Detry a fait d'Aubel une marque pour vendre ses charcuteries : "C'est plus qu'une localisation géographique, c'est un ancrage familial"
L'histoire d'amour entre l'entreprise et sa commune remonte à plus de 60 ans. Et la marque "Aubel" s'est imposée comme une évidence pour commercialiser ses produits.

- Publié le 05-08-2024 à 11h50
Une commune, une entreprise (2/6) |
Entre la société Detry et la commune d'Aubel, l'histoire d'amour remonte à longtemps, comme le raconte Frédéric Detry, administrateur délégué de l'entreprise spécialisée dans les produits de charcuterie. "Les débuts de l'entreprise ont commencé à Dolhain, dans un petit atelier de fabrication de charcuterie. Par la suite, l'entreprise s'est installée à Aubel et a repris la gestion de l'abattoir communal porcin, en 1963. Ce sont nos premiers liens avec la commune. Mon grand-père a ensuite acheté un terrain qui était en vente à Aubel. Il y a construit la maison dans laquelle j'ai vécu et grandi avec mes parents pendant de nombreuses années. La maison est toujours présente et aujourd'hui aménagée en bureaux et locaux de recherche et développement de l'entreprise. Mon papa, Henri, et ses frères, Thomas, Nestor et Edouard, ont eu le projet d'élargir l'activité à la découpe de viandes porcines pour, ensuite, se spécialiser dans la fabrication et la commercialisation de produits de charcuterie".
350 personnes en "haute saison"
Plus de 60 ans plus tard, Detry Food Group et son usine trônent toujours sur les hauteurs d'Aubel, une commune de 4 200 âmes située à l'est de la province de Liège. L'entreprise compte, en fait, trois unités de production – avec les sites Bel'Ardenne à Bastogne et Polca à Izegem –, mais c'est le bien site d'Aubel qui est le plus grand en taille, avec 250 personnes qui y travaillent toute l'année, rejointes par du personnel saisonnier (jusqu'à une centaine de personnes) en période de haute saison (la fin d'année, principalement).
Sur son site aubelois, Detry produit 189 tonnes de charcuterie – jambon, pâté, boudin, saucisson… – par semaine, pour 330 tonnes par semaine au total pour les trois sites. Cette gamme de charcuterie est vendue notamment sous la marque Aubel. "Le nom de notre marque 'Aubel' montre cette volonté et cette fierté de faire partie du fleuron agro-alimentaire belge qu'est le Pays d'Aubel", souligne le patron de l'entreprise.

