Après l'Allemagne, Wero, le système de paiement mobile "made in Europe", débarque en Belgique. Objectif : concurrencer les géants américains
Ce nouveau système de paiement a l'ambition de devenir le système de paiement de référence pour les dépenses quotidiennes des Européens. Les quatre grandes banques en Belgique vont l'intégrer dans leurs applications mobiles. Des plus petites banques du pays devraient suivre.

- Publié le 02-08-2024 à 07h59

Faciliter les transferts financiers par téléphone mobile et s'imposer comme un système de paiement "made in Europe" pour les dépenses quotidiennes. Telle est l'ambition de Wero. Conçu en 2020, à l'initiative de 14 banques européennes et deux acteurs de paiement, ce nouveau système de paiement mobile s'adresse prioritairement aux consommateurs, indépendants et commerçants du Vieux continent. Et entend s'afficher comme un concurrent européen aux géants américains (Visa, Mastercard…) qui dominent le marché.
La particularité de ce système de paiement ? Ses utilisateurs n'ont besoin ni d'une carte bancaire, ni d'un numéro de compte ou d'un IBAN. Un simple numéro de téléphone – qui sera associé automatiquement au compte IBAN via Wero – ou un QR code généré par l'application suffit pour assurer le transfert de l'argent en temps réel, en moins de dix secondes. À ce stade, les transactions se font donc, entre particuliers ou vers les professionnels (NdlR : solution "peer to peer" et "peer to pro" pour payer par exemple les prestations de médecins, de jardiniers etc.), de téléphone mobile à téléphone mobile. Mais dès l'an prochain, de nouvelles fonctionnalités de Wero verront le jour permettant en 2025 d'effectuer des transactions sur des plateformes d'e-commerce et l'année suivante dans des magasins physiques.
La Belgique en première ligne
Derrière Wero, on retrouve la société European Payments Initiative (EPI) qui a développé cette nouvelle technologie de paiement instantané. "Au total, ce sont 14 banques européennes situées en France, en Belgique, en Allemagne et aux Pays-Bas qui figurent dans l'actionnariat d'EPI et ont mis de l'argent sur la table. Toutes les fonctionnalités de Wero sont intégrées dans un portefeuille numérique, qui sera soit intégré dans l'application mobile bancaire de votre banque ou sera accessible, selon le choix du client, via une application indépendante comme l'App de Payconiq by Bancontact", explique Ralf Hamal, Country Relationship Management Lead de Wero pour la Belgique et le Luxembourg.
C'est en Allemagne que la technologie Wero a été lancée en premier lieu, où elle est accessible aux clients des caisses d'épargne et des banques populaires. Mais la Belgique suit rapidement. "Les quatre grandes banques – BNP Paribas Fortis, ING, Belfius et KBC – vont l'intégrer dans leurs applications mobiles. Elles ont toutes démarré le projet d'implémentation de cette application", note encore notre interlocuteur. L'application Wero est ainsi déjà opérationnelle pour les clients de CBC et KBC met maintenant cette solution en œuvre auprès de ses clients. "Les autres grandes banques suivront en septembre, en octobre et novembre. Vers la fin de l'année, les clients de ces grandes banques auront accès à la technologie Wero". Et d'autres banques, plus petites, suivront : "Nous sommes ouverts aux petites banques. Commencer par les quatre grandes banques était nécessaire pour atteindre une masse critique car nous toucherons 80 % de la population belge. Nous sommes déjà en contact avec Crelan, Argenta, Bank van Breda, VDK, Nagelmackers et Beobank,… pour les faire monter à bord. On espère pouvoir les intégrer dans la technologie Wero dans le courant de 2025".
Pas de coût pour le particulier
Et quid de la tarification ? "Pour les utilisateurs, l'utilisation de Wero sera gratuite, qu'elle soit utilisée via l'application mobile bancaire de la banque du client ou via une application indépendante", rajoute encore Ralf Hamal. EPI s'est appuyé sur une tarification dans le marché qui se base autour d'une transaction classique de carte de débit aujourd'hui.
Wero permettra l'accès à tous les types de transactions, y compris les paiements récurrents (abonnements/versements) et les paiements en retard (paiement à la livraison), avec des prix "plus intéressants que la plupart des solutions de paiement internationales" et "une intégration unique dans les systèmes et services du commerçant". Comme Wero est basé sur les paiements instantanés, "les commerçants recevront également leurs fonds plus rapidement".
Notre ambition est d'occuper une bonne part de marché et devenir la solution de paiement de référence pour les Européens et les commerçants européens."
Avec Wero, EPI, dont les bureaux sont basés à Bruxelles et qui est contrôlé chez nous par la Banque Nationale de Belgique, estime disposer d'une technologie lui permettant de voir grand. "Nous voulons atteindre 80 % des consommateurs dans chaque pays où nous nous lançons. En Belgique et en France, nous réalisons un lancement quasi simultané. Le 2 juillet, nous avons lancé l'Allemagne où, en quelques jours, nous avons déjà dépassé 1 million d'euros en volume de transactions entre particuliers et où environ 100 000 portefeuilles numériques ont été créés. Nous n'y avons rencontré aucun problème technique. Maintenant, c'est au tour de la Belgique début août, puis ce sera la France (BNP Paribas, Crédit Agricole, Société Générale, Crédit Mutuel,…) en septembre et octobre", explique encore Ralf Hamal. Et à terme, les Pays-Bas et le Luxembourg devraient suivre, de même que d'autres pays, prioritairement en Europe de l'est. Avec l'espoir de détrôner un jour les géants américains Visa et Mastercard ? "Nous pensons avoir une proposition très compétitive face à ces acteurs. Notre ambition est d'occuper une bonne part de marché et devenir la solution de paiement de référence pour les Européens et les commerçants européens", poursuit-il encore.
Des débuts assez difficiles
Le projet Wero avait pourtant connu des débuts assez difficiles. "Ce projet a, en réalité, été redémarré en 2020. En 2018, il avait été lancé une première fois, en y associant des banques en Espagne. Mais le périmètre était beaucoup plus large car l'idée alors était aussi de lancer une carte bancaire physique, des solutions connectées et non connectées. C'était trop vaste. Le consortium des petites banques en Espagne s'est alors retiré du projet. Et depuis le redémarrage, nous nous sommes orientés vers une solution de portefeuille digital, dématérialisé et accessible sur mobile."
Les cinq pays où nous serons rapidement présents représentent déjà 60 à 65 % du chiffre d'affaires de l'e-commerce en Europe. On va voir dans le futur comment connecter le plus de banques possibles."
Wero entend aussi répondre à un enjeu de souveraineté financière dans les transactions de paiement. "Regardez la croissance dans le monde de l'e-commerce : c'est un secteur en pleine évolution avec une croissance de 30 à 40 % en quelques années. Les revenus liés aux transactions de paiement sont aujourd'hui essentiellement captés par les sociétés de paiement américaines. Économiquement, cela a du sens que les acteurs européens prennent l'initiative et décident de mettre en place une solution européenne. Les cinq pays où nous serons rapidement présents représentent déjà 60 à 65 % du chiffre d'affaires de l'e-commerce en Europe. On va voir dans le futur comment connecter le plus de banques possibles", rajoute Ralf Hamal.
Précisons enfin que la technologie entend rester dans la sphère des besoins liés aux dépenses quotidiennes des particuliers, commerçants ou indépendants. Pas question d'aborder le marché des solutions de paiement pour les transactions entre grandes entreprises, où des technologies comme Swift existent.
