L'arrivée du 4e opérateur va-t-elle vraiment bousculer le marché et profiter aux consommateurs ?
Le marché belge des télécoms devrait évoluer de manière significative dans les prochaines années. Mais est-ce que les consommateurs verront une différence à leur avantage ?

- Publié le 07-10-2022 à 12h11
- Mis à jour le 09-10-2022 à 02h56

Libre Eco week-end | Le dossier
L'arrivée d'un 4e opérateur grand public a fait couler beaucoup d'encre ces derniers mois. Lors des enchères sur la 5G en juin dernier, on a donc pu découvrir qui voulait endosser le costume du casseur de prix. C'est donc Digi Mobile, la joint-venture entre l'entreprise belge Citymesh et la firme low cost roumaine Digi. Mais l'opérateur qui se lancera en mobile et probablement en fixe également ne devrait lancer une offre commerciale grand public qu'en 2024. " L'impact sur la concurrence et les prix reste encore discutable ", commente Test Achats, qui estime également que " pour ce secteur, cela représente un délai trop important. " Quoi qu'il en soit, la ministre des Télécoms, Petra De Sutter, s'en réjouit déjà. " Plus de concurrence sur le marché des télécoms peut être un des éléments clés pour faire baisser les prix ", affirme-t-elle, optimiste.
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Néanmoins, le rachat de Voo par Orange Belgique, qui devrait bientôt être effectif, consoliderait un marché déjà peu concurrentiel. " C'est une fusion scrutée par les autorités de la concurrence ", avance Axel Desmedt, membre du Conseil de l'IBPT, le régulateur fédéral. " Malgré la concurrence créée, l'acquisition de Voo par Orange est une reconsolidation du marché. Le travail du régulateur et des autorités de la concurrence n'est jamais terminé. Le marché est dynamique, c'est normal. Les entreprises ne sont pas faites pour faire du scoutisme mais maximiser leurs bénéfices. Il n'y a rien d'anormal à ça. Mais le régulateur doit empêcher la création de positions abusives ", précise-t-il. Pour l'arrivée de Digi Mobile, il estime qu'il y aura " probablement une agressivité sur les prix dans les années à venir ", pour autant que ce quatrième opérateur soit un succès, " ce qu'on ne peut jamais garantir ", prévient-il tout de même. Néanmoins, les "sous-marques" (Mobile Vikings, Hey !, Zuny…) plus compétitives font désormais partie du paysage ; "on voit donc une amélioration ces dernières années" , note Axel Desmedt.
Pour lui, l'arrivée de la 5G devrait également influencer le marché. Mobile, d'abord, avec de nouvelles offres, mais également le marché fixe qui pourrait être bousculé par cet internet ultra-haut débit et performant.
Proximus vise-t-il le monopole ?
Autre question que l'on pourrait soulever, c'est celle de savoir si Proximus n'atteindrait pas bientôt une position dominante qui pourrait, in fine, nuire aux consommateurs ? Car l'opérateur s'est lancé dans un plan massif d'investissement pour le réseau fibre et propose de l'ouvrir à ses concurrents, via des partenariats. Mais l'opérateur, dont l'État est l'actionnaire majoritaire, n'en deviendrait-il pas un acteur incontournable ? Pour Axel Desmedt, si Proximus a effectivement changé de stratégie ces dernières années et s'ouvre à des partenariats, il faut préciser que c'était une obligation du régulateur. Quant au potentiel monopole, il se veut rassurant. "Dans l'immédiat, je ne pense pas qu'il y aura un monopole. Fluvius et Telenet souhaitent également investir massivement dans la fibre, au moins en Flandre. Il y a d'autres initiatives à Bruxelles également, avec des partenariats public/privé. Il pourra y avoir néanmoins une situation de monopole dans les zones où ce ne sera pas rentable d'en déployer plusieurs. Mais la régulation veillera à la situation ", commente-t-il.
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Il précise également que la stratégie de Proximus n'est pas anodine. "Ils n'ont pas le choix. S'ils en restent à leur réseau cuivre VDSL, ils vont se faire dépasser, ne serait-ce que par le câble, qui est supérieur au réseau VDSL. Donc Proximus doit passer à la fibre. Ils ont d'ailleurs commencé un peu tard, en 2016, et ont perdu pas mal de parts de marché en Flandre, où Telenet a près de 70 % des parts de marchés", tacle-t-il. "En tant qu'opérateur historique, Proximus a donc perdu énormément de clients à la faveur d'un challenger qui a misé sur un réseau performant. Mais, maintenant, la logique s'inverse un peu et Telenet court après Proximus ", avance-t-il également.
Par ailleurs, l'État, actionnaire majoritaire de l'opérateur, pourrait-il freiner les hausses de tarifs dans un contexte où l'inflation fait déjà mal au portefeuille des consommateurs ? " La réponse est non. Proximus est tenu d'agir comme une entreprise privée et ne peut pas imposer des tarifs inférieurs, subventionnés, sur base d'une injonction de son actionnaire majoritaire ", rétorque l'expert qui ne veut pas donner de faux espoirs aux consommateurs.
