113 ans de prison et une évasion à 86 ans: l'histoire rocambolesque de l'arnaqueur qui a vendu le Taj Mahal
Tout au long de sa carrière d'escroc, Natwarlal aura écopé de 113 ans de prison, mais n'en aura purgé que 20. Entre évasions et arnaques de grande ampleur, voici le récit de ses "exploits".

- Publié le 08-07-2024 à 14h29
- Mis à jour le 15-07-2024 à 18h16

EcoStory | Les grandes arnaques
Mithilesh, connu sous le nom de Natwarlal, est devenu une légende en Inde après avoir eu une "carrière" impressionnante dans l'escroquerie. Celle-ci lui a notamment permis de "vendre" à trois reprises l'attraction touristique phare du pays, célèbre mausolée pluricentenaire et joyau de l'architecture moghole : le Taj Mahal.
Une légende
"Natwarlal peut être désigné comme une légende", affirme l'auteure Elizabeth Dutton dans le podcast Ridiculous Crime d'iHeartRadio dédié à Natwarlal. Au sommet de sa "carrière", cet escroc et baratineur est parvenu à se faire passer pour un responsable de l'Etat afin de vendre à de riches étrangers des monuments historiques indiens. Le Taj Mahal aurait ainsi été vendu près de trois fois. Le symbole de l'indépendance de l'Inde, le Fort rouge de Delhi, a également été vendu deux fois, tout comme le Palais du président en personne. Natwarlal aurait également vendu le Parlement indien, en incluant la vente des services des parlementaires !


