La Belgique veut charmer les Tigres latinos
Une mission économique emmenée par la princesse Astrid décolle ce samedi pour explorer les marchés des deux pays les plus prometteurs en Amérique latine : la Colombie et le Pérou. Longtemps crainte par les investisseurs, la Colombie revient en force. Des entreprises belges tentent de se créer une place dans les Andes.
- Publié le 18-10-2014 à 04h01
- Mis à jour le 18-10-2014 à 14h35

Une mission économique emmenée par la princesse Astrid décolle ce samedi pour explorer les marchés des deux pays les plus prometteurs en Amérique latine : la Colombie et le Pérou. Longtemps crainte par les investisseurs, la Colombie revient en force. Des entreprises belges tentent de se créer une place dans les Andes.
Colombie, le "paria" est désormais très convoité
Drogue, criminalité affolante, conflits armés et corruption : la Colombie a longtemps eu une réputation qui a refroidi tout investisseur étranger. Une situation qui a, pendant des années, limité les échanges du pays vers l'extérieur. Mais les temps changent. La Colombie est désormais considérée comme un des nouveaux "Tigres" de l'Amérique latine, avec une croissance soutenue ces dernières années (+ 4,5 % en 2014).
Le Tigre colombien - un terme utilisé en économie pour évoquer les pays à forte croissance - n'effraie plus pour sa violence. Au contraire, il attire les entreprises, notamment depuis que le gouvernement a renforcé la sécurité dans le pays et qu'une véritable classe moyenne a émergé ces dernières années. De nombreux organismes placent désormais la Colombie comme l'un des pays les plus attractifs pour l'investissement étranger.
Les autorités belges ont compris le haut potentiel que représente le tigre latin qui, avec ses quarante-sept millions d'habitants est devenu troisième économie d'Amérique du Sud. Une mission économique de taille (voir par ailleurs) menée par la princesse Astrid s'envole ce samedi vers les Andes.
Les atouts de la Colombie, qui a vu son PIB par habitant doublé en quatorze ans, sont nombreux pour les investisseurs étrangers. Et le premier n'est pas le moindre : contrairement à d'autres pays de l'Amérique latine qui ont opté pour un certain protectionnisme, la Colombie a choisi d'ouvrir largement ses portes aux échanges commerciaux avec l'extérieur.
Les taxes pour l'entrée d'un produit sur le marché sont ainsi bien moindres que dans la plupart des autres pays du Continent. "L'accord de libre-échange conclu entre la Colombie et l'Union européenne, entré en vigueur le 1er août 2013 permet aux exportateurs de réaliser des économies de plus de 500 millions d'euros sur les droits de douane d'ici la fin de la transition", explique Fabienne L'Hosst, directrice générale adjointe de l'agence belge pour le Commerce extérieur.
Cet accord de libre-échange a littéralement "boosté" le commerce avec les pays de l'Union européenne ces derniers mois. La Colombie a aussi pu attirer certains investisseurs refroidis par l'enrayement du principal moteur du sous-continent, le Brésil, tout en misant sur une Alliance économique privilégiée avec différents pays, comme le Chili, le Pérou et le Mexique.
A la base de ce miracle économique colombien, il y a l'or noir. Tout comme son voisin le Venezuela, la Colombie dispose d'un sous-sol très riche en pétrole. Mais l'exploitation de ces gisements a longtemps été freinée par le conflit armé avec les Farc, les forces armées révolutionnaires de Colombie. "Le pétrole est un secteur dont le poids a beaucoup augmenté ces dernières années, mais il est aujourd'hui stabilisé , nuançait toutefois le ministre colombien du Trésor, Mauricio Cardenas, lors d'un passage en France en mai dernier. Aujourd'hui, les secteurs les plus dynamiques sont les infrastructures et la construction. Le pétrole croît de 6 % par an, dans la construction c'est une croissance à deux chiffres que nous connaissons."
Et cela tombe bien, car dans ces domaines - construction et infrastructures - les entreprises belges ont une très belle carte à jouer. Le gouvernement local a ainsi prévu d'investir plus de 25 milliards de dollars dans ses routes, ponts et autres tunnels dans les prochaines années. Il faut dire que la Colombie, qui s'étend du Pacifique aux Caraïbes, est traversée par trois cordillères. Ce qui complique très fortement les échanges entre les différentes régions. Le savoir-faire belge dans ces domaines pourrait ainsi être précieux. Pour l'instant, les échanges entre la Colombie et la Belgique restent assez modestes (voir ci-contre).
Mais la plus grande force économique de la Colombie réside sans doute dans sa population, dont le pouvoir d'achat ne cesse de croître, même si les taux de pauvreté et d'inégalité demeurent élevés. "Il y a une nouvelle classe aisée qui est très friande de produits européens" , explique un entrepreneur belge installé à Bogota. Et, ce qui est très rare en Amérique du Sud, cette croissance entraîne pour l'instant une inflation relativement contrôlée (2,7 %).
