F1 : Francorchamps nouveau ne rassure qu'à moitié
A moins de deux semaines du Grand Prix de F1 à Francorchamps qui aura lieu le week-end du 14-16 septembre, les travaux de mise en conformité du site sont loin d'être finis. Ceux-ci auraient dû être achevés au moins deux semaines à l'avance avant la compétition qui effectue son retour sur le circuit wallon après une interruption en 2006. Edito: GDF, Suez, Paris et les Belges?
- Publié le 10-09-2007 à 00h00

Enquête
A moins de deux semaines du Grand Prix de F1 à Francorchamps qui aura lieu le week-end du 14-16 septembre, les travaux de mise en conformité du site sont loin d'être finis. Ceux-ci auraient dû être achevés au moins deux semaines à l'avance avant la compétition qui effectue son retour sur le circuit wallon après une interruption en 2006. Le gros oeuvre est terminé, mais, selon nos informations, l'organisateur de l'événement (la société Spa Grand Prix) qui aurait dû réceptionner le nouvel ouvrage le 2 septembre n'a toujours pas encore pris totalement possession des lieux jeudi 6 septembre. Conséquences : l'installation des télévisions à écran plat, des tribunes et d'autres choses encore a pris du retard. Mardi, dans les bureaux de la société, installés sur le site, il y a comme une atmosphère de colère mélangée à une sorte d'inquiétude dans les rangs. "Nous ferons tout pour respecter les promesses faites, mais ce n'est pas facile. Heureusement, j'ai des amis à Londres qui vont m'aider à réussir le Grand Prix 2007" , nous a expliqué André Maes, directeur général de la société Spa Grand Prix, organisatrice de l'édition 2007.
Mais outre les problèmes liés au retard, un mal plus profond risque de handicaper l'avenir des nouvelles infrastructures. Car les travaux n'auraient pas bénéficié de tous les soins nécessaires. Le nouveau bâtiment VIP, érigé au milieu du circuit, juste au niveau de la grille de départ et d'arrivée, serait même baptisé Titanic en raison des imperfections. "A l'intérieur du bâtiment, c'est la catastrophe. Dans les cuisines, il n'y a pas de hotte, ni d'aération, même pas de frigo. Les entrepreneurs n'ont même pas prévu de monte-charge, résultat : lors des 1000 km de Spa (16-19 août) sur le circuit, l'intendance a dû utiliser les ascenseurs, qui surchargés, tombent en panne. Il y a des infiltrations partout et il pleut au niveau -2", nous a confié un observateur, proche des organisateurs. La grande baie vitrée offrant une belle vue sur la chicane aurait déjà explosé, "parce que le bâtiment bouge". Au niveau des sanitaires dans le stand Formule 1 réservé aux pilotes et autres privilégiés de la grande compétition du sport automobile, si les toilettes sont raccordées, les douches ne l'étaient pas.
Surcoût
D'autres malfaçons sont également à déplorer sur le bâtiment autour duquel s'activaient encore des ouvriers mardi, alors que les travaux auraient dû être terminés depuis deux semaines au minimum. "Lors des 1000 km de Spa, les organisateurs se sont rendus compte que l'air conditionné ne marchait pas. Ils ont essayé de contacter la société qui a réalisé les travaux, mais en vain. Finalement, ils ont été informés que la société était tombée en faillite. Ils ont donc été obligés de se rabattre sur l'entreprise qui est arrivée en deuxième position dans le classement des sociétés ayant participé à l'appel d'offres pour réparer les dégâts", nous dit encore une autre source qui, tout comme la première, a souhaité garder l'anonymat.
D'après un autre observateur, toutes ces malfaçons risquent d'entraîner des surcoûts qui viendront alourdir une ardoise déjà salée (soit 46 millions d'euros notamment pour les travaux et la subvention accordée à la société de promotion/SPCSF). "Ce n'est pas comique, c'est lamentable. Ça fait trois mois que l'atelier mécanique s'active sur des travaux (ferronnerie, etc.) qui auraient dû être faits par les entrepreneurs. Le Grand Prix 2007 aura bien lieu, mais les gestionnaires du site auront bien du mal à le rentabiliser dans l'avenir, en raison notamment des surcoûts qui vont les obliger à fixer des prix de location élevés et des malfaçons", déplore un autre observateur.
Etienne Davignon, président de la société organisatrice de l'édition 2007 du GP de F1, se veut optimiste et tente d'expliquer les complications qui entourent la finition du chantier. "Il y a plusieurs équipes qui travaillent sur le chantier et souvent dans ces cas, on rencontre ce genre de situations. Elles ont aussi tendance à se renvoyer la balle et à dire que c'est la faute de l'autre. Certaines essaient même d'ouvrir le parapluie pour se protéger avant même que la pluie ne tombe. Mais les travaux seront finis à temps, on a jusqu'au vendredi en 8 pour être prêt", dit-il.