Les méfaits de Natwarlal, de son vrai nom Mithilesh Kumar Srivastava, sont ainsi très cultes en Inde. Si bien qu'ils ont été romancés pour faire l'objet de plusieurs films.
Mais sa vie suscite encore aujourd'hui quelques débats. Certains affirment que Mithilesh a inventé des histoires pour amplifier sa "carrière" d'escroc, alors que d'autres défendent leur véracité. Pour déceler le vrai du faux, il faut se baser sur les arnaques pour lesquelles Mithilesh a effectivement été condamné (ou faillit être condamné).
Sa première arnaque
La première arnaque montée par Mithilesh date de sa jeune adolescence. Il l'a mise en place dans son village natal, Bangra. Au début du siècle dernier, le jeune Mithilesh est considéré comme un adolescent bien élevé et très joueur. Il aime jouer aux échecs, au football… Mais n'est pas très assidu à l'école. Ce fils de riche propriétaire foncier, aîné de sa fratrie, est poussé depuis son jeune âge par son père pour commencer des études, et y exceller. Son père est sévère, presque intimidant.
Un jour, un voisin du quartier de Mithilesh lui demande un service. Le jeune adolescent de "bonne famille" est amené à déposer des chèques à la banque pour ce dernier. "Il regarde les chèques, découvre la signature de son voisin et se dit : mais c'est trop facile à imiter", raconte Elizabeth Dutton. "Il imite la signature et se prête rapidement au jeu, commençant à retirer de l'argent du compte de son voisin pour son propre usage." Le voisin est dupe, et Mithilesh parvient à retirer pour son compte plus de 1 000 roupies (équivalent à 11,05 euros en valeur actuelle, hors prise en compte de l'inflation). Une sacrée somme pour l'époque.
Le tuteur malveillant
Sa première arnaque force Mithilesh à quitter sa ville natale. Menacé d'être poursuivi par son voisin lorsque ce dernier découvre ses méfaits, le jeune garçon part vivre à Calcutta. Il y débute ses études en droit et y rencontre un riche homme d'affaires local. Mithilesh arrive, à l'aide de fausses recommandations de parents satisfaits, à lui faire croire qu'il est un très bon tuteur. Le riche homme d'affaires l'embauche. Mais lorsque Mithilesh lui demande d'acheter des livres de mathématique pour ses enfants, le père refuse. Mithilesh se vexe, démissionne, et jure de se venger.
S'il est parvenu à se faire embaucher comme tuteur sans expérience, Mithilesh se dit qu'il peut aussi bien devenir le directeur de l'école des enfants de son ex-patron. Aidé de beaux discours, de fausses recommandations et très certainement d'un faux diplôme, il parvient effectivement à obtenir cet emploi. Ce nouveau statut intimide son ex-patron, qui le supplie finalement de reprendre son ancien emploi de tuteur, avec un salaire revu à la hausse. Mithilesh accepte, "mais ce n'était que la première partie de son plan ingénieux", précise Elizabeth Dutton.
Cette année 1937, le jeune homme d'une vingtaine d'années est de nouveau tuteur. Il amadoue son employeur, et parvient à le convaincre de faire affaire avec un de ses cousins. L'idée est d'acheter à ce cousin (qui n'existe en fait pas) pour 450 000 roupies (près de 5 000 euros actuels hors inflation) de vêtements sur le marché noir. À ce moment, l'Inde est à l'aube de la famine du Bengale de 1943, la région est touchée par une pénurie sévère de vêtements. Il y a donc pas mal d'argent à se faire grâce à cette proposition. Le riche homme d'affaires et employeur accepte donc l'offre de Mithilesh sous une condition : un de ses collaborateurs, son agent, accompagnera Mithilesh pour toute la transaction et sera chargé de garder l'argent.
Pendant le voyage, Mithilesh raconte à l'agent à quel point les forces policières de Bombay sont impitoyables, et n'hésiteraient pas à envoyer six pieds sous terre les étrangers qui oseraient marcher sur leurs platebandes."
Mithilesh est donc envoyé à Bombay avec cet agent, qui lui prend soin des 450 000 roupies en cash. "Pendant le voyage, Mithilesh raconte à l'agent à quel point les forces policières de Bombay sont impitoyables, et n'hésiteraient pas à envoyer six pieds sous terre les étrangers qui oseraient marcher sur leurs platebandes", raconte le journal India Today. Ces baratins bien huilés effraient l'agent, qui donne tout le cash à Mithilesh pour qu'il aille lui-même finaliser la transaction. Mais ce dernier, 450 000 roupies en poche, ne se rend pas au point de rendez-vous, qui n'a évidemment jamais existé.
Il part pour son village natal, et donne 100 000 roupies à son père en lui assurant qu'il est devenu un actionnaire important dans une grosse entreprise. Il est considéré comme un "Robin des Bois" par son village, dans lequel il donne gracieusement et à plusieurs reprises une part de son butin aux habitants.
Près de 80 ans d'escroquerie
Après ce très gros coup, Mithilesh passe un certain temps sous les verrous. Il enchaîne alors les arnaques, utilisant des dizaines de fausses identités pour frauder des institutions financières et des familles riches de son pays. Parmi ses méfaits avérés, il a volé près de 9 tonnes de fer, arnaqué des centaines de commerçants, bijoutiers, banquiers et étrangers, utilisant plus de cinquante déguisements et personnages différents. Durant toute sa vie d'escroc, il écope de différentes peines de prison mais parvient souvent à s'évader et ne cesse pas ses activités illicites. En tout, il aura été condamné à 113 ans de prison au cours de sa vie, mais n'en aura purgé que 20.
La dernière fois que Mithilesh est arrêté, c'est en 1996 à l'âge de 84 ans. Malgré son vieil âge et son utilisation d'un fauteuil roulant, il réussit à s'échapper à nouveau de sa prison. Il se dit même qu'il aurait simulé sa propre mort. Le frère de Mithilesh affirme en effet l'avoir incinéré en 1996, l'année de sa dernière évasion.
Pourtant, en 2009, son avocat demande l'abandon de plus de cent accusations en instance contre lui, affirmant que Mithilesh est décédé... le 25 juillet 2009. Deux dates qui ne correspondent pas.
Le mystère plane donc sur la date exacte de sa mort, comme sur la véracité de tous ses méfaits. Mais Mithilesh n'est reste pas moins une légende incontournable en Inde.