"Le salaire, un sujet un peu moins tabou qu'avant"
Un candidat sur trois n'évoque pas la question du salaire lors d'un entretien d'embauche de peur de passer à côté de l'offre d'emploi. Mais les jeunes en parlent plus facilement…

- Publié le 05-10-2025 à 10h01
- Mis à jour le 07-10-2025 à 12h06

Quelque 28 % des travailleurs belges n'osent pas négocier leur futur salaire lors d'un entretien d'embauche, selon une étude de Robert Half réalisée dans le cadre du nouveau Guide des salaires qui sort ce 7 octobre. La raison principale : la crainte de passer à côté de l'offre d'emploi.
En outre, 27 % des candidats indiquent ne pas savoir comment justifier un salaire supérieur à la fourchette recommandée et 25 % déclarent manquer de confiance pour se lancer dans des négociations.
La taille de l'entreprise a une influence. Ainsi, 32 % des candidats à un emploi dans une PME éprouvent des difficultés à parler de leur salaire, contre 23 % dans les grandes entreprises.
Chez les jeunes en tout cas, on en parle plus facilement."
Mais si 28 % éprouvent des difficultés à négocier leur salaire, cela veut dire que 72 % osent. "J'ai le sentiment que si le salaire reste un sujet tabou, il l'est tout de même moins qu'avant. Chez les jeunes en tout cas, on en parle plus facilement", estime Joël Poilvache, directeur général régional chez Robert Half.
Nouvelle réglementation sur la transparence
Une tendance qui pourrait se confirmer dès juin 2026, avec l'entrée en vigueur, au niveau européen, de la nouvelle réglementation sur la transparence salariale. Les entreprises seront alors tenues de communiquer en toute transparence sur les échelles salariales de leurs collaborateurs.
Les entreprises auront aussi intérêt à mettre en avant tout ce qu'elles offrent à côté du salaire.
"Cela les obligera à clarifier leur politique salariale, même si, bien sûr, il n'est pas question de publier le salaire de chaque collaborateur. Cette transparence permettra de faciliter la discussion pour toutes les parties, indique Joël Poilvache. Les entreprises auront aussi intérêt à mettre en avant tout ce qu'elles offrent à côté du salaire."
En effet, la rémunération ne se limite pas au salaire brut ou net. Les entreprises offrent souvent des avantages supplémentaires : horaires de travail flexibles, budget formation, avantages extralégaux (chèques-repas, assurance hospitalisation, jours de congé additionnels, pack mobilité…).
"Ces avantages supplémentaires revêtent une grande valeur et font souvent la différence au sein du package, souligne Joël Poilvache, qui reconnaît cependant qu'ils sont souvent difficiles à négocier ( certains avantages doivent être accordés à tous les salariés d'une entreprise) et à chiffrer. Mais je pense que les entreprises vont de plus en plus essayer de chiffrer ces avantages pour montrer qu'elles sont attractives même si le cash qu'elles proposent est peut-être moindre. Il faut voir aussi ce qui est valorisé par les candidats qu'elles recrutent. Les plans cafeteria, qui sont de plus en plus courants, permettent une personnalisation."
Bien se connaître
Négocier n'est pas toujours simple. "Cela peut dépendre de la confiance que le candidat a en lui et en son expertise. C'est donc peut-être plus difficile pour un jeune, qui n'a pas encore beaucoup d'expérience à faire valoir", évoque Joël Poilvache.
Les entreprises seront prêtes à fournir un effort financier supplémentaire face à un candidat doté des compétences spécifiques."
La conjoncture a également un impact. "En 2022, après la crise sanitaire, on avait une demande énorme de rattrapage pour tous les profils. Aujourd'hui, il y a un peu moins de mouvements sur le marché du travail. Les sociétés font plus attention à leurs coûts. La guerre des talents est moindre, excepté pour certains profils. Les experts notamment. Les entreprises seront prêtes à fournir un effort financier supplémentaire face à un candidat doté des compétences spécifiques. Pour bien se vendre, il faut bien se connaître et être conscient de sa valeur de marché. Cela implique de se renseigner", insiste Joël Poilvache, qui pointe l'utilité de références, comme le Guide des salaires qui fournit des projections pour les salaires dans quatre domaines clés (finance et comptabilité, IT et digital, juridique et administration, RH et service client), ainsi que les tendances actuelles en matière de rémunération.
Les Belges pas si confiants
Dans son enquête sur les salaires, Robert Half a abordé plusieurs thématiques. Parmi celles-ci : la confiance des Belges dans leur capacité à négocier une augmentation salariale cette année.
Quelque 47 % des Belges pensent pouvoir négocier une augmentation en 2026, contre 64 % des Allemands, 62 % des Britanniques, 58 % des Néerlandais, 52 % des Suisses et à peine 43 % des Français.