La Raffinerie Tirlemontoise s'apprête à fournir… de l'eau potable aux Tirlemontois
Série d'été | Le producteur de sucre, qui génère plus de 6 000 emplois directs et indirects, s'est associé avec la ville de Tirlemont pour le projet ambitieux "Tiense Watervelden" qui devrait se concrétiser d'ici quelques années.

- Publié le 07-08-2024 à 09h35
- Mis à jour le 07-08-2024 à 12h22

Une commune, une entreprise (4/6) |
En arrivant à Tirlemont, on ne voit que cette grande tour de 60 mètres de haut. Construite il y a une dizaine d'années et à la pointe des dernières technologies, elle est le point névralgique de l'usine de la Raffinerie Tirlemontoise. Là où des milliers de tonnes de betteraves venant des champs avoisinants sont transformées en sucre.
Ce n'est évidemment pas un hasard si la Raffinerie s'est implantée en 1836 dans cette ville du Brabant flamand. Dans un périmètre de 50 km, on y trouve parmi les meilleures terres à betteraves d'Europe. Elles sont situées dans la "banane qui part de l'Angleterre et va jusqu'en Pologne", nous explique, carte à l'appui, le CEO Jan Ingels. Même si elle a été rachetée en 1989 par le groupe allemand Südzucker, l'entreprise reste logiquement très imbriquée dans l'économie locale.
"Nous travaillons avec 3 800 fermiers indépendants", poursuit Jan Ingels. Ce qu'on sait moins c'est que les familles belges Ullens de Schooten et Wittouck ont vendu leurs parts aux Allemands, une poignée d'agriculteurs sont, eux, restés actionnaires à concurrence de quelques pourcents.
Au total, 350 personnes, dont 65 habitants de Tirlemont, travaillent sur le site auxquels s'ajoutent une cinquantaine de collaborateurs externes pendant la campagne betteravière. "Plus de 6 000 emplois sont directement ou indirectement liés à la Raffinerie Tirlemontoise", poursuit le CEO. Certains collaborateurs viennent de la Wallonie toute proche, mais ils sont trop peu nombreux aux yeux de Jan Ingels. "On cherche à engager 25 personnes. Mais ce n'est pas facile d'attirer des habitants de Jodoigne ou de Hannut. Il y a la frontière de la langue", regrette-t-il.
700 à 800 camions par jour
Pour se faire accepter par les habitants de la ville, un des grands défis de l'entreprise consiste à minimiser les nuisances sonores ou olfactives, celles-ci émanant notamment des bassins de décantation. Pendant la haute saison, de septembre à janvier, ce ne sont pas moins de 700 à 800 camions qui entrent et sortent de l'usine tous les jours. Le nettoyage des betteraves sur les champs a réduit de 10 % le nombre de trajets. "Il y a plus de 35 ans, les camions arrivaient par les petites rues. Ce n'est plus le cas depuis longtemps. Des grands travaux de transformation ont été lancés en 2011 sur le site. Un emballage a été placé en 2016 autour de la sucrerie pour atténuer le bruit. Chacun de nos investissements fait l'objet de discussions avec la commune et sont toujours alignés avec elle", souligne le CEO.
En cas de problèmes, par exemple quand il y a eu des nuisances olfactives, on a toujours veillé à trouver ensemble une solution".
Même écho du côté de la bourgmestre CD&V, Katrien Partyka. "L'entreprise accorde une grande attention aux demandes des résidents locaux. J'ai des contacts presque hebdomadaires avec la direction. J'aime prendre le pouls de nos entreprises", nous explique-t-elle. Tout en rappelant que l'entreprise a été "d'une grande aide" au moment de la crise du Covid-19 en réorientant une partie de la production de sucre vers celle de gels alcoolisés. Quand on lui demande, s'il y a eu des conflits dans le passé, elle juge "l'expression erronée". "En cas de problèmes, par exemple quand il y a eu des nuisances olfactives, on a toujours veillé à trouver ensemble une solution".
