Ces patrons qui ont du souffle (1/6): Denis Knoops, CEO de Delhaize Belgique
Aujourd'hui, de plus en plus de patrons pratiquent intensivement un sport. Un moyen pour eux de décompresser face à la charge des responsabilités. Dès ce samedi, "La Libre" vous présente ces patrons qui ne manquent pas de souffle. Premier volet: Denis Knoops, le CEO de Delhaize Belgique.
- Publié le 07-08-2016 à 13h20
- Mis à jour le 11-08-2016 à 09h59

Aujourd'hui, de plus en plus de patrons pratiquent intensivement un sport. Un moyen pour eux de décompresser face à la charge des responsabilités. Dès ce samedi, "La Libre" vous présente ces patrons qui ne manquent pas de souffle. Premier volet: Denis Knoops, le CEO de Delhaize Belgique.
On a plutôt l'habitude de les voir dans les colonnes des pages économiques des journaux en costumes-cravates plutôt qu'en tenues de sport. Mais les patrons, de sociétés petites ou grandes, ont aussi une vie après le boulot. Et dans cette vie extraprofessionnelle, la pratique du sport occupe parfois une part importante.
Dès ce samedi et pendant une semaine, "La Libre" part à la rencontre de ces patrons qui sont aussi des sportifs de premier plan, affichant même parfois des performances impressionnantes pour des non-professionnels. Denis Knoops, patron de Delhaize Belgique (lire ci-contre) et grand amateur de course, ouvre le bal, ce samedi.
Trouver un meilleur équilibre
Une pratique intensive du sport est souvent mise en avant par ces patrons - comme on le lira tout au long de la semaine - comme un moyen de conserver un équilibre et une hygiène de vie mais aussi de mieux résister au stress professionnel et de prendre un certain recul. Mais aussi de renvoyer une image de dynamisme, une valeur évidemment essentielle dès lors que l'on incarne, aux yeux de ses salariés mais aussi du monde extérieur, le visage d'une entreprise. Un goût pour le sport, une volonté de dépassement de soi que ces patrons font aussi percoler dans la culture de leur entreprise, associée parfois à certains événements au travers de politique de sponsoring. L'occasion de fédérer autour de soi les salariés dans le cadre de grands rendez-vous sportifs.
Mais au fait, existe-t-il un lien objectif et démontré entre les aptitudes sportives d'un patron et les performances économiques et financières de son entreprise ?
Un impact sur la performance
Certaines études, réalisées notamment aux Etats-Unis, tendraient à le démontrer. Ainsi une étude américaine, réalisée sur la décennie 2001-2011 auprès de 1 500 entreprises, a démontré une corrélation évidente entre la pratique du marathon par les CEO et la performance de leur entreprise. Et cette étude de conclure que la valeur des entreprises dirigées par des patrons sportifs serait de 8 à 10 % supérieure à celle de boss un peu plus pantouflards.
Des conclusions qui amènent certainement aujourd'hui les conseils d'administration des grandes entreprises à s'intéresser à la condition physique des candidats au poste de CEO. Et sur un CV, avoir fait quelques marathons fait donc son petit effet. N'est-ce pas Monsieur Knoops ?
Des courses à la course, il n'y a qu'un pas
"J'ai couru avec Joan Benoit Samuelson, la première femme à avoir gagné un marathon olympique. C'était aux JO de Los Angeles en 1984 et c'était la première fois que l'épreuve était ouverte aux femmes" , raconte Denis Knoops, CEO de Delhaize pour la Belgique et le Luxembourg. "J'avais des contacts avec elle parce que je travaillais à ce moment-là chez Hannaford" , chaîne de supermarchés que le groupe Delhaize possède aux Etats-Unis et qui sponsorise des courses."C'était une superstar qui avait le côté sage et l'humilité de celle qui a été une grande championne." A l'époque, il habitait à Portland, dans le Maine, au nord de Boston, et il courait, un peu. "Je regrette de ne pas y avoir couru davantage."
Il a beaucoup couru en 2014
Et pourtant, courir, Denis Knoops l'a toujours fait. "Mais derrière un ballon surtout, cela m'amusait plus." Le foot, il l'a pratiqué jusque 40 ans. Sportif dans l'âme, il a aussi fait du tennis, du squash, de la planche à voile, du skateboard, du ski, du snowboard - pour maîtriser la technique, mais il préfère le ski -, il vient de se lancer dans le kitesurf et tente le slackline, un cadeau de ses enfants, alias du funambulisme sur une sangle que l'on tend entre deux arbres, car il aime apprendre, découvrir.
