Que font les constructeurs avec les batteries usagées des voitures électriques ?
Une fois que les batteries des véhicules électriques rendent l'âme, les constructeurs automobiles tentent de trouver des solutions pour leur donner une seconde vie.

- Publié le 21-12-2023 à 10h48

En Europe, l'essor des véhicules électriques et hybrides rechargeables est incontestable. Cependant, une question cruciale se pose : que font les constructeurs avec les batteries usagées de ces véhicules ? Les règlements en vigueur en Europe obligent les fabricants à recycler ces batteries en fin de vie, et cette mission est souvent confiée à des entreprises spécialisées partenaires.
Le cadre juridique strict de cette pratique est défini par la une directive européenne relative à l'élimination des piles usagées. En outre, fin 2022, l'Union européenne a franchi une nouvelle étape en fixant des objectifs de recyclage obligatoire pour certaines matières premières présentes dans les batteries des voitures électriques. D'ici 2027, 90 % du cobalt et du nickel, ainsi que 50 % du lithium, devront être récupérés, atteignant respectivement 95 % et 80 % en 2031.
Ces mesures visent à réduire l'empreinte carbone de la fabrication des batteries, qui représente la moitié du bilan environnemental de la production d'une voiture électrique. En intégrant des matières premières recyclées dans la fabrication des nouvelles batteries, l'industrie automobile aspire à une production plus durable. L'émergence de cette régulation a incité les constructeurs à repenser la gestion des batteries usagées. Avec une durée de vie d'environ dix ans pour un usage automobile, les batteries conservent encore 70 à 80 % de leur capacité, les rendant aptes à d'autres utilisations.
Les constructeurs européens prennent le pas
Face à cette réalité, les constructeurs se tournent vers des solutions innovantes. BMW, par exemple, utilise des batteries récupérées sur ses anciennes i3 électriques pour stocker l'énergie produite par des éoliennes, contribuant ainsi à la stabilité du réseau public.
De même, Renault a mis en place des "fermes de batteries" pour réguler le réseau sur ses sites de Douai et de Flins. Les batteries usagées trouvent également une seconde vie à une échelle plus petite. Renault fournit des batteries à la start-up allemande Betteries, qui les transforme en systèmes de stockage mobiles utilisables sur des chantiers ou lors d'événements tels que des festivals.
Certains constructeurs explorent des voies plus audacieuses. Volkswagen a lancé un projet pilote sur le marché de l'électricité, avec l'objectif de développer une activité significative et rentable dans le stockage stationnaire de batteries. Audi, de son côté, réutilise des batteries au lithium-ion usagées pour alimenter son réseau de stations de recharge rapide.
Recyclage en boucle chez Toyota ?
En dehors de l'Europe, le constructeur japonais Toyota a récemment annoncé un partenariat d'envergure avec Redwood Materials, une société américaine spécialisée dans le recyclage de composants automobiles. Dirigée par le co-fondateur de Tesla, JB Straubel, Redwood Materials s'est bâti une réputation en collaborant avec des acteurs tels que Tesla, Ford et Panasonic.
Avec cet accord, Toyota ambitionne de créer un écosystème de batteries en boucle fermée, en fabriquant les accumulateurs (comprenez système de stockage) pour ses modèles électriques aux États-Unis plutôt qu'à l'étranger. Redwood se chargera notamment du recyclage des anciennes batteries des modèles électriques et hybrides en fin de vie de Toyota, comme les premières Prius.
En outre, Redwood fournira des matériaux recyclés pour les futures batteries Toyota, avec 20 % de nickel recyclé, 20 % de lithium recyclé et 50 % de cobalt recyclé. Les composants ainsi fabriqués par Redwood alimenteront la production de la prochaine usine de batteries de Toyota, prévue en Caroline du Nord dès 2025, représentant un investissement de 14 milliards de dollars de la part de l'entreprise japonaise.
Des défis à venir
Malgré ces avancées, des défis techniques et économiques subsistent. La rentabilité de la deuxième vie des batteries dépendra de l'évolution des technologies, de la concurrence avec de nouvelles batteries et du strict respect des régulations sur les matériaux recyclés.
Le débat entre la deuxième vie des batteries et le recyclage continuera d'animer le secteur automobile. Certains estiment que la durée prolongée d'utilisation rend la deuxième vie des batteries plus rentable, tandis que d'autres soutiennent que les avancées dans le recyclage pourraient rendre cette option obsolète.
Une chose est sûre : la gestion des batteries usagées représente un enjeu majeur pour l'industrie automobile, tant du point de vue économique qu'écologique.
