Mort mystérieuse d'un lanceur d'alerte, nouveaux incidents et audit inquiétant : Boeing s'enfonce dans la crise
La série noire se poursuit pour l'avionneur américain. Où s'arrêtera la chute de Boeing ?

- Publié le 12-03-2024 à 15h01
- Mis à jour le 12-03-2024 à 16h47

Il ne se passe plus une semaine sans que Boeing ne fasse la Une de l'actualité. De manière négative. Ce lundi, on a ainsi à nouveau frôlé la catastrophe : une cinquantaine de passagers d'un Boeing 787 Dreamliner, faisant route entre Sydney et Auckland et opéré par la compagnie chilienne Latam, ont été blessés après que leur appareil a rapidement perdu de l'altitude au-dessus de la mer de Tasmanie. Plusieurs passagers, qui n'avaient pas bouclé leur ceinture, ont été brutalement propulsés au plafond de l'avion. La situation était chaotique à l'intérieur de l'appareil. L'un des passagers du vol a raconté avoir vu un voyageur projeté au plafond avant de retomber lourdement et de se cogner les côtes sur un accoudoir. "Il était au plafond, sur le dos, et me regardait. C'était comme dans (le film) L'Exorciste", a-t-il expliqué à la radio publique Radio New Zealand.
"Il était au plafond, sur le dos, et me regardait. C'était comme dans (le film) L'Exorciste".
Quatre personnes étaient toujours hospitalisées, mardi matin, et une enquête a été ouverte par les autorités néo-zélandaises. Ce nouvel incident suit un enchaînement impressionnant de couacs impliquant Boeing depuis le début de l'année. Rien que la semaine dernière, un Boeing 777 de la compagnie United Airlines a été contraint à un atterrissage d'urgence à Los Angeles (Californie) après avoir perdu le pneu d'une de ses roues au moment de son décollage depuis San Francisco. Le lendemain, c'était au tour d'un Boeing 737 Max de la même compagnie américaine qui brisait son train d'atterrissage peu après s'être posé sur le tarmac de l'aéroport de Houston (Texas). Ce qui lui a valu de finir sa course en dehors de la piste.
Un audit inquiétant
Et c'est loin d'être fini. Les déboires du constructeur américain se retrouvent aussi loin des pistes. Suite au grave incident de la porte arrachée en plein vol d'un Boeing d'Alaska Airlines, début janvier dernier, le régulateur américain avait lancé un audit sur le processus de production du 737 Max. Les résultats s'avèrent inquiétants,, selon le New York Times de ce mardi. La production de l'appareil a ainsi échoué à 33 des 89 tests menés, selon le journal américain, avec un total de 97 cas de non-conformité présumée. Au début du mois, l'administration fédérale de l'aviation (FAA) a donné 90 jours à Boeing pour présenter un plan visant à résoudre des problèmes de contrôle de la qualité, la FAA exhortant l'entreprise à "s'engager à apporter des améliorations réelles et profondes".
Last but not least, on a appris, via plusieurs médias américains, que John Barnett, un lanceur d'alerte dénonçant les standards de production au sein du constructeur américain, a été retrouvé mort sur le parking de son hôtel, dans le comté de Charleston, en Caroline du Sud. L'homme avait travaillé pendant 32 ans pour Boeing avant de prendre sa pension en 2017. Il avait surtout tiré la sonnette d'alarme, il y a quelques années, au sujet de l'usine du groupe située à North Charleston, en Caroline du Sud, précisément là où les 787 Dreamliners sont assemblés.
Un contexte troublant
Ancien responsable de qualité pour l'avionneur, il avait déclaré à la BBC que des pièces de qualité inférieure étaient utilisées par le groupe afin de ne pas retarder la production. L'assemblage était, selon lui, effectué à la hâte et "dans des conditions dangereuses". Il dénonçait également des anomalies au niveau des masques à oxygène. Le sexagénaire se serait suicidé "à l'aide d'une arme à feu", selon ce qui a été confié à la BBC par le médecin légiste local. Mais la police a tout de même lancé une enquête sur cette affaire. Le contexte est troublant : John Barnett était opposé à Boeing en justice et devait être interrogé à nouveau samedi sur le dossier.
Boeing a, une nouvelle fois, encaissé ces nouveaux coups durs en Bourse. Le titre chutait de 3 % juste avant l'ouverture de Wall Street, ce mardi.
