Marc Coucke, le petit pharmacien devenu milliardaire
L'histoire du golden boy flamand ressemble à un conte de fées. Pourtant, le Gantois a failli perdre toute sa fortune.

- Publié le 29-07-2022 à 10h23
- Mis à jour le 02-09-2022 à 14h29

Marc Coucke n'est pas le plus riche des Belges mais il est sans doute le milliardaire le plus médiatisé. Entre ses farandoles endiablées suite aux victoires de son premier club de football, le KV Ostende, sa mainmise sur la petite ville de Durbuy ou son entrée dans le capital du parc animalier de Pari Daiza, le Gantois fait souvent la Une des journaux, tant au nord qu'au sud du pays.
A cinquante-sept ans, l'homme d'affaires flamand règne sur son empire depuis un château, aussi flamboyant que bling bling, de Merelbeke, dans la banlieue gantoise. C'est ici qu'est installée sa société d'investissement Alychlo, dont les actifs sous gestion avoisineraient le milliard d'euros. Alychlo ? Le début des prénoms de ses deux filles, Alysée et Chloé, qu'il chérit plus que tout au monde." J'ai trois enfants. Nous avons perdu notre premier bébé à la naissance", confiait-il à la VRT récemment.
Le château et son imposante écurie riment avec une histoire digne d'un conte de fées pour le tonitruant quinquagénaire. Tout commence au début des années 80. Après son service militaire, le jeune Coucke se lance dans la vente porte à porte de produits pharmaceutiques. En 1987, il co-fonde l'entreprise Omega Pharma. En deux décennies, le Gantois parvient à faire de cette entreprise belge, une multinationale. Omega Pharma devient leader dans la vente de produits de beauté et de santé.
Des chefs étoilés et la jet-set flamande à Durbuy
Marc Coucke voit grand. C'est aussi un homme de communication. Pour promouvoir davantage sa marque, Omega Pharma devient le sponsor officiel de l'équipe cycliste belge Quick-Step en 2003. Ce sont les premiers pas du Gantois dans le sport. On découvre alors l'autre facette de Marc Coucke, celle d'un homme adepte d'achats passionnels (voire compulsifs, diront certaines mauvaises langues). Il rachète ainsi le club de football KV Ostende, dont il est un grand fan depuis sa petite enfance. Cela lui rappelle aussi des souvenirs : il passait une grande partie de ses vacances dans l'appartement que possédaient ses parents dans la ville côtière. Même passion pour Durbuy, aussi liée à des séjours d'enfance et dont Coucke raffole. L'homme se fait plaisir. Il achète d'abord le parc d'attractions, la petite Merveille, anciennement Durbuy Adventure, puis des restaurants et des hôtels. Il fait venir des chefs étoilés et la jet-set flamande le week-end, y installe des chargeurs sur la petite place de la ville pour sa Tesla et celle de ses amis. Cette arrivée tonitruante ne plaît pas à tout le monde à Durbuy. Certains habitants craignent de voir leur ville transformée en un "Couckeland", une sorte de petit Disneyland.

Mais le Flamand est habile. Il discute avec tout le monde, se met dans les bonnes grâces du bourgmestre et revoit certains de ses projets à la baisse. Car il ne faut pas s'y tromper. Malgré ses achats passionnels, le "Bekend Vlaming", connu pour ses participations aux émissions de téléréalité flamande, est avant tout un véritable homme d'affaires. Il l'a prouvé lors de la vente de sa vie, celle qui a fait son nom et sa fortune.
Retour en 2014. Détenteur à plus de 90 % des parts d'Omega Pharma, l'entrepreneur décide de vendre sa société à Perrigo, un groupe américano-israélien spécialisé dans la pharmaceutique. Sur cette reprise, Marc Coucke réalise une plus-value d'1,45 milliard d'euros. À l'époque, cette vente fait scandale. Et pour cause, l'homme d'affaires ne paie pas un euro d'impôt sur ses plantureux bénéfices. Rien d'illégal, mais l'opinion publique gronde. L'actuel propriétaire du RSC Anderlecht est malin. Il prend la balle au rebond et il annonce qu'il compte réinvestir plus de la moitié de ce montant faramineux dans l'économie belge.
Hôtels, pistes de ski,…. et promesse tenue
Pari tenu jusqu'ici, puisqu'entre les pistes de ski (intérieures), les hôtels de luxe, dont l'iconique "La Réserve" de Knokke, le parc animalier de Pairi Daiza, le club de football d'Anderlecht et d'autres achats dans des secteurs très diversifiés, les montants promis ont été dépassés. "Je reçois plusieurs lettres par jour, nous expliquait Marc Coucke il y a quelques années. Parfois, je les ouvre avec mes filles. Elles proviennent de gens qui veulent que j'investisse dans leur société ou de personnes en détresse financières et qui veulent de l'aide. J'essaie de répondre à un maximum de gens, mais c'est impossible".

Il est rare qu'une semaine se passe sans l'annonce d'un nouvel achat de Coucke. Son dernier coup de cœur ? Un hôtel 5 étoiles à Ibiza. "Nous cherchons à nous diversifier tout en nous focalisant sur des secteurs que nous connaissons bien, expliquait-il au Tijd. Le secteur des loisirs est inscrit dans nos gènes. Notre fil rouge consiste à permettre aux gens de vivre de beaux moments de qualité". Il y a peu de temps, on a toutefois cru que l'empire Coucke allait tomber. Perrigo a ainsi attaqué le Gantois en justice à cause de la vente d'Omega Pharma. Le groupe américain estimait que Coucke et son associé avaient embelli le bilan financier de l'entreprise pour la vendre au prix fort. Les avocats de Perrigo réclamaient près de 2 milliards d'euros à l'entrepreneur pour cette fraude supposée.
"La période la plus imprévisible de ma carrière"
L'été dernier, le quinquagénaire a finalement poussé un ouf de soulagement quand le verdict est tombé : Marc Coucke et le consortium financier autour du fonds d'investissement Waterland n'ont dû verser "que" 266 millions d'euros au géant pharmaceutique américain Perrigo dans le cadre de leur litige sur la reprise d'Omega Pharma. Une somme colossale, mais qui ne met pas en danger l'empire Coucke et permet à l''homme d'affaires d'enfin dormir sur ses deux oreilles. Enfin, pas tout à fait.

Un autre achat donne des insomnies au milliardaire : celui du royal sporting club d'Anderlecht, dont il a repris 70 % des parts en 2017 pour 80 millions. Mais il y a des cadavres dans le placard. En 2021, les anciens propriétaires du club bruxellois sont poursuivis pour des irrégularités présumées lors de la vente du club. Malgré les montants investis par Coucke à Anderlecht, les résultats ne suivent pas. "À court terme, le football est sans aucun doute le secteur le plus risqué, concède-t-il. Mais, en contrepartie, vous avez un impact sociétal important". L'homme avoue traverser actuellement la période "la plus imprévisible" de toute sa carrière.