La guerre des livreurs à domicile est déclarée
Au menu : gagner la confiance de restaurateurs bruxellois et l'ardeur de livreurs à vélo.
- Publié le 04-11-2015 à 11h25
- Mis à jour le 04-11-2015 à 11h26

La start-up britannique Deliveroo est entrée dans la course aux côtés de son homologue belge Take Eat Easy. Au menu : gagner la confiance de restaurateurs bruxellois et l'ardeur de livreurs à vélo. Puis, envisager d'autres villes belges. Le géant californien Uber s'y met aussi. Après Paris et Barcelone, UberEats pourrait arriver à Bruxelles.
Depuis 5 semaines, la start-up britannique de livraison de plats de restaurants Deliveroo empiète sur les plates-bandes de son homologue belge Take Eat Easy. Une sorte de… revanche, ledit Take Eat Easy ayant, il y a peu, traversé la Manche en direction de Londres ? "Pas du tout, temporise Charles Van den Bogaert, Marketing manager de Deliveroo Belgique. Bruxelles était une évidence pour le groupe, du fait de sa centralité en Europe, de la présence de nombreux expatriés, mais surtout de la concentration de restaurants de qualité." Car c'est la base du principe : il faut qu'il y ait, dans un même rayon de 2,5 km à vol d'oiseau - pour une livraison en 7 minutes maximum à vélo - beaucoup de restaurants et beaucoup de consommateurs.
Le fondement comme le fonctionnement des deux start-up sont identiques : gérer toute la logistique (commandes, paiements, livraisons) pour que des plats quittent, dans de bonnes conditions, les cuisines de restaurants établis et arrivent, dans un délai court, sur les tables d'internautes affamés (mode d'emploi ci-contre). L'arrivée de Deliveroo à Bruxelles n'en a pas moins obligé Take Eat Easy à s'aligner et donc à diminuer le prix de ses livraisons (de 3,50 à 2,50 euros) et celui de son panier minimum (de 20 à 15 euros).
100 millions de dollars en trois tours
Le premier a été fondé en février 2013 à Londres. Le second l'a été courant de l'été de la même année à Bruxelles. Les deux plateformes se sont d'abord concentrées sur leur marché national, avant de se lancer à l'international. Avec Paris et Berlin au printemps 2015 pour Deliveroo, suivies, courant de l'été, par Munich, Hambourg et Amsterdam, en septembre par Bruxelles, en octobre par Madrid, Barcelone, Milan, Lyon, Lille, Bordeaux et Francfort. Soit plus d'une trentaine de villes au Royaume Uni et en Irlande, et une dizaine ailleurs. L'expansion mondiale plus à l'est devrait suivre rapidement. Pour accompagner cette formidable aventure - car les antennes sont des filiales, pas des franchises -, Deliveroo a levé, en trois tours de table, auprès d'Index Ventures, Greenoaks Capital et autres Accel Partners, quelque 100 millions de dollars de fonds !
Quant à Take Eat Easy, elle a d'abord pris pied à Paris en octobre 2014, a ouvert quasiment dans la foulée Lyon, Lille et Bordeaux, avant de zieuter l'Espagne (Madrid) et l'Angleterre (Londres).
L'une copiant le principe et l'expansion de l'autre ? "Personne n'a copié personne", note Charles Van den Bogaert. Ou plus exactement, tout le monde a copié les Américains." Avec ceci que ce duo n'est pas seul en piste. A Bruxelles, il y a aussi "Resto-in" (ex-Restopresto). En Flandre, il y a "Just eat".
Restos de qualité, de quartier…
Même si Deliveroo refuse de donner le nombre de ses livraisons, son implantation géographique et le nombre de ses restaurants partenaires comme de ses coursiers la positionnent nettement comme leader européen. Rien que sur Londres, elle affiche 1 800 restos et des milliers de coursiers. A Paris, en 6 mois, elle conjugue 330 restaurants et plusieurs centaines de coursiers. A Bruxelles, en 5 semaines, elle aligne déjà 93 restaurants (dont Meet Meat, La Kasbah, Little Tokyo, Mamma Roma, Les Filles, Balls&Glory…) dans quatre zones, Ixelles-Châtelain, Ixelles-Flagey, le Pentagone et Etterbeek-Jourdan. Plus un pool de 64 cyclistes, tous étudiants, tous indépendants. "Et on recrute massivement, ajoute Laurent Stevenart, Head of sales. On en cherche entre 10 et 15 supplémentaires par semaine. Car deux nouvelles zones vont s'ouvrir, Meiser vers Woluwe et le bas d'Uccle." "Pour garantir l'expérience 'sortie de cuisine', il nous faut travailler par zones, reprend Charles Van de Bogaert. Un resto ne livre que dans un rayon de 2,5 km. Ce qui est amplement suffisant en milieu urbain. C'est l'algorithme qui définit la zone en fonction de l'adresse exacte du client. Notre boulot, c'est de la logistique locale." Et du service aux clients, call center dans leurs bureaux en sus.
Mais aussi du commercial. Car la réussite d'une telle plate-forme tient aux restaurateurs (de qualité, de quartier, de spécialités…) qui se prêtent au jeu. Sachant que les plats proposés via Deliveroo sont au même prix que dans leur restaurant et que le site prend, au passage, une (belle) commission de 30 %. "Car la logistique est lourde et que ce sont des plats supplémentaires à ce qu'ils font en salle, explique Laurent Stevenart, sans que leurs frais fixes (personnel, loyer…) augmentent. Il s'agit d'une forme d'optimalisation de l'utilisation de leur cuisine. Libre à eux de gérer ce supplément via leur tablette, en toute flexibilité : en se mettant virtuellement ouvert ou fermé, en supprimant des plats s'il manque des ingrédients… L'important, c'est qu'ils soient heureux." Certains restaurants en ont d'ailleurs profité pour supprimer leur propre service de livraison en mettant tout sur le dos (des livreurs) de Deliveroo.
