé de prendre le train du numérique au bon moment, et la cybersécurité est l'un des principaux wagons. "Le coût de la cybercriminalité s'élevait à plus de 6 000 milliards de dollars en 2021 dans le monde, et l'Europe concentrait un cinquième des attaques. Elles visent des pays, des institutions, des entreprises et même des PME. En 2021, on dénombrait environ 650 attaques par semaine en Belgique", rappelait Willy Borsus (MR), ministre wallon du Numérique, de la Recherche et de l'Innovation. C'est dire si la thématique est cruciale, et si le poids financier de la cybersécurité va s'alourdir dans les années à venir. À l'heure actuelle, la valeur du marché européen de la cybersécurité est estimée à plus de 130 milliards d'euros et progresse à un rythme de près de 20 % par an.

La Wallonie a donc tenu à s'investir pleinement, déposant plus de 8,3 millions d'euros sur la table pour la mise sur pied de cette école (dont des éditions sont d'ores et déjà prévues pour 2023 et 2024), mais aussi pour la conception d'outils de pointe qui verront le jour sur le site de Redu. "Ce site devient un point focal en la matière. En fédérant les acteurs du secteur, nous pourrons créer un effet de levier plus grand", continuait le ministre, citant l'exemple du BioPark de Charleroi. "Disposer d'un tel pôle est un véritable atout pour la Wallonie. Nous espérons y voir l'éclosion de jeunes talents dans le domaine de la cybersécurité."
La présence de l'ESA (Agence spatiale européenne) à Redu, celle du système Galileo (développé par la Commission européenne) et l'arrivée de RHEA (via un investissement privé de 20 millions d'euros) devraient renforcer la dynamique amorcée.
Des problématiques soumises par des entreprises
Du côté des élèves, la formation plaît. "C'est vraiment concret, au niveau de la mise en situation, comparé à ce qu'on peut faire durant nos études. Même si on nous donne déjà des outils en la matière, cette formation va plus loin", nous résume un groupe d'étudiants provenant de l'UCLouvain, les yeux fixés sur des dizaines de lignes de code. Outre 25 étudiants provenant du Luxembourg et 25 étudiants provenant du projet CyberExcellence, d'autres venus de plusieurs universités belges participent également à cette première édition, déjà considérée comme un succès par ses organisateurs. "En 20 ans, je n'ai jamais vu un tel engouement", se félicite Axel Legay.

L'une des forces du programme est également le choix de ses thématiques, qui sont soumises par des entreprises. La formation répond donc à des besoins concrets d'acteurs du secteur. "Dans les prochaines thématiques, on retrouvera notamment la cryptographie quantique, sur laquelle l'ESA mise beaucoup", pointe-t-il encore.
Cette première édition représente donc autant un aboutissement que le début d'une aventure plus large encore, et bien en phase avec les missions établies par la Région wallonne. "En novembre 2021, le Gouvernement wallon a validé le lancement du projet CyberExcellence qui va positionner la Wallonie comme un des acteurs majeurs de la cybersécurité sur le territoire national et international. Le budget mobilisé, notamment au travers du Plan de relance de la Wallonie, est de 18,9 millions d'euros pour les quatre prochaines années.", rappelle un communiqué publié à l'occasion. Des moyens importants mais nécessaires pour établir durablement la Belgique sur la carte de la cybersécurité.