"Le grand débrayage" : cette tendance à en faire le moins possible au boulot
Une chronique signée Roald Sieberath, multi-entrepreneur, coach de start-up et responsable du Forum Transition pour LeanSquare, professeur invité à l'UCLouvain et à l'UNamur
- Publié le 08-10-2022 à 09h06
- Mis à jour le 08-10-2022 à 09h07

Quand j'observe le marché de l'emploi, les offres et les demandes autour de moi, il est difficile de ne pas faire le constat suivant : certains jobs "classiques" peinent à recruter des collaborateurs. Des places autrefois rêvées, qui paient un salaire plus que correct, ne trouvent pas preneur.
Alors que chaque patron souhaiterait des employés "engagés", motivés par leur travail et qui apportent ce "petit plus" si utile pour garder le client, le marché du travail répond plutôt par le quiet quitting, cette tendance qui gagne certains à en faire le strict minimum nécessaire.
Quelle mouche nous a collectivement piqués ? Quelle torpeur s'est abattue sur la population ?
Des études commencent à sortir qui montrent des répercussions à long terme de la crise du covid. Pas seulement par le côté viral mais également par les contraintes et la pression psychologique que la pandémie a exercées sur nos vies…
Ouverture, amabilité,…
Une étude récente s'intéressant aux cinq grands traits de personnalité (Big Five) sur 7 109 personnes a montré relativement peu d'effets en 2020, mais une diminution significative en 2021-22 sur l'ouverture, l'amabilité, l'extroversion, l'esprit consciencieux, et une augmentation du neuroticisme… Ceci est reflété par des témoignages de patrons de PME que je rencontre : les jeunes travailleurs sont nettement plus susceptibles, offensés, réagissent négativement à des demandes légitimes. On dirait qu'une bonne frange de la population travailleuse se met en débrayage, plus ou moins avoué.
Mais le patron de start-up ou de PME, lui, n'a pas trop le choix : il n'a guère le loisir de "débrayer", de laisser quelques jours ou semaine son affaire filer en roue libre… sous peine de crash ou de dommages irréparables.
On connaît bien entendu le revers de ce dévouement : un risque plus grand encore d'un burn-out plus sévère, une fois que ce patron finit par dire "stop". Plus que jamais, il est nécessaire de retrouver son souffle. Celui de l'inspiration qui répond au why, et celui du rythme qui répond à for how long…
