Un euro le bisou à l'aéroport de Charleroi
Plus de "dépose-minute" ou, en version anglaise, de "kiss and ride" gratuit à Charleroi. Depuis le 1er juillet, il en coûte un euro à toute personne venant déposer ou rechercher des voyageurs. Les clients sont furieux. Mais il n'y a pas d'alternatives.
- Publié le 07-07-2014 à 20h30
- Mis à jour le 08-07-2014 à 08h43

Fini la gratuité à l'aéroport de Charleroi. Depuis le 1er juillet, tout automobiliste se rendant à Gosselies doit sortir au minimum un euro, même s'il n'est venu là que deux minutes pour déposer ou pour chercher des proches.
"Malheureusement, cette gratuité est devenue pour le moment impossible" , explique Vincent Grassa, porte-parole de BSCA (Brussels South Charleroi Airport). " En fait, on avait un gros problème avec la fluidité du trafic devant l'aéroport, tant au niveau des entrées que des sorties. Il y avait énormément de stationnements sauvages sur les voies de circulation, ce qui provoquait de longues files." D'après les autorités de l'aéroport, il n'était pas rare de voir des passagers rater leur avion suite à ces problèmes de circulation.
Autre souci, nombre d'automobilistes venus chercher leurs proches dépassaient le délai de gratuité d'antan (10 minutes) et se retrouvaient bloqués devant la barrière de sortie du parking pour ne pas avoir de ticket validé. " Certains laissaient leur voiture là et bloquaient tout le monde, ce qui créait des files incroyables."
Conclusion tranchée des autorités de l'aéroport de Charleroi : "La gratuité est ingérable !"
Une mesure radicale que BSCA explique aussi par l'architecture même du site où il n'y a qu'un seul niveau pour les départs et les arrivées. Contrairement à la plupart des aéroports, il n'y a pas de "dépose-minute" (kiss and ride) proprement dit, soit un système où les voitures ne font que passer pour déposer leurs passagers. Un gros handicap. " Un 'kiss and ride'a existé au début mais beaucoup de passagers ne respectaient pas les règles du jeu en restant stationnés là très longtemps et en bloquant les accès au bâtiment" , explique Vincent Grassa.
L'aéroport a donc opté pour un autre choix, celui d'un parking express qui est désormais entièrement payant. Définitivement ? " La mesure est à l'étude. On va voir après évaluation du système si cela fonctionne. Le but est vraiment de conscientiser les gens à faire valider leur ticket en payant ce montant d'un euro minimum" .
"Une mesure choquante"
L'aéroport a tout prévu. Aucun automobiliste ne semble pouvoir échapper à ce nouveau tarif, même en déposant ses passagers très loin du bâtiment. Et pour cause : hors parkings, les accès pour les piétons sont inexistants. " Aucun trottoir spécifique n'est prévu pour atteindre l'aérogare, confirme-t-on du côté de BSCA. Cela arrive parfois que des voyageurs marchent depuis la station de service proche pour rejoindre l'aéroport. Mais c'est une route sans trottoir et avec un fort trafic automobile" .
D'après les autorités aéroportuaires, la fin de la gratuité serait " assez bien accueillie" par les voyageurs. " Il n'y a pas de problème pour le moment" . Une opinion qui n'est visiblement pas partagée par tous (voir ci-contre). Test-Achats déplore ainsi le manque d'alternative pour les passagers. "Il devrait y avoir une possibilité de déposer ou de recueillir gratuitement un voyageur , explique un porte-parole de l'association. Le payement obligatoire est choquant, mais n'est pas illégal tant que c'est indiqué et prévu par les conditions générales. Le parking est propriété de quelqu'un, qui peut décider de ce qu'il veut. La mesure n'est donc pas attaquable". Elle n'est toutefois pas "consumer friendly", dénonce Test-Achats qui parle d'une attitude peu favorable aux consommateurs.
Précisons aussi que cette nouvelle mesure pourrait être un véritable jackpot pour l'aéroport qui accueille entre 20 et 25 000 passagers par jour, dont une bonne partie s'y fait déposer en voiture. BSCA se défend toutefois de toute visée lucrative. "Si on a des policiers sur le parking qui font le ménage comme à Zaventem, en réglant la circulation et en verbalisant les gens qui restent trop longtemps, nous arrêtons directement cette mesure. Mais nous sommes en sous-effectif ici" . La direction de l'aéroport va ainsi demander au prochain gouvernement un renforcement policier.C.M. et R.Meu.
3 questions à Roland Cracco CEO du groupe Interparking
Interparking gère les parkings de Bruxelles-National (Zaventem). En ce compris le "dépose-minute" ?
Non, c'est un espace public géré par l'aéroport. Auparavant, il y en avait deux : l'un au niveau des départs, à l'air libre, l'autre, au niveau des arrivées, sous le viaduc. Ce dernier a été réaménagé (armature, éclairage…) et n'est plus utilisé que par les taxis et par les clients des parkings sans possibilité de s'arrêter. Ceci pour d'évidentes raisons environnementales (pollution ambiante) et de sécurité. La justification d'un "dépose-minute" est d'éviter de s'y garer. D'où un contrôle policier strict des rythmes.
Le "dépose-minute" vous fait-il perdre des clients ?