Mode d'emploi
Chez-vous. Vous vous rendez sur le site www.deliveroo.be ou vous téléchargez, d'ici quelques jours, l'application (iOS). Vous saisissez l'adresse de livraison (chez vous, au bureau…) et la plage horaire de votre choix (tout de suite, dans les 24 heures…). Une liste des établissements situés dans un rayon de 2,5 km et ouverts ce jour-là s'affiche. En cliquant sur celui qui vous intéresse, vous avez accès au menu et pouvez passer commande pour un minimum de 15 euros. Au montant de votre "panier" sont ajoutés 2,50 euros pour la livraison. Vous vous acquittez du paiement et le site vous prévient de l'heure d'arrivée du coursier. Soit, en moyenne, 32 minutes seulement pour dresser votre table.
En cuisine. Dès le paiement effectué, le restaurant reçoit la commande, qu'il prépare et emballe (en 25 minutes généralement, mais selon les plats, cela peut ne prendre qu'un quart d'heure). Si le restaurant est bondé, il suffit au chef de se mettre virtuellement… en congé.
A vélo. Le coursier récupère la commande au resto, la met dans un sac isotherme qu'il glisse dans son sac à dos. En séparant plats chauds et plats froids. Il lui reste 7 minutes pour arriver à destination. En ce compris les… volées d'escaliers s'il y en a. Du vrai porte à porte.

Rocket Internet, l'actionnaire très gourmand de Take Eat Easy
Take Eat Easy, c'est une belle histoire belge dans le secteur de la livraison de repas dans les grandes villes. L'idée ? "Nous nous distinguons dans ce secteur par le fait que nous ne sélectionnons que de bons restaurants, que nous faisons acheminer les plats par des coursiers à vélo ce qui permet en ville d'être les plus rapides, et que, pour ce faire, nous avons développé des algorithmes basés sur les demandes et la géolocalisation des coursiers", nous explique Chloé Roose, cofondatrice de Take Eat Easy. Quelques chiffres ? "Nous disposons aujourd'hui d'une équipe de 1 000 coursiers indépendants et d'un staff de 120 personnes employées. Tout cela visant de grandes villes comme Bruxelles, mais aussi Paris, Lyon, Bordeaux, Madrid et Londres. Dans quelques jours, nous nous lançons aussi à Barcelone". Et tout cela avec quels moyens ? "Des actionnaires nous ont rejoints au cours de deux tours de table de 6 et de 10 millions d'euros."
Un des actionnaires de référence entré au capital de Take Eat Easy n'est autre que l'allemand Rocket Internet, né en 2007, année de lancement de l'iPhone d'Apple, un des vecteurs de la vague de disruption numérique de l'industrie. Ici, on a des financiers au nez creux, capables de sentir les tendances, d'investir au plus tôt dans les start-ups prometteuses avant de suivre les augmentations de capital puis de participer à la cession à de plus grands groupes. L'autre technique est de créer en Europe ce qui démarre en force aux Etats-Unis avant de céder l'activité naissante aux groupes américains qui veulent s'étendre en Europe. Rocket Internet, c'est notamment Zalando, bien connu chez nous, mais c'est aussi des participations dans des start-ups clairement concurrentes de la société belge Take Eat Easy, comme Delivery Hero (2 000 employés) présent à Berlin et dans une quinzaine de pays.
Uber livre des repas à Paris et Barcelone, et bientôt à Bruxelles ?
Travis Kalanick, le fondateur d'Uber, la société de voitures avec chauffeur, a annoncé la couleur. "Dans un monde où la technologie vous permet de commander en cinq minutes une voiture pour faire un trajet, imaginez tous les autres biens et services que l'on pourrait obtenir rapidement et sûrement à l'aide d'une seule touche", expliquait récemment le jeune homme d'affaires californien.
Barrée par la justice pour ses "services de taxi" dans plusieurs villes à travers le monde, Uber n'a pas mis longtemps pour se réorienter vers un autre secteur : celui de la livraison de repas. Le marché est immense et surtout moins régulé que celui des taxis. "Il n'y a aucun problème de législation dans ce secteur", explique Filip Nuytemans, le directeur d'Uber en Belgique. Initié il y a tout juste un an, le service de livraison d'Uber, baptisé UberEats, dessert désormais une dizaine villes aux Etats-Unis. UberEats a également débarqué il y a peu sur le Vieux Continent. A Barcelone tout d'abord, avant Paris il y a moins de trois semaines. "Il n'y a pas de projets à court terme à Bruxelles, mais cela pourrait évidemment venir, poursuit Filip Nuytemans UberEats est un grand succès. Nous avons un menu avec un plat du jour qui rend la livraison beaucoup plus rapide que ce que proposent nos concurrents."
Uber estime ainsi livrer ses clients en moins de dix minutes après la commande d'un repas, dont les prix varient entre 8 et 12 euros en fonction des restaurants. A Paris, le forfait livraison est "entièrement gratuit dans un premier temps", explique la société californienne qui se concentre pour l'instant sur les quartiers d'affaires de la capitale française. Aux Etats-Unis, les frais de livraison sont de 3 dollars (2,6 euros) et assurés par des chauffeurs Uber qui profitent de ces temps morts entre leurs courses de taxis pour livrer les commandes.