BNP Paribas dévoile son plan "net zéro" dans le cadre de la transition environnementale
La banque française a pris des engagements à l'horizon 2025. Explications d'Antoine Sire, membre du comité exécutif.

- Publié le 08-10-2022 à 16h30
- Mis à jour le 08-10-2022 à 16h31

C'est devenu un lieu commun de constater que la durabilité est un objectif incontournable pour la majorité des grandes entreprises mondiales. Cela fait des années qu'elles en parlent longuement. Pour Antoine Sire, membre du comité exécutif de BNP Paribas et responsable de l'Engagement d'entreprise, le sujet est apparu il y a 10-15 ans. "L'année charnière fut 2015 quand 196 pays ont signé l'Accord de Paris sur la lutte contre le réchauffement climatique. Ce fut un moment très structurant car les États se sont fixés des objectifs et cela dans un langage très lisible pour les entreprises", a-t-il expliqué lors d'une récente rencontre avec des journalistes belges à l'occasion de laquelle il a présenté le premier "Rapport d'analyse et d'alignement pour le climat" du groupe BNP Paribas, permettant de piloter l'alignement de son portefeuille de crédits sur son engagement "net zéro". 2015 fut aussi un tournant, selon lui, dans la mesure où ce fut l'année de la publication des 17 objectifs de développement durable et celle de "l'épisode migratoire" qui rappelle l'urgence des questions sociales et des inégalités.
Engagement net zéro
La première banque européenne, dont du reste l'État belge est le premier actionnaire (avec 7,7 %), ne pouvait pas passer à côté de ce défi qui fait partie intégrante de son plan stratégique 2025. D'où son engagement "net zéro" qui impose certains investissements ou des désinvestissements notamment dans son portefeuille de crédits. "Nous avons pris des engagements à horizon 2025 pour la décarbonation de nos crédits, car l'urgence climatique nécessite de s'organiser et d'agir dans un horizon de temps aussi court, affirme Antoine Sire. Avec notre rapport, nous avons fixé des objectifs de réduction de l'intensité d'émissions carbone financées dans trois premiers secteurs clés : production d'électricité (réduction d'au moins 30 % d'ici 2025), extraction pétrole et gaz et raffinage (réduction d'au moins 10 % d'ici 2025) et automobile (réduction d'au moins 25 % d'ici 2025)."
Gaz de schiste
BNP Paribas s'engage ainsi à réduire les financements à la production de pétrole et de gaz (qui représentent 1,3 % de ses crédits à fin 2021) de 12 % d'ici 2025 par rapport à fin 2020 et à réduire ceux liés au pétrole de 25 % sur la même période.
Pour ce qui est du gaz de schiste, le groupe se dit "précurseur" en ayant pris la décision de cesser de financer, dès 2017, les sociétés spécialisées dans les hydrocarbures non conventionnels. Cela représentait à l'époque une exposition de 4 milliards de dollars de crédits ; en 2022, c'est équivalent à 0.
Le groupe se dit aussi proactif concernant la sortie du charbon : depuis 2020, la banque a décidé de mettre un terme à ses relations commerciales avec la moitié de ses clients producteurs d'électricité, ceux qui ne disposaient pas d'un plan de sortie du charbon (à l'horizon 2030 dans les pays de l'OCDE et à l'horizon 2040 dans le reste du monde). Cet engagement a, par exemple, amené la banque à arrêter les crédits à des compagnies polonaises qui produisent de l'électricité majoritairement à base de charbon. Se mettre dans un scénario de réduction des émissions de gaz à effet de serre demande donc "adaptabilité et pragmatisme pour tenir compte également des exigences inhérentes à l'économie. L'économie ne peut pas être transformée en deux minutes. Notre action est concentrée sur le soutien à l'économie et l'accompagnement de nos clients dans la transition énergétique, en orientant les flux financiers dans la bonne direction et au rythme adéquat pour rendre possible cette transition vers une économie bas carbone."
Il est donc évident que la banque va continuer à financer des entreprises parfois contestées - comme le groupe Total Energies récemment attaqué par les ONG pour sa présence en Russie - mais qui, à ses yeux, s'inscrivent dans cette transition écologique.
"L'important, c'est que nos expertises et nos financements soient dédiés à l'accompagnement de la transition vers une économie bas carbone", conclut Antoine Sire.