Mais le running s'est au fil du temps imposé. Pratique en voyage d'affaires, la course à pied est possible partout dans le monde. Ou presque : pas évident à Bangkok, par exemple, où il résidait quand il était responsable de l'Asie. "Il fait très chaud et il y a trop de trafic et de pollution."
A tout juste 50 ans, il court deux à quatre fois par semaine "une heure en général, toujours seul, le soir" en fonction de ses horaires. Et le dimanche "en groupe". Il court "toujours dehors et par tous les temps" . Depuis qu'il est rentré en Belgique, en 2006, il n'a manqué qu'une édition des 20 km de Bruxelles. "Comme Delhaize est sponsor, j'y vois pas mal de collaborateurs et il n'y a plus alors un CEO et d'employés mais des coureurs avec un lion Delhaize sur le ventre." Le 29 mai dernier, il était au Cinquantenaire. Son temps : 1 heure et 29 minutes. Le meilleur chrono réalisé par un CEO, paraît-il.
"C'est mon antistress , résume-t-il . Quand je cours, toujours sans musique, je remets mes idées en place. Vous pouvez avoir eu la pire journée, si vous courez, ne fût-ce que 45 minutes, vous prenez une bonne douche et c'est reparti" , confie celui qui a beaucoup couru… en 2014 quand Delhaize a annoncé une sérieuse restructuration et que le patron belge a dû affronter la colère et la tristesse du personnel. Il a davantage couru en 2014 qu'en 2015 quand le groupe a annoncé sa fusion avec le néerlandais Ahold. "Plus je suis confronté à des problèmes, plus je cours , avoue-t-il . Cela me permet d'être en meilleure forme et il est vraiment important d'être en forme pour être patron d'entreprise !"
Trois mêmes principes
Car le business, c'est du sport aussi ! "Après avoir fait quelques marathons, j'ai établi des parallèles entre les deux mondes et en ai tiré trois principes. Un : pas d'excuse. "Je ne cours pas aujourd'hui car il pleut" ou "je n'ai pas atteint le chiffre prévu car un concurrent a réalisé une forte campagne" : les excuses, on ne les accepte pas. Deux : il faut planifier, organiser, structurer dans les deux cas. Trois : il faut se fixer des objectifs qui, parfois, peuvent paraître ambitieux. La joie de les atteindre est assez similaire, comme la tristesse de passer à côté…"
Son premier marathon, il l'a couru à New York en 2007 en 4 heures et 9 minutes. "Je suis arrivé la fleur au fusil, mal préparé. Cela a été très difficile mais j'ai terminé. Même si après, j'ai été au Medical Center… J'avais prévu de le faire en moins de quatre heures. Neuf minutes de trop pour un marathonien, c'est énorme !" , raconte-t-il, encore dépité. Quelques années plus tard, il s'aligne à celui de Berlin, plus rapide et plus plat. Cette fois, il s'est préparé et termine en 3 heures et 38 minutes, "en pleine forme". Son dernier chrono, c'est également à Berlin, l'an dernier : 3 heures et 22 minutes. Et il entend faire mieux - "Pour l'instant, je progresse à chaque fois" - en 2017 au marathon de Boston qui est un des "majors" auxquels il n'a pas encore participé, à l'instar de ceux de Londres et Tokyo.
En attendant, Denis Knoops est à Rio où il a assisté vendredi à la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques et où il va voir "du hockey, un peu de judo et de beach volley" avant de regagner la Belgique et d'y suivre les grands moments de cette édition 2016. Et, c'est dit, en septembre prochain, alors que la fusion commencera à se mettre en place, il courra encore…
Sports pour tous et COIB
Le groupe Delhaize , qui veut être "leader dans l'alimentation saine" , entend aussi se positionner dans des sports accessibles à tous. Il sponsorise donc la gymnastique et des courses à pied (environ une quarantaine par an dont les 20 km de Bruxelles et les 10 miles d'Anvers). Il continue à sponsoriser le hockey, il soutient les Jeux paralympiques et, bien sûr, via l'ex-CEO du groupe, Pierre-Olivier Beckers, Delhaize sponsorise l'équipe belge et le Comité olympique et interfédéral belge dont M. Beckers est toujours président. Delhaize vient d'ailleurs de renouveler son partenariat jusqu'aux JO de Tokyo en 2020.