"En fait, la marque Aubel a été créée en 1998 quand, à côté du service en boucherie, on a vu se développer le libre-service dans les magasins. C'est à partir de ce moment-là que nous avons commencé à commercialiser des produits tranchés, emballés et directement vendus aux consommateurs. Une réflexion a alors eu lieu autour de la marque utilisée pour la commercialisation de tous les produits vendus directement aux consommateurs. Et le nom d'Aubel s'est imposé comme une évidence", explique Terry Clerfays, responsable marketing de Detry. "Aubel, c'est plus qu'une localisation géographique, c'est un ancrage familial, qui a été confirmé par la seconde génération de la famille. Au moment de choisir une marque, l'entreprise s'est vite rendu compte que ses racines et ses valeurs étaient inscrites dans ce village. Porter son nom s'est donc vite imposé, d'autant qu'il renvoie à la qualité reconnue du secteur agro-alimentaire local", renchérit Jessica Laenen, chargée de communication externe de Detry Food Group.
Les mousquetaires de l'agro-alimentaire
La commune d'Aubel abrite en effet deux autres fleurons du secteur, connus à travers toute la Belgique : la cidrerie Stassen – fondée en 1895, l'entreprise a été rachetée en 2012 par Heineken et fusionnée en 2019 avec Alken-Maes – ; et la siroperie Meurens, née en 1902 et toujours familiale. Ensemble, les dirigeants de l'époque de ces trois sociétés ont d'ailleurs fondé, en 1986, l'ASBL "Pays d'Aubel". Ils ont amusé alors la Belgique avec une ritournelle ("C'est la fête au pays d'Aubel, tous les produits sont naturels") qui est restée dans la tête de certains.
"Ces trois entreprises, je les appelle nos trois mousquetaires, sourit Benoît Dorthu, échevin à la commune d'Aubel, où il est notamment en charge de l'agro-alimentaire, à côté du budget et des finances. Elles contribuent à ce qu'il n'y ait quasiment pas de chômage à Aubel (75 % du personnel employé chez Detry habite dans un rayon de 20 kilomètres, NdlR). Et la région compte aussi de nombreux autres fleurons, comme le groupe Jean Gotta (un des leaders belges de production de viande de bœuf), la brasserie de l'Abbaye du Val-Dieu et de nombreuses PME très actives dans différents secteurs. La valeur du travail est quelque chose qui est bien ancré dans la population. Et Aubel peut s'appuyer sur un tissu entrepreneurial très vivace. On ressent une forme d'émulation qui règne plus globalement au Pays d'Aubel, comme sur le Plateau de Herve voisin".
36 % de sa production est exportée
Aujourd'hui, Detry s'est totalement recentré sur la fabrication de produits de charcuterie après la vente, en 2011, de son département "abattage et découpe" au groupe flamand Westvlees. Le groupe exporte 36 % de sa production en restant l'un des grands noms de son secteur en Belgique, dans un domaine où il est en concurrence avec des marques comme Aoste, Herta ou Marcassou.

Du côté de la commune, on se réjouit en tout cas de la qualité des relations nouées au fil du temps avec l'entreprise – qui a rejoint le groupe français Alliance fin 2023, tout en gardant son autonomie opérationnelle. "Nous avons la chance d'être dans un petit village, où habite Frédéric Detry. Nous avons donc l'occasion de nous voir de manière très informelle, tout au long de l'année, précise Benoît Dorthu. Nos relations sont optimales. Notamment parce que, bien avant l'heure, l'entreprise Detry a démontré qu'elle avait une conscience sociétale et environnementale développée. Être en bonne entente avec les voisins, les riverains et la commune contribue à l'acceptation générale de son activité". Certes, cela ne veut pas dire qu'il n'y a jamais de problème. Mais si ceux-ci surgissent – relatifs au bruit, à la circulation du charroi, par exemple –, "ils sont gérés avec la volonté, chez Detry, d'être dans une forme de partenariat avec la commune", ajoute l'échevin. Ce "partenariat" s'est d'ailleurs concrétisé par la contribution de l'entreprise, ainsi que celle d'autres acteurs de l'agro-alimentaire, à la création de la station d'épuration, gérée sous forme de coopérative et baptisée Epur'aubel, en 1996.
L'histoire d'amour entre la commune et sa plus grande entreprise ne semble pas près de prendre fin…
Série d'été : une commune, une entreprise
Rien que par leur nom, certaines entreprises sont immédiatement associées à une commune ou à une ville. C'est le cas de Spadel pour Spa ou la Raffinerie tirlemontoise pour Tirlemont. D'autres le sont aussi, mais sans qu'on le sache forcément. C'est le cas notamment du groupe pharmaceutique international GSK pour Rixensart ou Materne à Floreffe. La Libre Eco a choisi six entreprises fortement implantées dans une localité du pays pour découvrir leur histoire depuis leur implantation, chercher à savoir s'il y a des interactions avec la commune et ses habitants, s'il y a eu des nuisances à résoudre ou des compensations pour rendre la cohabitation plus agréable.
- Dimanche 4 août : Materne à Floreffe
- Lundi 5 août : Detry à Aubel
- Mardi 6 août : Spadel à Spa
- Mercredi 7 août : Raffinerie tirlemontoise à Tirlemont
- Jeudi 8 août : GSK à Rixensart
- Vendredi 9 août : Viangro à Anderlecht