Malgré les malfaçons, les organisateurs se veulent rassurants et entendent réussir l'organisation du GP de F1 à Francorchamps. Du côté des acteurs économiques de la région (Stavelot, Malmedy, Spa), le retour de l'événement phare du sport automobile sur les terres wallonnes redonne du sourire. Et on retrouve de belles perspectives. "C'est un atout indiscutable pour la région, mais aussi pour toute la Belgique. Les travaux de rénovation étaient nécessaires pour permettre au circuit de retrouver une renommée internationale. Il est plus beau aujourd'hui qu'avant et cela rend la région plus attractive", dit Cathy Vander Eecken, directrice générale du Radisson SAS Palace hôtel sur la place royale à Spa. Les 120 chambres de l'établissement sont déjà réservées pour cinq nuits. "Le Balmoral aussi est plein et le Park Inn à Liège-Bierset aussi. Nous avons même envoyé des clients au Radisson à Hasselt. Nous avons déjà des réservations pour l'édition 2008 du GP", sourit-elle. Son témoignage confirme que les retombées de le l'événement débordent sur d'autres contrées. C'est également la joie retrouvée pour les restaurateurs de la Ville d'eau. "Le retour de la F1 entraînera une augmentation sensible de notre chiffre d'affaires", dit l'un d'entre eux. "Nous avons aussi des clients lors des autres manifestations sur le circuit (incentives, courses diverses, etc.), mais ce n'est pas la même chose, ni pour le même prix avec la F1", renchérit un autre patron d'hôtel.
Dans la localité même de Francorchamps, on est plus qu'heureux. "Sans le Grand Prix de F1, le circuit ne vaudra pas grand-chose. C'est grâce à lui que l'infrastructure est occupée par d'autres manifestations pendant le reste de l'année", dit Jacques Landuyt, patron de l'hôtel-restaurant-taverne "le Relais de Pommard". Son établissement n'est pas loin de l'entrée principal du circuit et il affiche déjà complet durant les trois jours de l'édition 2007 et pour 2008.
En ce mardi du 4 septembre, il s'active déjà à l'installation de la terrasse qui prolonge le restaurant. Mais une ombre au tableau vient temporiser son enthousiasme. "Le projet de construction d'un hôtel de 200 chambres sur le circuit n'augure rien de bon pour les établissements de la région. Les gens vont se précipiter pour aller là et nous n'aurons que des miettes", craint-il.
Véronique et son mari Didier, un couple de vignerons indépendants de Bordeaux, viennent d'ouvrir un bar à vins à l'ombre du circuit. "Cela fait seulement deux mois qu'on a ouvert, mais on voit déjà que le circuit attire du monde, des Allemands, des Hollandais, etc. C'est pour cette raison qu'on a voulu se placer à côté du circuit", explique-t-elle, avec un verbe teinté de chaleur et d'accent du sud.
Le syndicat d'initiative de Francorchamps salue également le retour de l'événement. Car "beaucoup de commerçants réalisent une grande partie de leur chiffre d'affaires lors du Grand Prix. Certains en profitent pour augmenter le prix à ce moment-là", dit Guy Parmentier, le président. Il déplore la pléthore d'institutions qui gèrent le circuit et regrette un manque de communication entre celles-ci et les organisations locales.
Des observateurs estiment que les prix des places sont trop élevés (entre 90 et plus de 500 €) et qu'il faudrait améliorer certaines choses au niveau de l'accueil du public.
Porte-parole du collectif de sauvegarde du circuit, une association qui regroupe des indépendants, des acteurs de l'Horeca et des associations concernées par les retombées du circuit, Régis Coeckelbergs veut tourner le dos à la polémique et s'en tenir aux bienfaits du circuit. "D'abord, les travaux ont enchanté les autres pilotes qui partagent le circuit avec ceux de la F1 et la rénovation ne peut qu'être bénéfique pour la région. Le rayonnement de la F1 attire un nouveau public (Egypte, Estonie, Pologne, Russie, USA, etc.) et ça se voit dans les réservations. Tout le monde s'accorde à dire que, grâce au GP, le chiffre d'affaires du secteur Horeca va croître de 15 à 25 pc", fait-il remarquer. Propriétaire et gérant de l'hôtel "Relais du Crouly" , il vient d'ailleurs d'investir 300000 € dans l'extension de l'établissement (nouvelles chambres, etc.), "preuve qu'on a retrouvé le GP de F1 pour plusieurs années".
Des travaux pour 25 millions En attendant de faire le décompte total des investissements de mise en conformité du circuit, on sait déjà aujourd'hui qu'on sera loin de la thèse "un Grand Prix à petit prix" défendue par les autorités wallonnes. Le tableau de bord provisoire affiche environ 46 millions d'euros dont quelque 25 millions d'euros pour les travaux. Le plus important concernant "le titanic", un imposant bâtiment de 315 m de haut, 21 m de large installé au niveau d'une nouvelle pitlane. Il abrite au sous-sol 350 places de parking et 42 nouvelles portes de stands longues de 6 m au niveau zéro. Chaque écurie de F1 aura un large box et un espace douche et WC privés. Le "vaisseau" abrite aussi les bureaux des dirigeants du circuit, une grande salle de presse et une grande brasserie avec une vue panoramique sur le Raidillon. La chicane a aussi été modifiée. Le site s'est enrichi d'une tribune en dur de 4 000 places et de vastes parkings.