Centre de loisirs de 70 hectares
Preuve de cette bonne entente, ils se sont lancés ensemble dans le projet ambitieux "Tiense Watervelden" qui, en plus de transformer l'eau de la betterave en eau potable – il faut savoir qu'une betterave est constituée d'eau à 75 % et à 17 % de sucre – donnera naissance à un centre de loisirs sur un site de plus de 70 hectares situé entre Jodoigne et Tirlemont. "C'est une idée qui a été lancée par la Raffinerie Tirlemontoise. On s'est demandé où on pouvait installer des grands bassins. Ce qui nous a amenés à en discuter avec la ville" , poursuit le CEO. En plus de Water Group, la province, la Région mais aussi l'association agricole Boerenbond, Fevia (fédération agroalimentaire) et la fédération patronale flamande Voka sont impliqués par la transformation de ce site. "La ville a acquis le terrain par l'intermédiaire de la Défense. Des demandes de subsides au niveau flamand et européen sont en cours. Il s'agit d'un projet ambitieux axé sur la durabilité et l'utilisation optimale des ressources locales", souligne Katrien Partyka.
D'ici quelques années, plus d'un million de m3 d'eau produite par la Raffinerie Tirlemontoise seront réutilisés pour l'irrigation, les loisirs et la production d'eau potable. "On peut réaliser des belles choses quand on travaille main dans la main", commente Jan Ingels. Qui rêve aussi d'assurer un approvisionnement par chemins de fer grâce à une extension des lignes entre Gembloux-Hannut et Wavre. "Des études prouvent que cela diminuera le nombre de camions de 25 000 par an. Ce serait une belle opportunité pour tout le monde". Des discussions sont en cours avec Infrabel.
Jan Ingels met en avant un autre projet novateur, celui d'une pompe à chaleur à haute température de 140 ° et une capacité électrique de 1 MW, qui sera opérationnelle pour la nouvelle campagne betteravière et qui représente un investissement de 50 millions d'euros. "C'est une primeur en Europe", insiste le CEO. De quoi rendre l'entreprise, qui accueille du reste 10 000 visiteurs (parmi lesquels de nombreux enfants), encore plus à la pointe des technologies dites durables.
Un festival rock sur les champs de betteraves
Dans un registre plus festif, la Raffinerie Tirlemontoise soutient aussi, à côté d'autres sponsors, le Suikkerrock qui a lieu le week-end dernier. "C'est le plus grand festival européen sur un site opérationnel. 80 à 90 000 personnes y participent". Installé, sur les champs de betteraves, il a accueilli dans le passé des vedettes comme les chanteurs Lionel Richie, Tom Jones ou le groupe Texas. Cette année, à l'affiche, on trouve notamment le chanteur flamand en vogue Oscar and the Wolf. "Nous distribuons des tickets aux betteraviers qui sont très fiers d'être associés à cet événement. Les Allemands n'en reviennent pas quand ils voient Suikkerock. Ils n'ont pas cette créativité", raconte en souriant Jan Ingels.
Série d'été : une commune, une entreprise
Rien que par leur nom, certaines entreprises sont immédiatement associées à une commune ou à une ville. C'est le cas de Spadel pour Spa ou la Raffinerie tirlemontoise pour Tirlemont. D'autres le sont aussi, mais sans qu'on le sache forcément. C'est le cas notamment du groupe pharmaceutique international GSK pour Rixensart ou Materne à Floreffe. La Libre Eco a choisi six entreprises fortement implantées dans une localité du pays pour découvrir leur histoire depuis leur implantation, chercher à savoir s'il y a des interactions avec la commune et ses habitants, s'il y a eu des nuisances à résoudre ou des compensations pour rendre la cohabitation plus agréable.
- Dimanche 4 août : Materne à Floreffe
- Lundi 5 août : Aubel à Aubel
- Mardi 6 août : Spadel à Spa
- Mercredi 7 août : Raffinerie tirlemontoise à Tirlemont
- Jeudi 8 août : GSK à Rixensart
- Vendredi 9 août : Viangro à Anderlecht