Non. Il répond à des besoins différents. Pourquoi un client qui vient juste déposer ou rechercher quelqu'un viendrait-il charger un système qui l'est déjà ? On remarque toutefois, et c'est une tendance lourde en Europe, que l'accès à ces zones est de plus en plus contrôlé, voire… découragé. Question de sécurité, car elles sont très proches du terminal. Quasiment en contact direct. Il est d'ailleurs tout à fait possible qu'à terme - on y réfléchit aussi à Bruxelles-National - on déplace ces zones dans les parkings proprement dits; mais sans que leur gratuité soit remise en cause, pour 10 à 15 minutes du moins.
Gère-t-on les parkings d'un aéroport comme ceux d'une ville ?
Absolument pas. Les demandes des consommateurs sont très variées. Notre offre est donc très segmentée et compte 8 parkings (pour quelque 11 000 places), allant du "Discount" (49 euros/7 jours, hors du site de l'aéroport, du côté de Brucargo) au VIP-Premium (avec services annexes de type voiturier, par exemple), en passant par l'Express (en contact immédiat avec le terminal, à 2,50 euros/demi-heure), le Front P1 (pour clients d'affaires), le P2/Economy, le P3/Holiday, etc. C'est nous qui décidons de notre offre en fonction de notre expérience et de nos clients. La gestion de ces espaces exige en outre un suivi très particulier car les flux sont différents, changeant en fonction des jours de la semaine, des semaines d'un mois et des mois d'une année.
C.M.
"Un euro pour une minute c'est un scandale"
"Le parking express n'est plus gratuit pendant dix minutes. Vous devez valider votre ticket." En français, en anglais ou en néerlandais, les mots sont à chaque fois répétés par les employés du Brussels South Charleroi Airport (BSCA). Ils attendent, guettent et harponnent chaque véhicule. Toute voiture ou camionnette qui franchit la barrière de l'aéroport de Charleroi Bruxelles-Sud entend le même message. Mieux : en guise de rappel, l'employé fourre à la hâte dans la main du conducteur un flyer. Ecrit blanc sur fond orange : "Express minute 1 € minimum." A peine, le temps d'en prendre connaissance, et on est piégé ! Pour celui qui n'a pas compris l'employé, le franc tombe, ou plutôt l'euro !
Droit de passage
"Le message de l'aéroport est court et simple. Celui des usagers aussi. "Un euro pour une minute, c'est un scandale !" Si certains s'exclament dès la sortie de leur véhicule, d'autres attendent leur passage aux caisses. Passage obligé. "Je ne le savais pas. On est pris de court. Il paraît qu'il y a des banderoles qui annoncent le passage payant avant l'aéroport mais je ne les ai pas vues , précise Monique, venue déposer son fils. Quand vous venez déposer quelqu'un à l'aéroport, vous ne faites pas demi-tour pour un euro, au risque de rater le vol." "Moi, je suis au courant mais on n'a pas le choix. Il n'y a pas d'alternative" , veut ajouter Christophe, habitué de l'aéroport. Beaucoup veulent s'exprimer mais semblent pressés. La file aux caisses, c'est deux ou trois personnes devant soi. Parfois quatre. Jamais très long. Heureusement. Mais c'est cher, par contre. Au prix d'un euro pour une minute, le temps c'est vraiment de l'argent !
Passage obligé
Il n'y a pas d'alternative. En fait de parking, c'est aussi un péage pour les distraits ou ceux qui cherchent leur route. "Je me suis trompée de direction. Je devais aller à l'aéropôle pour un rendez-vous. Mon erreur me coûte un euro." Souvent l'incompréhension de la mesure domine. Pour Cédric, un habitant d'Eghezée, "ce n'est pas logique de payer pour amener un passager. Les taxes d'aéroports sont déjà comprises dans le billet" . Un mécontentement tel que ces habitants de Gand n'y reviendront plus. "L'agence de voyage nous a fait passer par ici. Mais pas deux fois ! C'est une question de principe." L'analyse d'un autre usager du parking a du succès : l'aéroport s'est "ryanisé". A l'image de la principale compagnie aérienne de l'aéroport, Ryanair, bien connue pour comptabiliser des euros supplémentaires dès qu'elle le peut.
Mesure incomprise
Un euro à payer, c'est bien compris. Mais le message est (mal) passé. La raison ? Gagner plus ! Le sentiment domine. Vincent Grassa, le porte-parole de l'aéroport, évoque la volonté de fluidifier le trafic, cause de départs manqués. "La nouvelle mesure renforce pourtant le passage aux caisses , précise Eric, employé dans l'enceinte de l'aéroport. Avant, certains ne descendaient pas de voiture. Ce n'est plus possible."
Aucun investissement réel n'accompagne la mesure. A part deux banderoles à l'entrée de l'aéroport et des flyers. Les pièces ne sont pas acceptées aux barrières de sorties. Où est l'effort réel dans le sens d'une fluidification du trafic ?
Un euro inutile ?
"Le parking a coûté un million. La mesure n'est même pas rentable. Elle nous embête même" , ajoute Vincent Grassa. Pour ceux qui auraient échappé aux employés de l'entrée et aux flyers, pas d'inquiétude ! D'autres employés répètent inlassablement le message aux barrières de sorties.
Yvan de Smet (St.)