Reste que tout n'est pas si rose sous le ciel andin. Après des débuts prometteurs, les négociations de paix avec les Farc semblent au point mort. "Un échec serait un grave revers pour le gouvernement et provoquerait une recrudescence des affrontements, des actes terroristes et des enlèvements, notamment d'expatriés", explique Patrick Bèle, un spécialiste de la région.
Le gouvernement colombien semble conscient qu'enterrer définitivement la hache de guerre avec les Farc, après plus de cinquante ans de conflit rassurerait définitivement les investisseurs. La paix a son prix. "En étant prudent, on peut assurer que la paix générerait un point de croissance additionnel", explique le ministre Mauricio Cardenas.
Le pari de trois ex-étudiants de Solvay à Bogota
Partis depuis six mois en Colombie, les entrepreneurs belges misent sur le chocolat.
Ils sont trois, ils sont jeunes et ont tenté l'aventure voici six mois. Direction Bogota en Colombie, Avec une idée en tête : vendre des produits sucrés belges. "Nous étions déjà venus sur le marché colombien il y a un an en amenant quelques produits dont des chocolats , explique Louis Collinet, ancien étudiant de l'ULB-Solvay. Les tests étaient assez concluants. On a décidé de complètement s'investir dans le projet."
Le jeune homme de 25 ans s'est rapidement rendu compte que les Colombiens avaient "un amour inconditionnel" pour le sucré. Ce n'était pas le seul atout pointé par les trois entrepreneurs. "La Colombie est l'un des pays qui connaît la plus forte croissance économique en Amérique du Sud. Sa monnaie est stable, tout comme son économie, et puis c'est un pays ouvert à l'importation. Il y a peu de taxes contrairement à l'Argentine par exemple."
Pour l'instant, le trio belge vend des gaufres de Liège dans deux stands dans la mégalopole qu'est Bogota (sept millions d'habitants). " La pâte vient d'un fournisseur wallon, mais nous cuisinons les gaufres sur place , poursuit le "Solvay boy". C ela nous permet de gagner de l'argent pour pouvoir vivre sur place. A côté de cela, on a le temps de développer notre marque de chocolat belge "Joséphine" que nous voulons lancer, à plus grande échelle." Le chocolat belge est un produit de luxe en Colombie. "La classe aisée est de plus en plus importante dans le pays. Mais tout est encore à faire. On a très peu de concurrents sur notre segment."
Louis Collinet tord le cou à certains clichés. "Bogota est une ville sûre , affirme-t-il. Mais cela doit être la seule ville au monde où il y a plus d'embouteillages qu'à Bruxelles. On se déplace quasiment tout le temps à vélo. Le climat aussi est très belge : il pleut tous les deux jours." Selon le jeune entrepreneur, le pays recèle de belles opportunités pour les entrepreneurs étrangers. "Tout est encore à faire." Seul bémol, " la manière de travailler" des Colombiens. "La première réponse à toute demande de collaboration sera toujours 'oui'. Mais en fait, c'est très difficile de concrétiser les choses."
La Colombie n'est qu'un premier pas pour les trois entrepreneurs qui, à long terme, veulent exporter "le meilleur des produits sucrés belges" (cuberdons, chocolat, gaufres,…) à travers le monde. Et ce, sous le doux nom de "Joséphine".
Les atouts wallons
Fondamentaux. L'Awex (Agence wallonne pour les exportations et les investissements étrangers) sera évidemment présente en Colombie et au Pérou. L'Amérique du Sud représente pour elle un endroit stratégique pour les entreprises.
L'Amérique latine est un continent en émergence avec un taux de croissance de l'ordre de 5 % en moyenne annuelle et une explosion des prix et du commerce des matières premières, minières et agricoles dont l'Amérique latine regorge. Colombie et Pérou sont considérés comme les nouveaux tigres latino-américains.
Investir dans ces pays est également une manière d'approcher un nouveau bloc de pays ayant fait le pari du développement économique intégré, du libre-échange en commerce et investissements et du progrès social.
L'export wallon en Amérique latine a le vent en poupe. En une décennie, la part de cette région dans les exportations wallonnes a doublé, atteignant 2 % du total de l'export de la Wallonie à l'échelon mondial.
La Colombie est le 2e client de la Wallonie en Amérique latine. La mission a également pour objectif de développer les exportations en matière de biopharmacie, de mettre en avant l'innovation technologique wallonne via les pôles de compétitivité du Plan Marshall et via la participation importante des universités francophones présentes.
La délégation Wallonie-Bruxelles (Awex-WBI) sera la plus importante, en nombre de participants, jamais enregistrée lors d'une mission princière : 109 participants, 35 entreprises, dont 30 PME, 5 universités et 1 haute école, et 4 institutions publiques.
