Développement des compétences : "Une ouverture sur le monde"
A 32 ans, Damien Losseau s'apprête à reprendre la ferme familiale près de Thuin. Avant de franchir le pas, il a tenu à parfaire son expérience, en Belgique comme à l'étranger.
- Publié le 27-07-2012 à 04h15
Entretien A 32 ans, Damien Losseau s'apprête à reprendre la ferme familiale près de Thuin. Avant de franchir le pas, il a tenu à parfaire son expérience, en Belgique comme à l'étranger.
Quelle est aujourd'hui votre principale motivation à reprendre la ferme familiale ?
Depuis que j'ai 5 ans, je sais que je veux faire ce métier. Je ne vois toujours pas ce que je pourrais faire d'autre. C'est une véritable vocation. Pour moi, c'est évidemment le plus beau métier du monde. Par contre, je sais aussi que ce métier a beaucoup évolué au cours de ces trente dernières années. Si, aujourd'hui, pour prétendre aux aides européennes à l'installation, un stage de trois mois est obligatoire, j'ai toujours eu dans l'optique d'aller voir avant de me lancer ce qui se faisait ailleurs. La ferme que je vais reprendre, je la connais depuis toujours. Il me semblait donc indispensable d'aller piocher des idées ailleurs.
Avec un parcours plutôt atypique. Quelle est votre formation ?
Après mes secondaires, et une année d'ingénieur agronome à Louvain-la-Neuve, j'ai effectué un graduat en comptabilité. Mon père m'a expliqué qu'une ferme était aujourd'hui comme une entreprise qu'il fallait pouvoir gérer. Il n'avait pas tort. Il est très important, de nos jours, de pouvoir gérer une multitude d'aspects. Au début de ma carrière, j'ai d'ailleurs travaillé plus de deux ans au sein d'un bureau de la Fédération wallonne de l'agriculture (FWA) où nous faisions la comptabilité de diverses exploitations. Je sais désormais que cette expérience constitue un réel atout. Et que la rentabilité doit rester un souci permanent.
D'autres expériences ?
J'ai travaillé quatre ans dans le domaine de la recherche en phytopharmacie. J'ai quitté ce domaine à l'automne dernier et suis parti près de deux mois en Australie pour un premier stage. J'y ai participé aux moissons. La ferme de mon père est active dans les grandes cultures, mais j'ai découvert là-bas un autre monde. Ce fut une expérience très enrichissante. Je vais poursuivre mes stages durant cet été, d'abord au sein d'une entreprise agricole axée principalement sur la culture de la pomme de terre (900 ha). L'avantage du stage obligatoire est qu'il peut prendre diverses formes. Il peut être effectué en un seul endroit ou chez trois professionnels différents. Mon but a toujours été de voir un maximum de choses avant de me lancer. Il est devenu indispensable de s'ouvrir au monde qui nous entoure, de voir ce qui se fait ailleurs, pour travailler de la meilleure manière possible. De ce point de vue, la formation continue me semble essentielle pour assurer un avenir aux jeunes agriculteurs. On vit dans un monde en perpétuelle évolution. Celui qui ne s'adapte pas n'a pas d'avenir.
Vos projets pour votre future exploitation ?
Mon ambition est de veiller à développer les créneaux les plus rentables. Pour le moment, l'ensemble de notre production de pommes de terre est transformé en frites par l'industrie agroalimentaire. Une des idées serait de cultiver d'autres variétés, à chair ferme, de s'occuper du tri et de l'ensachage et de vendre une partie de la production à des gens qui font de la vente directe. Je ne me sens pas l'âme d'un commerçant, à chacun son métier. Par contre, je suis prêt à trouver des partenariats afin de réduire les intermédiaires. Les consommateurs apprécient de plus en plus les circuits courts. L'idée est aussi de se démarquer quelque peu des marchés mondiaux, sur lesquels on n'a aucune prise. Mon parcours de comptable m'a appris à toujours intégrer cette notion de rentabilité dans mes calculs. Je souhaite gagner ma vie correctement et durablement. Mon but est d'essayer de développer les cultures les plus rentables et les moins dépendantes des marchés. De gagner en autonomie. Alors que certains s'obstinent dans un créneau parce qu'ils ont toujours travaillé comme cela, je sais au contraire que je vais devoir m'adapter, évoluer en permanence pour faire vivre mon exploitation. Il me semble également dangereux de calculer sa rentabilité en comptant à 100 % sur les aides européennes. Alors qu'un emprunt bancaire court sur dix ou quinze ans, la PAC évolue à un rythme bien plus rapide. Il faut en être conscient.
