Christian Bauweraerts (co-créateur de la Chouffe) : "Il arrivera un jour où la Chouffe se vendra plus que la Duvel. Elle peut même dépasser la Leffe"
Christian Bauweraerts a fondé la brasserie en 1982, revendue à Duvel en 2006. Pour les 40 ans, Chouffe propose une cuvée spéciale, disponible chez des marchands de bière sélectionnés.

- Publié le 16-04-2022 à 08h06

Libre Eco week-end | Face et profil
La belle histoire de la Chouffe a bien failli capoter. Chris Bauweraerts et Pierre Gobron, son futur beau-frère, avaient réalisé en 1980 leur premier brassin dans le garage de la belle-mère à Houffalize, fruit d'un projet né deux ans plus tôt lors d'une virée mémorable. Mais voilà ; l'odeur du brassin a empesté la maison durant toute la semaine, alors que Christian et Pierre étaient repartis chez eux.
"Ma belle-mère n'était pas tellement contente", se souvient Chris Bauweraerts, qui ne sait toutefois plus s'ils ont goûté cette première bière. Un fermier d'Achouffe est présent dans la cuisine de Houffalize. "T'as pas une petite place pour eux ?", lui a-t-elle demandé. "C'est comme cela que nous nous sommes retrouvés dans une petite étable de 10 mètres sur 4 à Achouffe, un patelin totalement inconnu pas très loin de Houffalize". Le fermier, Albert Masson, a eu cette phrase prémonitoire : "Si jamais c'est un succès".
Mais d'où vient le nain ?
Au début, "c'est la débrouille". Chris et Pierre achètent deux chaudrons pour 10 000 francs belges (soit l'équivalent de 250 euros), dont l'un se trouve encore aujourd'hui dans les locaux de la brasserie. Le 27 août 1982, un premier brassin est réalisé. C'est 49 litres, et pas une goutte de plus. "C'est le plus petit brassin jamais enregistré au bureau des accises."
À l'époque, ils ont besoin d'une autorisation pour des raisons fiscales afin de pouvoir réaliser leur brassin. "Le directeur du bureau de Malmedy nous a donné son accord, estimant qu'il fallait donner leur chance à deux jeunes qui entreprenaient un tel projet."
La Chouffe ne serait pas tout à fait la Chouffe sans le nain. "Il y avait eu une tornade à Léglise. Lors de l'émission de solidarité organisée par la RTB, des artistes locaux présentaient leurs œuvres. Quand j'ai vu une aquarelle avec un nain, j'ai dit à ma femme : 'c'est ça qu'il faut sur l'étiquette'".
Puis vient le nom. C'est un collègue de Christian, qui travaille alors chez General Electric, qui lui suggère "Chouffe". Christian est sceptique pendant un jour ou deux. "Puis je me dis que c'est finalement pas mal. Je le propose à Pierre qui me répond directement : 'ça ne veut rien dire'". Le nom sera finalement adopté.
Le verre est un verre à vin. "C'était le verre le moins cher que l'on pouvait trouver et comme nos bouteilles étaient de 75 cl, cela correspondait à la philosophie du vin. Le nom et l'étiquette, c'est important. Ce qu'il y a dans la bouteille doit aussi plaire", poursuit Chris Bauweraerts. "Je ne vais pas prétendre que nous avons fait une bonne bière dès le premier coup", sourit-il. "Nous avons voulu faire la bière la plus neutre possible. Commercialement, il y a plus de potentiel."
Quarante ans plus tard, la Chouffe est commercialisée dans une cinquantaine de pays. "Il arrivera un jour où la Chouffe se vendra plus que la Duvel. Elle peut même dépasser la Leffe. C'est probablement une success story."
Débuts difficiles
Il ne faut toutefois pas oublier que les débuts furent difficiles. Pierre Gobron démissionne fin 1983 de son poste de directeur de production chez le fabricant de crème glacée Mio pour se consacrer à plein temps à la Chouffe. Christian Bauweraerts posera le même geste en 1988. "Au cours des cinq premières années, j'étais content que le salaire de mon épouse, infirmière, tombe sur le compte à la fin du mois."
La bière plaît, s'exporte. D'abord au Québec, à partir de 1988. "Deux Québécois voulaient visiter l'abbaye d'Orval. Ils ont trouvé porte close. C'est comme cela qu'ils sont arrivés ici." Le marché est porteur, mais risqué pour les finances. "Nous devions attendre six mois après la livraison pour être payés." C'est aussi les Pays-Bas, où le néerlandophone Chris Bauweraerts va vanter la Chouffe.
Il y a de nouvelles déclinaisons, comme la Mc Chouffe (1987), dédiée à un collègue écossais gallois de General Electric, Malcolm Robarts.
La production atteint 25 000 hectolitres en 2006, date à laquelle la brasserie est rachetée par Duvel Moortgat. "Je voulais un peu récupérer mes billes." Pierre Gobron s'en va et fonde la brasserie Lupulus, à Gouvy, pas très loin d'Achouffe. Christian Bauweraerts reste conseiller. Il habite toujours dans le coin et s'adonne au modélisme. La brasserie d'Achouffe produit quelque 200 000 hectolitres. À Puurs, Duvel en a aussi produit 100 000 l'année dernière. Et dire que c'était 2 hectolitres il y a 40 ans.
Né au pays de la Duvel
Christian Bauweraerts est né à Willebroeck, à trois kilomètres de la brasserie Duvel. Une bière qu'il apprécie. "Quand je vais au restaurant, c'est ce que je prends", avoue-t-il. "Je dois avoir amené les 4 premiers casiers de Duvel à Houffalize, que j'achetais au dépôt de Laeken." C'était à l'époque où, employé par General Electric, il allait brasser le week-end à Achouffe. Pour les 40 ans, Chouffe propose une cuvée spéciale, disponible chez des marchands de bière sélectionnés. "À boire dès à présent", suggère-t-il, le sourire aux lèvres.
En quelques dates
1952 : Naissance à Willebroek.
1973-1988 : Technicien, spécialisé en transferts de données, chez General Electric.
1988-2006 : Brasseur à temps plein de la Chouffe, qu'il a lancée en 1982.
Depuis 2006 : Conseiller pour la Chouffe chez Duvel Moortgat.
