Finance : la gestion robotisée grâce à l'IA montre déjà ses limites
Libre Eco week-end | Le dossier. Les conseillers indépendants ont commencé à comparer les performances des différents services de gestion robotisée.
- Publié le 29-10-2023 à 15h55

La robotique au sens large a déjà pris ses aises dans le monde financier. À commencer par le segment de la gestion de patrimoine où les plus petits portefeuilles sont souvent dirigés vers des conseillers qui sont en réalité des plateformes fonctionnant sur base du profil de l'investisseur. La plupart des sites d'information boursière proposent déjà des appréciations relatives au potentiel des valeurs cotées réalisées par des programmes dopés à l'intelligence artificielle, en l'occurrence, grâce à l'apprentissage continu. Est-ce là un danger pour les analystes spécialisés dans les appréciations boursières ?
En tout cas, le temps passant, les conseillers indépendants ont commencé à comparer les performances des différents services de gestion robotisée. Et ils sont évidemment confrontés à la comparaison entre leurs propres résultats et ceux des robo-advisors. C'est ce que nous confirme un spécialiste du secteur mais en relevant le fait que ces services se heurtent, dans le cadre de la gestion en banque privée, à des clients très exigeants qui souhaitent plus qu'un pourcentage de bénéfice en fin d'année.
"Pas capables d'anticiper"
"En effet, et on le voit dans les volumes de fonds sous gestion robotisée, le succès de ces offres est bien moindre que celui espéré il y a quelques années, explique-t-il. En théorie, les modèles existants sont basés sur le profil des clients et sur la compilation de données fondamentales et de ratios comme ceux qu'étudient les analystes. Mais, en pratique, on a pu constater que les robo-advisors ne sont pas capables d'anticiper ou de prédire des événements, comme le conflit en Ukraine, et leurs effets sur les marchés, alors que des conseillers humains peuvent en avoir une idée et adapter leur stratégie. Il faut donc, et c'est tout le travail des développeurs, ajouter à l'analyse fondamentale, une couche d'analyse technique qui tient compte des comportements des opérateurs, sur une base statistique. Et ça, c'est un travail qui nécessite l'intervention humaine. En outre, on l'a constaté notamment en Belgique et au Luxembourg, la gestion en continu par des modèles numériques se heurte souvent aux écueils fiscaux. Si le modèle revoit, sur une base mensuelle, la composition d'un portefeuille et l'ajuste en fonction du contexte, le client peut rapidement être considéré au niveau fiscal comme un spéculateur aussi minime que soient les plus-values réalisées mois après mois. Et il sera, dès lors, taxé sur ces plus-values, là où un conseiller en banque privée proposerait de reporter une vente de quelques jours. Enfin, l'humain est toujours requis lorsque surviennent des événements non prévisibles comme un bon d'État assorti d'un précompte mobilier réduit. Cela, un robot ne peut le voir et l'apprécier."
On retiendra, en revanche, que les analystes et les gestionnaires doivent effectuer des rapports, des estimations de résultats, en utilisant traitements de texte et tableurs. Là, les nouveaux outils bureautiques apportent déjà une aide à la décision, à l'écriture, qui permet aux analystes de gagner du temps et de le consacrer à des tâches à plus haute valeur ajoutée.
