La mauvaise nouvelle derrière la percée de l'IA chez Google
L'industrie technologique, déjà pointée du doigt pour son empreinte carbone élevée, voit ses défis environnementaux se multiplier avec l'essor de l'intelligence artificielle. Google illustre bien ce paradoxe.

- Publié le 03-07-2024 à 14h05
- Mis à jour le 03-07-2024 à 15h01

Plusieurs secteurs, dont celui de la tech, sont particulièrement ciblés pour leur forte empreinte carbone. Et l'arrivée progressive de l'intelligence artificielle ne risque pas d'arranger les choses. Google en est un bon exemple. La société californienne, pourtant en quête de neutralité carbone d'ici 2030, voit cette ambition s'éloigner alors que ses émissions ont fameusement grimpé en cinq ans.
Les chiffres sont frappants : selon son dernier rapport annuel, les émissions de carbone de Google ont bondi de 48 % depuis 2019. La principale cause ? Les avancées en intelligence artificielle. Ce n'est pas un cas isolé : en mai dernier, Microsoft rapportait une hausse de 30% de ses émissions en trois ans, un phénomène également lié à l'essor de l'IA.
En 2023, Google a émis 14,3 millions de tonnes de CO₂, soit une augmentation de 13 % par rapport à l'année précédente. Cette tendance s'est maintenue pendant quatre années consécutives, en parallèle de l'intensification des investissements dans l'IA, notamment pour la création et le développement de son robot conversationnel Gemini. Rien que de janvier à mars 2024, le géant de la tech a investi pas moins de 12 milliards de dollars dans cette technologie.
Le problème des data centers
Les données des dernières années témoignent de la difficulté pour Google de réduire son empreinte carbone : 9,7 millions de tonnes de CO₂ en 2019, 8,6 millions de tonnes en 2020, 10,8 millions de tonnes en 2021, 12,6 millions de tonnes en 2022 et finalement 14,3 millions de tonnes l'année dernière.
Malgré cela, Google n'abandonne pas ses objectifs environnementaux. En Belgique par exemple, l'entreprise américaine a signé ce mardi un contrat d'électricité renouvelable avec Engie. Ces accords comprennent la production de quatre nouveaux parcs éoliens terrestres développés par Engie, totalisant 26 MW, ainsi que la prolongation de huit ans d'un contrat existant pour un parc éolien de 92 MW. Au total, ces contrats représenteront environ 3,7 TWh d'énergie décarbonée.
L'entreprise soutient également que ses data centers sont en moyenne 1,8 fois plus efficaces en énergie que les centres traditionnels et qu'ils fournissent presque quatre fois plus de puissance de calcul qu'il y a cinq ans avec la même quantité d'énergie. Cependant, même avec ces améliorations, la consommation énergétique reste un problème. Selon Bloomberg, dans certaines régions comme l'Irlande ou l'Arabie saoudite, la demande d'électricité des data centers pourrait bientôt dépasser la capacité de production nationale.
Les entreprises technologiques, y compris Google, mettent en avant le potentiel de l'IA pour réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre de 5 à 1% d'ici 2035. Toutefois, cette vision optimiste est contrebalancée par la réalité : l'IA est extrêmement gourmande en ressources (l'électricité pour faire tourner les machines et l'eau pour refroidir, Ndlr.). Les data centers nécessaires à l'entraînement des modèles d'IA consomment énormément d'électricité et d'eau pour le refroidissement des installations. Pour pallier ces difficultés, Google, ainsi que d'autres géants comme Microsoft, Meta et Amazon, achètent des crédits d'énergie renouvelable (REC) aux États-Unis. Cette pratique, bien qu'améliorant leur bilan carbone, ne suffit pourtant pas à garantir l'atteinte de la neutralité carbone en 2030.
L'impact de l'intelligence artificielle sur l'environnement est donc un paradoxe : bien qu'elle offre des promesses pour réduire les émissions de carbone à long terme, son développement actuel exacerbe les problèmes énergétiques. Les géants de la tech vont devoir non seulement innover pour améliorer l'efficacité de leurs technologies, mais aussi trouver des moyens plus durables de les alimenter.
