La réforme fiscale a creusé les pertes des clubs de foot belges
Les recettes à 381,5 millions au plus haut lors de la saison 2021-2022 mais aussi des pertes plus élevées, à 156 millions.

- Publié le 27-06-2023 à 17h37
- Mis à jour le 27-06-2023 à 19h00

Quelques chiffres sont encourageants, comme un chiffre d'affaires record à 381,5 millions d'euros, grâce notamment à des droits de retransmissions qui frôlent les 100 millions d'euros – à 99,9 millions d'euros – pour la première fois. D'autres le sont moins, en particulier les pertes enregistrées par les clubs professionnels, à 156 millions d'euros contre 140 millions la saison précédente.
C'est dire si la 6e édition de l'étude de Deloitte et de la Pro League sur l'impact du football professionnel sur la société et donc l'économie belge, apporte à nouveau son lot d'infos. Le foot a ainsi contribué à hauteur de 1,195 milliard d'euros lors de la saison 2021-2022, un montant qui aurait pu être plus élevé si des matchs n'avaient pas encore été joués devant des stades vides pour cause de pandémie.
Reste que le foot, c'est avant tout des joueurs et de gros salaires, à tout le moins dans les 6 clubs les plus huppés (G6), comme Anderlecht, le Standard ou encore Bruges. C'est alors un salaire moyen annuel de 356 000 euros auquel il faut ajouter 30 000 euros d'assurance groupe. C'est donc au total 386 000 euros (-4 %) à comparer avec les 198 000 euros des douze autres clubs de D1A (K12) et les 95 000 euros des équipes de D1B.
Globalement, le poste salaire a augmenté de quelque 22 % par rapport à la saison précédente, notamment en raison d'un nombre de joueurs sous contrat plus élevé. L'augmentation des revenus (+32 %) permet toutefois d'arrondir les angles et d'avoir une masse salariale proportionnellement moins importante, à 71,6 % globalement pour les équipes de D1A et D1B, avec le grand écart entre le G6 (68 %) et la D1B (89 %).

Revenus plus équilibrés
Les revenus ont logiquement retrouvé des couleurs grâce au retour massif des supporters dans les stades : les recettes les jours de matchs sont en hausse de 149 % à 82,8 millions d'euros. Cela reste toutefois bien inférieur aux revenus de la saison 2018-2019 à 99,2 millions d'euros. Signe des temps, la vente des billets n'est plus le poste de rentrées financières le plus élevé, étant supplanté par les droits TV et les revenus commerciaux. "Les clubs sont moins dépendants de la vente des billets, ce qui rend leur modèle d'entreprise plus durable", estime Sam Sluismans, partner chez Deloitte Belgique.
Les clubs de foot belge ne voient pas pour autant la vie en rose. Les équipes pros ont perdu 16 millions d'euros en plus que lors de la saison 2020-21. "Sur ce montant, au moins 14 millions d'euros sont le résultat direct de la réforme fiscale de 2022", souligne l'étude. "Pour de nombreux clubs, la réforme fiscale de 2022 a sans aucun doute été un coup dur sur le plan financier", insiste Sam Sluismans. C'est 9,5 millions d'euros de pertes en moyenne pour les clubs du G6, 5,1 millions pour les équipes du K12 et 5,3 millions en D1B.
Sur le premier semestre 2022, leurs dépenses fiscales ont atteint 117 millions d'euros, en hausse de 21 %, relève encore Deloitte.
Pour corriger le tir financier et améliorer la situation financière, il n'y a pas trente-six solutions. Tout d'abord investir dans les jeunes. "Cela fournit un pipeline de talents que vous pouvez vendre avec beaucoup de plus-values quelques années plus tard". Le revenu net entre transferts sortants et entrants a été de 42,3 millions d'euros lors de la saison 2021-1922, contre 38,1 millions l'année précédente. Les grands championnats étrangers (Angleterre, Espagne, Allemagne, Italie et France) sont d'ailleurs très friands de jeunes talents belges.

Le succès de TikTok
Il y a aussi moyen de mieux optimaliser les revenus, surtout lorsque l'on voit ce que des championnats similaires peuvent réaliser. "Il y a encore pas mal de potentiel", estime Sam Sluismans.
Et puis, il y a encore le changement de format de la compétition. "Chaque club va jouer plus de matchs. Les revenus vont augmenter. Cela va les aider".
Le football, quoi qu'il en soit, ce n'est plus que le stade. "Le foot, c'est un style de vie", estime Lorin Parys, CEO de la Pro League. Si les matchs attirent 3 millions de personnes par saison, il y a désormais près de 12 millions de followers de nos clubs de foot, en hausse de 50 % par rapport à la saison précédente. "Les clubs avaient massivement investi dans les réseaux sociaux lors de la pandémie". Et en cette période de transferts, il y a encore plus de raison de les fréquenter pour les supporters.