Le syndrome "séquestration" s'étend
Décidément, l'observateur étranger pourrait avoir l'impression que cela devient un véritable sport national en Belgique: après la séquestration de plusieurs membres de la direction de Sigma Coatings à Manage, c'était hier au tour des travailleurs d'Alstom à Beyne-Heusay (en région liégeoise) de prendre en otage -et cela durant plus de huit heures- trois membres de la direction de cette société spécialisée dans la production de transformateurs.
- Publié le 03-12-2003 à 00h00

Décidément, l'observateur étranger pourrait avoir l'impression que cela devient un véritable sport national en Belgique: après la séquestration de plusieurs membres de la direction de Sigma Coatings à Manage, c'était hier au tour des travailleurs d'Alstom à Beyne-Heusay (en région liégeoise) de prendre en otage -et cela durant plus de huit heures- trois membres de la direction de cette société spécialisée dans la production de transformateurs.
A chaque fois, ce sont les conditions jugées financièrement insuffisantes tantôt dans le cadre d'un plan de restructuration tantôt d'une fermeture qui contribuent à mettre le feu aux poudres. Ce fut encore le cas hier. Alors que la volonté de fermer le site de Beyne-Heusay était pourtant connue du personnel depuis septembre dernier, celui-ci a entamé hier matin un bras de fer avec la direction en l'absence d'un accord sur le montant des indemnités de départ à verser à 131 des 143 salariés que compte le site. Des indemnités qui initialement étaient identiques à celles versées en 2000 lors du dernier plan de restructuration de l'entreprise. Inacceptable pour des syndicats (CSC-FGTB) soucieux d'obtenir une enveloppe sociale plus généreuse. Après quelques échanges verbaux plutôt musclés et de nombreux coups de fils et e-mails envoyés à la maison-mère parisienne, une solution a donc été trouvée permettant à 18 heures la "libération" du directeur général de l'entreprise, Christian Pans, du directeur des ressources humaines et du directeur financier. Les indemnités ont été revues à la hausse mais le climat social reste lourd et une grève générale a été enclenchée pour une durée indéterminée.
Dérives syndicales?
Il y a fort à parier que cette nouvelle prise d'otages relancera le débat sur ce que d'aucuns considèrent comme des nouvelles dérives du syndicalisme et sur les limites du gentlemen agreement scellé l'an dernier en conseil national du travail entre les partenaires sociaux et dans le lequel les organisations des travailleurs avaient pris "l'engagement de recommander à leurs membres d'éviter tout recours à la violence physique ou matérielle en cas de conflits collectifs". Comme le souligne Stanislas van Wassenhove, avocat spécialisé en droit social (CMS Lexcelis): "Le droit de grève n'est pas pénalement sanctionné." Et d'ajouter: "C'est seulement s'il y a voie de fait, c'est-à-dire atteinte à la libre circulation des personnes et à la propriété que l'on peut parler à proprement parler d'infraction. Dans ce cas, le président du Tribunal de première instance peut statuer en référé et prendre une ordonnance afin de restaurer le libre accès à l'entreprise, bloquée par les travailleurs. Et cela sous peine d'astreintes. S'il y a une infraction sur le plan pénal ou une perturbation de l'ordre public, le ministre de la Justice peut toujours à tout moment utiliser son pouvoir d'injonction et demander au Procureur du Roi de poursuivre les auteurs de l'infraction. Mais c'est une question d'opportunité." Pour le spécialiste: "L'arsenal juridique existe donc et ce n'est pas en votant une loi supplémentaire que l'on pourra résoudre ce problème ou se mettre à l'abri de tels comportements."
© La Libre Belgique 2003
