Coucke: "Je suis fier d'investir en Wallonie"
L'entrepreneur flamand investit 40 millions d'euros dans la société liégeoise Mithra. Entretien.
- Publié le 26-02-2015 à 21h27
- Mis à jour le 27-02-2015 à 18h52

Il l'avait promis, il est en train de le faire. En novembre dernier, Marc Coucke était devenu l'un des hommes les plus riches de Belgique après sa plus-value record (1,45 milliard d'euros) réalisée lors de la vente d'Omega Pharma au groupe américain Perrigo. Cette vente avait fait polémique, puisque, conformément à la loi sur les plus-values en Belgique, M. Coucke n'avait pas payé un euro d'impôt sur cette somme. Face au tollé public, l'homme d'affaires flamand avait promis d'investir une grande partie de ce montant dans l'économie belge. "Si je me suis engagé à investir en Belgique, ce n'est pas pour me donner bonne conscience, mais parce que je suis comme cela", explique-t-il. L'Ostendais de cœur a le sens politique : après un investissement dans l'immobilier au nord du pays, il va injecter 40 millions d'euros dans la société pharmaceutique liégeoise Mithra. M. Coucke ne se dit pas refroidi par l'enquête du parquet liégeois envers Mithra, soupçonnée d'avoir corrompu certains médecins :"Mithra a une très bonne réputation et a appris des choses de cette affaire. Les firmes pharmaceutiques doivent s'en tenir à certaines règles."
Pourquoi avoir choisi un projet au sud du pays et plus précisément Mithra ?
Je n'ai jamais eu la possibilité d'investir beaucoup dans le sud du pays, alors que 30 % du chiffre d'affaires d'Omega Pharma se fait en Wallonie. Je suis donc très fier de le faire maintenant. C'est l'occasion de redonner quelque chose en retour à la Wallonie qui a eu beaucoup de loyauté envers Omega. En plus, je ressens très bien la culture de Mithra qui a un positionnement clair, celui de la santé de la femme, et de grandes ambitions. Je m'entends très bien avec son CEO, François Fornieri, que la presse a parfois surnommé le "Coucke wallon". Mithra, cela peut devenir l'Omega wallon.
Quel sera exactement votre rôle en tant que président du comité stratégique de Mithra ?
Je vais aider là où je peux aider, notamment sur l'introduction en Bourse, prévue cette année, les acquisitions ou les partenariats. Parfois, il faut un peu de recul dans une entreprise. Avec Mithra, il y aura autant d'opportunités que de choix à réaliser dans le futur et il faudra faire les bons choix. L'investissement de 40 millions permettra de financer, notamment, le projet de l'Estetrol, un œstrogène produit naturellement par le fœtus et dont nous envisageons la commercialistaion en 2019.
Vous allez devenir le deuxième actionnaire de Mithra, après M. Fornieri. Avec l'entrée en Bourse, vous risquez de faire une belle plus-value…
C'est un investissement et il faut toujours avoir l'ambition que cela crée de la valeur ajoutée. C'est bien pour tous les actionnaires. Mais moi, ce n'est plus ma priorité. Avec Omega, cela a déjà tellement bien marché que mon but maintenant est de donner du plaisir et de la valeur ajoutée pour les gens de Mithra. Selon moi, c'est le moment de faire cette introduction en Bourse pour le groupe. En fait, Mithra me fait penser à Omega Pharma lorsqu'on a fait notre introduction en Bourse en 1998. Nous avions à l'époque quasiment le même chiffre d'affaires que Mithra actuellement.
Investir dans l'économie belge, c'est, selon vous, le rôle des hommes d'affaires qui ont réussi en Belgique ?
Je ne vais pas critiquer les gens qui font cela d'une autre façon. La Belgique m'a soutenu et m'a permis de créer Omega Pharma. Si je peux réinvestir en Belgique dans des sociétés auxquelles je crois énormément, c'est bien pour tout le monde, je crois.
Vous avez d'autres projets d'investissements en Belgique ?
Oui, mais il ne faut pas s'attendre à ce que chaque semaine, j'annonce une conférence de presse. Je ne ferai pas 50 engagements comme je le fais dans Mithra. Procédons étape par étape. Je m'oriente plutôt vers de plus petites sociétés avec des fonds qui seront gérés par des spécialistes. Il me faut de l'aide car j'ai déjà reçu plus de 2 800 propositions d'entrepreneurs. J'ai toute une équipe qui est en train d'analyser cela et ils sont débordés. Donc je dis aux entrepreneurs : s'il vous plaît, attendez encore quelques mois avant de m'envoyer des idées !
La santé au féminin
Contraception . Spécialisé dans la santé de la femme, Mithra Pharmaceutical est une spin-off de l'Université de Liège, créée en 1999. "Mithra est spécialisée dans quatre grands domaines : la contraception et la fertilité, la ménopause et l'ostéoporose, les infections gynécologiques et les cancers féminins", explique le groupe. Mithra est ainsi leader sur le marché belge pour les pilules contraceptives avec plus de 430 000 femmes qui les utilisent régulièrement. Le groupe vient récemment de se tourner vers l'international, en lançant des filiales au Brésil, en Allemagne, aux Pays-Bas et au Luxembourg. La spin-off a également annoncé le lancement de la construction d'une nouvelle plate-forme de développement et de production à Flémalle. "Nous allons bénéficier de l'expérience de Marc Coucke pour élargir notre portefeuille Benelux, mais aussi pour nous ouvrir les portes de nouveaux marchés", explique François Fornieri, le CEO de Mithra. Le nombre d'emplois devrait passer de 70 à 200 avec ce nouvel investissement. Notons aussi que l'entreprise pharmaceutique a fait l'objet d'une enquête de l'Agence fédérale des médicaments et des produits de santé (AFMPS) qui la soupçonnait d'avoir offert des avantages en nature à des médecins pour les inciter à promouvoir ses produits. Le patron de Mithra avait, à l'époque, réfuté toute pratique illégale. "Je ne suis pas inquiet par cette enquête, c'est une pratique courante dans le secteur où des concurrents peuvent porter plainte contre une entreprise pour une mauvaise communication", avait déclaré M. Fornieri en août dernier.
