Vers une situation de monopole sur le marché européen de l'IA ?
Le géant américain Microsoft mise sur l'IA à coups de partenariats, tandis que certains analystes redoutent un marché qui se dirigerait vers une situation de monopole.

- Publié le 27-05-2024 à 09h50
- Mis à jour le 27-05-2024 à 10h34

"The State of The Union". Le nom est classique. Presque banal. Mais c'est celui choisi par l'Institut universitaire européen (EUI) pour se pencher sur l'avenir de l'Europe et aborder des points cruciaux. À une vingtaine de minutes de voiture de Florence, cette université, qui se cache derrière un labyrinthe de cyprès, a tenu plusieurs conférences ces 23 et 24 mai pour faire part des dangers démocratiques liés à l'IA.
Le géant américain Microsoft, un des leaders du secteur, en a profité pour faire le déplacement, et afficher clairement un message: "Il est nécessaire de protéger la démocratie en œuvrant pour un écosystème informationnel sain".
Parier sur l'IA
Pour "protéger la démocratie", le groupe créé par Bill Gates a mis en place une série d'actions pour contrôler les technologies de l'intelligence artificielle. Cet événement est pour lui l'occasion de montrer à la presse et aux curieux venus assister aux conférences comment il s'y prend concrètement.
On doit lutter contre la vidéo, l'audio et les images qui faussent ou modifient l'apparence, la voix ou les actions des candidats politiques, des fonctionnaires électoraux et d'autres intervenants clés."
L'actionnaire principal d'OpenAI (ChatGPT) souligne par exemple la série d'accords et de projets qu'il met en place depuis déjà plusieurs années. Il a en outre signé en février dernier un accord avec d'autres géants de la tech pour lutter contre le contenu IA malveillant. Parmi les signataires de cet accord, on retrouve Amazon, Google, Meta, OpenAI, TikTok ou encore X. L'idée étant entre autres pour ces plateformes de pouvoir identifier du contenu généré par IA et faire preuve de transparence quant à sa gestion. "On doit lutter contre la vidéo, l'audio et les images qui faussent ou modifient l'apparence, la voix ou les actions des candidats politiques, des fonctionnaires électoraux et d'autres intervenants clés (...) pour que les électeurs conservent le droit de choisir qui les gouverne, libérés de ce nouveau type de manipulation basée sur l'IA", explique le géant de la tech.
Aussi, à travers plusieurs interventions d'experts travaillant pour lui, Microsoft élabore longuement sur les projets qu'il met en place pour identifier les campagnes de désinformation et "protéger les élections, les partis politiques, des campagnes et des ONG contre les cybermenaces". On entend par exemple une de ses analystes affirmer que Microsoft se doit d'aider les journalistes et les gouvernements à identifier et réagir face à la désinformation, ou encore que l'entreprise héberge des technologies de l'IA et donc se doit de parvenir à les contrôler habilement.
Questionné, le géant américain ne cache d'ailleurs pas son intérêt débordant pour l'intelligence artificielle. "Microsoft veut faire des investissements importants pour développer les infrastructures et contribuer à l'économie de l'IA", affirme Rima Alaily, qui dirige le groupe Concurrence et réglementation du marché au sein de l'entreprise, précisant que ce choix est motivé par le besoin de "protéger les clients et tous les outils".
Il est impensable d'envisager une économie de l'IA composée d'entreprises lilliputiennes."
Vers un monopole problématique ?
L'intérêt important de Microsoft pour le domaine de l'intelligence artificielle pourrait-il mener à une situation de monopole sur le marché de l'IA ? L'Autorité de la concurrence et des marchés (CMA) britannique a en tout cas amorcé des discussions en lançant une procédure visant le partenariat entre Microsoft et OpenAI, dans le but d'investiguer sur "l'impact que la fusion pourrait avoir sur la concurrence au Royaume-Uni". Mais pour Nicolas Petit, chef du département de droit de l'institut italien et modérateur d'une conférence sur l'IA générative, l'avenir du marché européen de l'IA est très difficile à anticiper.
"L'IA générative exige des investissements irrécupérables énormes pour développer et entraîner les modèles. Cela place un seuil de taille minimale et efficace pour les entreprises, et demande des fonds propres et des capitaux importants", explique l'ancien professeur à l'Université de Liège. "Il est impensable d'envisager une économie de l'IA composée d'entreprises lilliputiennes".
Dès lors, ce seront obligatoirement des grosses entreprises, comme Google ou Microsoft qui pourraient avoir un monopole sur une partie de cette économie. "Certains analystes s'inquiètent du risque qu'une firme emporte tout le marché. Mais il faut noter que l'intelligence artificielle regroupe des centaines de marchés indirectement impliqués", nuance Nicolas Petit. En effet, le marché de l'intelligence artificielle englobe notamment celui des puces (GPU), de la recherche logicielle, de la création de bases de données etc. "On ne sait pas encore sur quels marchés des monopoles pourraient se constituer. De telles préoccupations me semblent précoces et alarmistes", conclut-il.
