"On n'en parle pas au téléphone" : à Bruxelles, certains magasins proposent des services de streaming douteux
La Libre s'est rendue dans l'un de ces magasins afin de savoir ce que proposent les vendeurs qui proposent des "IPTV box", à la limite de la légalité.

- Publié le 04-12-2024 à 14h18
- Mis à jour le 04-12-2024 à 18h05

Sur les devantures de magasins d'électronique en région bruxelloise, à côté du logo Apple, Samsung et autres célèbres marques de la tech, il est parfois inscrit "IPTV box". Si la technologie est, dans les faits, un mode d'accès à la télévision qui utilise Internet comme c'est le cas pour la majeure partie des opérateurs télécoms classiques, il est assez étonnant de voir que de petits magasins indépendants proposent ce type de boîtiers. Qu'offrent exactement ces enseignes ?
Mais avant, un peu de contexte. Il faut savoir que depuis quelques années, et particulièrement ces derniers mois, un engouement grandit autour des IPTV pirate qui, elles, permettent d'obtenir toutes les chaînes, séries et rencontres sportives pour moins de 120 euros. Cette technologie, illégale, nécessite généralement l'installation d'un boîtier. Une box que l'on peut donc trouver dans ce type de magasin.
"On ne peut pas en parler au téléphone", mentionne directement l'un des vendeurs de ce magasin du nord de Bruxelles lorsqu'on lui demande des informations sur leurs offres. Après ce premier contact téléphonique avec le commerçant, nous avons décidé de nous rendre directement sur place et de nous faire passer pour de potentiels clients.
"Difficile de trouver des abonnements"
Tout sourire, l'un des trois vendeurs présents nous accueille. Les premières réponses commencent. "Concrètement, ce sont des boîtes qui permettent d'obtenir Netflix, Youtube, Amazon Prime, etc. C'est utile pour les personnes qui n'ont pas de Smart TV (télévision connectée à internet)." Le prix ? 80 euros le boîtier, et il faut encore payer les abonnements légaux pour ces plateformes de streaming.
Jusque-là, rien d'incriminant. Si ce n'est qu'il est difficile de voir un intérêt à acheter une box à ce prix-là pour au final n'avoir rien, à part Youtube, sans payer un supplément. Dans le cas des IPTV illégales, un abonnement est nécessaire pour accéder à des milliers de contenus (dont les plateformes de streaming). Le prix de celui-ci varie généralement entre 40 et 120 euros par an. Un prix dérisoire comparé aux offres traditionnelles.
C'est donc en toute logique que la question de l'abonnement à un éventuel service illégal de streaming IPTV se pose. "Vous savez, c'est possible d'avoir un abonnement. Mais à Bruxelles, c'est beaucoup plus difficile d'en trouver. Il n'y en a pas beaucoup qui acceptent de proposer ce service à des gens sans avoir leur confiance", répond de manière évasive le vendeur avec un sourire en coin, affirmant qu'il n'en fournissait pas lui-même et qu'il ne connaît personne qui pourrait fournir ce type d'abonnement.
Nous n'obtiendrons pas plus d'informations de la part du commerçant. S'il affirme vendre des boîtiers sans savoir où se procurer d'abonnement, l'achat de ces boîtes laisse présumer une utilisation plus importante qu'un simple ajout à une télévision qui n'est pas raccordée à internet pour la transformer en "smart TV". En guise de comparaison, c'est comme les enseignes qui vendent des grandes feuilles à rouler. La vente n'est pas interdite, mais l'utilisation de celle-ci est généralement pour la consommation de cannabis. Tout le monde le sait, mais tout le monde se tait.
Un constat partagé par Proximus. Bien conscient de ce type d'offres dans ces magasins, Haroun Fenaux, porte-parole de Proximus, estime qu'il est difficile de mener des actions contre ces enseignes indépendantes. "La vente de boîtiers en tant que tel n'est pas illégale, sinon ils n'en vendraient pas aussi facilement. Mais le problème, c'est tout ce qu'il y a derrière. C'est via l'abonnement que l'on peut avoir des codes à mettre dans le boîtier que commence l'illégalité."
Il ajoute "qu'il faut se rendre compte que l'argent de ce marché illégal ne profite pas aux ayants droit (les producteurs de contenus, les chaînes, les plateformes... NdlR). Sans cet argent, la qualité des contenus proposés va inévitablement diminuer. Pire encore, cet argent ira à des escrocs qui l'utilisent pour développer le grand banditisme."
Un réseau à 250 millions d'euros démantelé
En attendant, la lutte continue à l'échelle européenne pour contrer le développement de ces IPTV illégales. Fin novembre, Europol a par exemple lancé une vaste opération qui a permis de démanteler un réseau qui, d'après le communiqué, permettait de récolter 250 millions d'euros annuellement auprès de 22 millions d'utilisateurs à travers le monde. Au total, onze mandats d'arrêt ont été lancés, dont trois pour des "administrateurs de haut rang" localisés en Angleterre et aux Pays-Bas.