Au Chili, le Belge Arnaud Frennet surfe sur la vague de la bière artisanale
Arrivé au Chili en 1996, Arnaud Frennet a développé sa propre brasserie artisanale.
- Publié le 11-08-2024 à 10h01

Je sors de l'eau, je serai prêt à 16h30". Les dix degrés de l'hiver austral n'empêchent manifestement pas Arnaud Frennet, 49 ans, de se jeter avec sa planche (et sa combinaison tout de même) dans l'Océan Pacifique. Originaire de Walcourt, le désormais Belgo-chilien est arrivé au Chili le 30 novembre 1996, le jour de ses 22 ans, afin de réaliser un reportage pour la revue spécialisée Wind. Il n'en est jamais reparti, tombé amoureux de la "qualité exceptionnelle des vagues". "La côte chilienne regarde vers l'ouest, donc peu importe que les vagues se génèrent dans l'hémisphère sud en hiver ou dans l'hémisphère nord en été, on les reçoit toute l'année", se réjouit-il.
Meilleur windsurfer du Chili pendant une dizaine d'années, Arnaud Frennet s'est ensuite distingué dans le stand-up paddle, notamment avec une victoire en 2014 sur le Tour des Onze Villes, aux Pays-Bas, une course de 220 km réalisée en un peu plus de 24 heures. Puis il est revenu à son premier amour, alors que la discipline gagnait en popularité dans le pays d'Amérique du Sud. "Je ne veux pas être prétentieux, mais j'ai eu une influence très forte sur le développement du windsurf en vagues à l'époque, donc je voulais en être", souffle-t-il.
La consécration est finalement arrivée à l'automne 2023, lorsqu'il a été sacré champion du monde en catégorie master, celle des plus de 45 ans. "Le manque de ressources, les blessures et les petits marchés que représentent la Belgique et le Chili m'ont empêché de devenir professionnel. Ce titre m'a ainsi permis de rembourser une dette de jeunesse", relate-t-il, assurant que 2024 sera sa dernière année de compétition.
Un lien familial avec l'abbaye d'Orval
Arnaud Frennet n'a pourtant pas encore prévu de prendre sa retraite. Il a, en effet, inauguré, à Pichilemu, la capitale chilienne du surf, la Cerveceria del Mar. Il y brasse depuis 2016 une bière de caractère baptisée Viejo Lobo. Un rêve dont l'origine s'avère encore plus vieille que son amour des sports nautiques. "Mon oncle est l'actuel père supérieur de l'abbaye d'Orval, explique le Belgo-chilien. Petit, j'avais le droit de passer quelques nuits par an avec lui. Il m'a fait découvrir l'univers de la bière". S'il a, par la suite, effectué un stage sur place pour parfaire ses connaissances, l'ancien étudiant en agronomie a également mis à profit son expérience acquise dans le monde du vin. Entré "par la petite porte" chez Casa Silva, l'un des domaines viticoles chiliens les plus primés du XXIe siècle, le multi-entrepreneur en est désormais le directeur commercial.
"Avec ma femme, nous avons passé dix ans à jouer avec les ingrédients avant de trouver notre recette", précise le brasseur, en faisant passer devant nos narines des bocaux remplis de blé ou de houblon. La Cerveceria del Mar a finalement opté pour la fermentation libre, un processus sans contrôle de température qui confère à chaque brassin un goût unique, influencé notamment par la météo.
Pari gagnant, à en croire les clients interrompant la visite pour dévaliser la boutique, ce qui amène le propriétaire à jongler entre ses langues maternelle et d'adoption. "Mon père vit à Santiago (à 200 km de Pichilemu, NdlR), il m'a demandé de lui ramener une caisse de Viejo Lobo car il l'apprécie énormément", affirme Gabriela.
"On ne fait que la bière qu'on aime boire. On ne suit pas les modes, on ne copie pas, on invente."
Jamais à court de projets
La production s'élève pour l'instant à 3 000 litres par mois, répartie entre la Viejo Lobo originale, la blonde et la triple, mais Arnaud Frennet assure avoir déjà sécurisé les capacités pour monter à 9 000 litres, bien décidé à profiter pleinement du récent, mais influent, essor de la bière artisanale au Chili.
Une ambition d'autant plus abordable que les normes administratives s'avèrent moins pesantes qu'en Europe et qu'il bénéficie de plusieurs aides, en sa qualité d'entrepreneur. Le volume n'est cependant pas sa priorité : "On ne fait que la bière qu'on aime boire, garantit-il. On ne suit pas les modes, on ne copie pas, on invente."
D'un regard malicieux, le quasi-quinquagénaire nous invite à savourer sa toute nouvelle création : une surprenante bière vieillie durant un an, aux délicieux arômes de miel. Le champion prévoit d'ailleurs de développer aussi les tours et les dégustations, désireux de partager son métier au plus grand nombre, mais prévient d'ores et déjà qu'il ne compte pas y consacrer tout son temps. "Je programme toujours ma semaine de travail en fonction des conditions du vent", confie-t-il, ses yeux verts rivés vers l'océan. Entre la mousse et l'écume, le Pichilemino semble avoir tranché.
